Nathalie Des Rosiers, qui avait été nommée ministre des Richesses naturelles sous Kathleen Wynne, se retrouve aujourd’hui au sein d’une formation qui risque de perdre jusqu’à son statut de parti officiel à l’Assemblée législative de l’Ontario.

Une capitale dans l’opposition

CHRONIQUE / Alors, qu’est-ce qu’on retient au lendemain de cette élection provinciale en Ontario ?

Que Doug Ford a réussi à se faire élire à la tête d’un gouvernement majoritaire avec des engagements souvent simplistes, des promesses à moitié chiffrées et de vagues engagements. Mais faut croire que les Ontariens avaient un tel goût du changement qu’ils étaient prêts à accepter des demi-promesses et des engagements flous pour se satisfaire.

So be it, même si l’élection de Ford, dans ces conditions, représente un recul pour la démocratie en général.

Au lendemain de cette élection, les Franco-Ontariens ne savent pas trop à quoi s’attendre des conservateurs qui reviennent au pouvoir à Queen’s Park après une absence de 15 ans. Doivent-ils s’en inquiéter ? La dernière fois, avec Mike Harris, ils ont voulu fermer Montfort.

D’accord, Doug Ford n’a pas donné de raison particulière aux Francos de s’en faire durant la campagne électorale. Il n’a rien fait non plus pour les rassurer. Il a surtout donné l’impression de s’en foutre, des minorités. Pour lui, les Franco-Ontariens sont des contribuables comme les autres, qui vont être heureux de voir leur compte d’Hydro baisser grâce à ses bons soins.

Justement, maintenant qu’il a les deux mains sur le volant, Doug Ford devra livrer la marchandise. Il a mis la barre haute. Baisse du prix de l’essence, du compte d’électricité, des comptes de taxes, de la médecine de couloir dans les hôpitaux, et j’en passe. Tout cela en ramenant l’Ontario à l’équilibre budgétaire, sans couper de poste dans la fonction publique. Les attentes sont grandes, les risques de déception sont à l’avenant. Mais il a de la marge de manœuvre. Les Ontariens voulaient du changement, ils lui ont presque donné un chèque en blanc.

Et la capitale fédérale dans tout cela ?

La dynamique vient de changer, et pas à peu près. Le cœur d’Ottawa sera représenté par les libéraux qui ont survécu à la débâcle — Marie-France Lalonde, Nathalie Des Rosiers et John Fraser — de même que par des néo-démocrates qui refont leur apparition dans le paysage de la capitale pour la première fois depuis 1995. Avec Jim Watson, un ex-ministre libéral, qui a toutes les chances de se faire réélire à la mairie en octobre, Ottawa vient de basculer dans l’opposition à Queen’s Park.

Est-ce que cette nouvelle réalité nuira à la capitale ? Est-ce que Doug Ford sera tenté de favoriser plutôt les banlieues de Toronto qui l’ont appuyé massivement ? À surveiller.

Il reste que cette élection est une sacrée leçon d’humilité pour les libéraux. Yasir Naqvi, un des ministres les plus influents du gouvernement de Kathleen Wynne, qu’on pressent même pour lui succéder, perd son siège dans Ottawa-Centre aux mains du néo-démocrate Joel Harden. Faudra voir comment il s’arrangera avec la ministre fédérale du secteur, la libérale Catherine McKenna, qui a eu toutes les misères du monde à vaincre Paul Dewar, un autre néo-démocrate, lors du dernier scrutin fédéral.

J’étais au local électoral de Nathalie Des Rosiers, dans le château fort libéral d’Ottawa-Vanier, jeudi soir. Ses partisans l’ont acclamée avec force vivats. N’empêche qu’elle risque de trouver le temps long au cours des quatre prochaines années. Elle qui avait été nommée ministre des Richesses naturelles sous Kathleen Wynne se retrouve aujourd’hui au sein d’une formation qui risque de perdre jusqu’à son statut de parti officiel à l’Assemblée législative de l’Ontario.