Une belle démonstration

CHRONIQUE / Les temps changent. Pour quelqu’un qui étudie les questions environnementales depuis plus de 40 ans, c’est l’évidence. Dans les années 1970, l’environnement était loin des préoccupations des citoyens et encore plus de celles de l’industrie. Il a fallu attendre 1980 pour que le Québec se dote d’un vrai ministère de l’Environnement. À l’époque, la majorité des entreprises rejetaient leurs déchets dans l’air et dans l’eau sans traitement et on trouve encore des sols contaminés par des années d’occupation industrielle. Bref, comme l’avait écrit Jean-Pierre Rogel, dans un livre publié chez Québec Science, éditeur en 1981, le Québec était un véritable paradis de la pollution.

À l’époque, l’industrie forestière ne laissait pas sa place. Au palmarès des pratiques courantes, on comptait le flottage du bois, le creusage des rivières, les rejets toxiques et les dépotoirs à écorces. La ressource était considérée comme infinie et l’efficacité était une vertu ignorée. Telle était la situation il y a quarante ans. Mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. Au début d’août, j’ai eu l’occasion de participer à une visite de terrain avec des acheteurs américains de produits forestiers québécois. Ils souhaitaient obtenir des réponses devant les affirmations de groupes écologistes qui accusent les forestiers québécois de gaspiller les ressources et de pratiquer la déforestation. Bien que je sois un observateur critique, j’ai eu de belles surprises.

La première partie de la journée nous a amenés sur le terrain pour observer, en raccourci, le cycle de vie d’une forêt boréale. Débutant par une forêt de première venue, issue d’un feu au début du siècle dernier, nous avons pu voir en succession le territoire résultant d’une coupe de l’année, des plantations de différents âges et des forêts régénérées après des coupes de 15 à 70 ans. Les visiteurs américains étaient médusés. Ni destruction biologique ni perte de biodiversité, des lacs et ruisseaux protégés adéquatement, des zones de refuge pour les animaux. Bref, aujourd’hui, on sait prélever la biomasse ligneuse en forêt boréale sans remettre en cause sa pérennité. Hormis la présence de souches et l’absence de bois mort, la forêt de seconde venue était comparable à la forêt ancienne.

Bien sûr, des compromis ont dû être faits. Il ne flotte plus de billots sur les rivières depuis 1994. Cela impose un transport par camions qui augmente les gaz à effet de serre et exige un réseau routier beaucoup plus développé. Mais personne chez les pêcheurs, les navigateurs de plaisance et les riverains du lac Saint-Jean ne regrette que cette pratique ait cessé.

Arrivés à l’usine de sciage, nous avons pu constater l’efficacité dans l’usage des grumes. Tout le bois qui rentre est intégralement valorisé en divers produits qui alimentent soit le marché du bois d’oeuvre, soit d’autres usines de l’entreprise. Les tiges de chaque espèce sont optimisées pour obtenir les produits les plus rentables et les bois de moindre valeur passent en copeaux qui serviront à fabriquer le papier. Les écorces et les sciures alimentent des chaudières ; bref, c’est une usine zéro déchet. Comme l’usine est alimentée à l’électricité renouvelable du Québec, son bilan carbone est imbattable.

Au cours des 15 dernières années, mon équipe a publié plusieurs analyses de cycle de vie et bilans carbone des produits forestiers du Québec. Aucune entreprise américaine ne peut présenter un meilleur bilan. Dans ce cas précis, les doléances des groupes écologiques américains relèvent du fantasme et de la désinformation.

Les directeurs d’usine, les forestiers et les employés parlent aujourd’hui de leur performance environnementale et proposent des initiatives pour faire mieux. Voilà un bel exemple qui prouve que les choses peuvent changer dans le domaine environnemental.