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Sylvain St-Laurent
Le Droit
Sylvain St-Laurent
André Tourigny dirigera Équipe Canada au Championnat mondial de hockey junior pendant les Fêtes.
André Tourigny dirigera Équipe Canada au Championnat mondial de hockey junior pendant les Fêtes.

Un tremplin pour un bon gars

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CHRONIQUE / La première règle du code d’éthique du journaliste sportif pourrait difficilement être plus claire.

Il est strictement interdit d’applaudir, quand on est assis dans la galerie de la presse.

Cette règle est valide en tout temps. Pas d’exceptions.

La plupart du temps, cette règle est facile à suivre. On s’habitue vite.

Mais il y a des exceptions.

Surtout quand on tombe sur de bonnes personnes, humbles, affables et travaillantes, qui ont surmonté d’imposants obstacles pour obtenir une chance de se faire valoir.

Cette année, aux Fêtes, il est difficile de ne pas souhaiter de succès à André Tourigny, alors que débute le Championnat mondial de hockey junior.

***

Le collègue Jean-François Plante m’a fait comprendre, il y a longtemps, que Tourigny était un entraîneur différent.

Jean-François, voyez-vous, est un grand travailleur. Il couvre principalement les activités des Olympiques de Gatineau. Ça ne l’empêche pas de contacter, régulièrement, les entraîneurs des autres formations de la Ligue de hockey junior majeur du Québec.

«André, c’est le seul que je n’ai jamais l’impression de déranger», m’avait-il confié.

Jean-François m’a dit ça en 2017, quand Tourigny s’est installé à la barre des 67’s d’Ottawa.

À ce moment-là, je le connaissais, mais juste un peu. Je l’avais côtoyé, brièvement, durant l’année où il avait secondé Dave Cameron, derrière le banc des Sénateurs.

Jean-François connaissait Tourigny depuis presque 10 ans. Pendant une décennie, chaque fois qu’il passait un coup de fil à Rouyn-Noranda, l’entraîneur-chef des Huskies répondait à l’appel. Et il répondait à toutes les questions.

Une question d’éducation, semble-t-il.

Une question de respect.

André Tourigny

Tourigny vient d’entreprendre sa quatrième saison chez les 67’s. J’ai eu l’occasion de mettre la théorie de Jean-François à l’épreuve, à plus d’une occasion.

Jusqu’à maintenant, elle se tient.

Tourigny ne se contente d’ailleurs pas de répondre aux appels. Il prend le temps, vraiment, d’écouter les questions.

Il ne se contente pas d’aligner des clichés. Il prend le temps de chercher les bons mots pour nous livrer le fond de sa pensée.

Sa générosité le pousse même, souvent, à nous en donner un peu plus.

Il donne sans compter.

***

Il sera difficile de ne pas souhaiter de succès à Tourigny, dans la mesure où le Championnat mondial junior pourrait être le plus beau tremplin pour la suite de sa carrière.

Pour les gens qui aspirent à faire carrière dans le monde du hockey, loin de la patinoire, les contacts sont presque aussi importants que le talent.

Tourigny le sait. En 2013, c’est un ami — le légendaire Patrick Roy — qui lui a ouvert les portes de la Ligue nationale.

Après deux ans au Colorado, il a obtenu une deuxième opportunité — grâce à Cameron, son vieux complice de Hockey Canada.

Il a perdu son poste, chez les Sénateurs, au printemps 2016. À ce moment-là, la meilleure opportunité de carrière lui imposait de faire un grand pas vers l’arrière.

Il est retourné dans le hockey junior, à Halifax, dans une ligue où il n’avait plus grand-chose à prouver.

Tourigny s’est quand même donné le mal de s’installer dans un marché plus important. Un marché anglophone, de surcroît. Il est retombé sur ses pattes à Halifax.

Un an plus tard, il a trouvé un coefficient de difficulté supplémentaire. Il s’est déniché un autre poste, dans un marché encore plus grand. Et encore plus anglophone.

Pour décrocher le job, chez les 67’s, il a d’abord convaincu les dirigeants du Ottawa Sports and Entertainment qu’il était l’homme de la situation. Le groupe d’actionnaires semblait bel et bien décidé à construire une tradition gagnante avec les 67’s. Et l’Ontario ne manque certainement pas d’entraîneurs compétents.

Tourigny a été embauché. Et il a livré la marchandise.

Il se retrouve dans une situation fort similaire, maintenant. Il a réussi à convaincre les dirigeants — très conservateurs — de Hockey Canada qu’il était digne de confiance.

On dit qu’il pourrait retourner dans la LNH.

Pas dans un rôle d’adjoint, cette fois.

Si les résultats sont au rendez-vous, à Edmonton, il aura une carte de plus, dans son jeu.

En cinq courtes années, il a réussi à gravir tous les échelons. Il ne manque presque rien.

Ce ne sera pas facile de regarder le prochain chapitre, de loin, en conservant toute notre objectivité.