Pas plus tard que lundi, le directeur général Pierre Dorion confirmait Guy Boucher dans son poste d’entraîneur-chef.

Un pro

CHRONIQUE / Certaines choses ne changent pas et ne changeront probablement jamais. Le vote de confiance du directeur général à l’endroit de son entraîneur, par exemple. Dans la LNH, ça ne vaut pas grand-chose.

« Guy, c’est notre entraîneur. Tout le monde s’entend. Je ne lui ai pas facilité la tâche, dans les dernières semaines, avec tout ce qui est arrivé dans l’entourage de notre équipe. Il faudra l’appuyer davantage », a déclaré Pierre Dorion, lundi dernier.

Lundi !

Moins de quatre jours plus tard, dans un grand mouvement de compassion, le DG des Sénateurs a ouvert la porte avant de pousser son entraîneur sur le trottoir.

Merci, bonsoir !

Je n’essaierai pas de vous faire croire que je l’ai vu venir, ce congédiement.

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En début de semaine, je trouvais quand même cette déclaration curieuse.

J’étais à Washington, mardi. J’en ai profité pour prendre Boucher à part, quelques heures avant le match des Sénateurs contre les Capitals.

Je lui ai demandé ce qu’il pensait de tout ça.

- C’est vrai, Guy, qu’on vous a compliqué la tâche dernièrement ?

Boucher m’a regardé, l’air un peu incrédule. Il a froncé les sourcils. Il m’a ensuite offert la réponse la plus courte, mais la plus précise et la plus révélatrice de ses trois années passées à Ottawa.

« C’est ça, ma job. »

***

Boucher ne pourra jamais contester son congédiement. Il dirige une équipe de dernière position. À défaut de promettre des victoires, il avait juré qu’on verrait une progression, défensivement, dans la deuxième moitié de la saison. Les Sénateurs ont alloué plus de 35 tirs à leurs adversaires à sept reprises, dans les 10 dernières parties.

Les déclarations presque trop honnêtes de Craig Anderson, vendredi, résument parfaitement la situation.

À travers toutes les difficultés rencontrées dans les 15 derniers mois, il faudra quand même reconnaître quelque chose. Boucher s’est comporté comme un véritable professionnel, du premier au dernier jour.

Ce n’est pas rien.

Il faut passer un peu de temps dans le giron de l’équipe, ces jours-ci, pour vraiment comprendre à quel point les choses vont mal. Les employés de soutien longent les murs. Les préposés à l’équipement et les thérapeutes ont le moral à plat.

Derrière les faces d’enterrement se cache un directeur général qui a parfois du mal à gérer ses émotions. Avec tout ce qui s’est passé, dans la dernière semaine, je n’ai pas eu le temps de vous parler de ce douloureux moment de radio qu’a offert Dorion aux auditeurs de TSN 1200.

Le DG s’est présenté dans les studios de la station de radio sportive d’Ottawa, lundi, quand il a échangé Mark Stone. Il s’en est suivi un véritable affrontement avec les animateurs. La voix tremblotante, sur la défensive, il a fini par mettre au défi les partisans. Que ceux qui sont mécontents viennent me le dire en pleine face ! Je serai à l’aréna de Navan, ce soir !

Ça ne volait pas haut.

Boucher, dans tout ça ?

Boucher, dans le délicat rôle du principal porte-parole de l’organisation auprès des médias, n’a jamais perdu son sang-froid. Patient, il a continué à chercher des réponses. Jeudi, alors qu’il se préparait à diriger son dernier match à Ottawa, il disait aux médias qu’il avait hâte de voir comment Rudolfs Balcers réagirait, après avoir passé un match dans les gradins.

C’était « sa job ». D’ailleurs, il a développé — un peu — son idée, mardi matin, à Washington.

« Je ne suis pas une recrue. Ça fait 22 ans que je suis un entraîneur. Je n’ai pas uniquement connu la Ligue nationale. Il y a eu la Ligue américaine, le junior… J’en ai vécu de toutes les sortes. À mon âge, avec toute l’expérience accumulée, je suis capable de gérer tout ça », m’a-t-il dit.

« On fait ce qu’on peut avec ce qu’on a. Je ne changerai pas mon attitude. La job, c’est toujours dur. Certaines journées sont plus difficiles que d’autres. Il n’a pas été toujours facile de prévoir certaines choses, dernièrement. Comme je te dis, ça fait partie de ma job. Quand je me lève le matin, je suis toujours en mode attaque », a-t-il résumé.

Guy Boucher, en résumé, c’est ça. Un vrai pro.

Un pro qui s’est acquitté de ses tâches avec beaucoup de classe et de dignité.

Ça n’a l’air de rien, comme ça. Pourtant, ça m’apparaît essentiel.

Dieu sait que l’organisation des Sénateurs a besoin de gens comme lui, en ce moment.