Le conseiller Mathieu Fleury est farouchement contre le déménagement du refuge de l’Armée du Salut à Vanier.

Un parfum d’échec

CHRONIQUE / Un sentiment d’échec particulièrement amer se dégage de cette décision d’autoriser le déménagement du refuge de l’Armée du Salut à Vanier.

Le conseil municipal d’Ottawa aurait dû trouver un compromis plus acceptable dans cette saga. C’était son rôle, sa mission. Là-dessus, il a échoué.

Je partage totalement l’avis de la conseillère Diane Deans, une des vétérantes du conseil, qui affirmait mercredi que ses collègues et elle, peu importe leur allégeance dans ce dossier, auraient pu faire mieux.

Chaque fois qu’une communauté se retrouve aussi brutalement divisée après un débat déchirant comme celui-là, personne ne gagne. C’est un échec du processus, a dit Mme Deans. Comme elle a raison.

Si on en est là aujourd’hui, c’est beaucoup parce qu’on a refusé de débattre ouvertement des vraies affaires sur la place publique. Suivant les conseils des avocats de la ville, plusieurs élus, dont le maire Jim Watson, ont insisté pour faire de toute cette saga un banal débat… d’urbanisme.

À les entendre, toute cette histoire aurait dû être traitée comme un vulgaire changement de zonage.

Comme s’il y avait quoi que ce soit de banal dans le fait d’installer un refuge de 350 lits pour hommes dans un quartier aussi dévitalisé que Vanier. Sur une artère principale, en plus !

Les enjeux sociaux ? La lutte à l’itinérance ? La concentration de la pauvreté dans un quartier déjà appauvri ? Chut, on n’en parle pas, ou si peu. Tout d’un coup qu’on aurait des poursuites judiciaires sur le dos.

C’est un non-sens démocratique d’autant plus navrant que le vote d’hier coïncidait avec la Journée nationale du logement…

Un compromis

Pourtant, cela aurait pu être un beau dossier rassembleur. Après tout, l’Armée du Salut se propose de faire un des investissements sociaux les plus importants des dernières années à Ottawa. Ce n’est pas rien !

Au lieu de cela, on se retrouve aujourd’hui avec une communauté profondément divisée. Même l’Armée du Salut n’a pas de quoi pavoiser, elle qui devra se réconcilier avec des citoyens furieux d’avoir été mis devant le fait accompli.

Pourtant, on aurait pu faire autrement. Il y avait moyen de trouver un terrain d’entente, de faire des compromis.

Tiens, le conseiller Mathieu Fleury, farouchement contre le déménagement à Vanier, rappelait que la tendance actuelle est à construire moins de gros refuges d’urgence comme à une certaine époque, et plus de logements supervisés où les gens peuvent recevoir du soutien.

Là-dessus, le maire Jim Watson rétorque qu’il n’est pas contre la construction de logements supervisés. Simplement, Ottawa ne peut se permettre de fermer tous ses refuges, sans quoi des gens vont se retrouver à la rue demain matin...

Ce sont deux positions différentes, mais pas irréconciliables. 

Si Ottawa a vraiment encore besoin de gros refuges pour sans-abri, pourquoi bâtir une vaste installation de 350 lits ? Pourquoi pas 250 ? Ou 150 ? Ou 50 ? Et pourquoi sur le chemin Montréal ? Comment se fait-il qu’on n’ait jamais discuté publiquement d’autres sites potentiels ?

On n’a pas eu cette discussion franche et honnête. Si bien qu’à la fin, les élus se sont retrouvés devant un choix binaire à la George W. Bush : pour ou contre le projet tel qu’il leur était présenté. Point à la ligne.

Le processus démocratique a échoué dans sa recherche du compromis. Et cette décision malsaine d’occulter les enjeux sociaux liés au projet de l’Armée du Salut y est pour beaucoup.