Le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, rendra obligatoires les cours d’éducation sexuelle dans les écoles du Québec.

Un minimum d’éducation sexuelle

CHRONIQUE / Québec rendra les cours d’éducation sexuelle obligatoires à compter de septembre. Il était à peu près temps. On n’aurait jamais dû les retirer de l’horaire !

Ce ne sera pas grand-chose : 5 heures par année au primaire, 15 heures par année au secondaire. Avec un enseignement adapté à la capacité de compréhension des enfants. Que les bigots se rassurent : on ne parlera pas de fellation ou de trip à trois aux enfants de première année.

Il y a sans doute une part d’opportunisme dans la décision du ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, de rendre les cours obligatoires à ce moment-ci. Avec les scandales d’agressions, de harcèlement et d’inconduite sexuelle qui éclaboussent les célébrités, l’opinion publique est plus consciente que jamais qu’il y a de l’éducation à faire pour faire évoluer les mentalités.

Admettons-le : c’est le genre de réforme qui n’avancera pas si le gouvernement ne met pas de pression. La preuve, Québec a offert la possibilité aux écoles d’offrir les cours d’éducation sexuelle sur une base volontaire. Seulement 200 écoles sur 3000 ont joint le mouvement de leur propre chef.

Les syndicats renâclent sous prétexte que l’exercice est précipité et que les profs risquent d’être mal formés pour enseigner un sujet délicat. C’est vrai que les échéances pour former le personnel ou embaucher des sexologues risquent d’être courtes. N’empêche que sur le fond, le retour de ces cours d’éducation sexuelle est une bonne affaire.

Comme parents, on ne sait pas trop ce que nos enfants apprennent en classe sur la sexualité. Dans le cas de mon ado, j’en ai entendu parler pour la première fois alors qu’il était en secondaire II. Dans son cours de sciences, il apprenait le fonctionnement de l’appareil reproducteur. Avec schémas explicatifs à l’appui. Je me rappelle encore de son embarras quand j’ai ouvert son manuel de sciences pour l’aider à faire ses leçons. 

Ce soir-là, alors qu’on révisait ensemble les subtilités du cycle menstruel et les vertus du corps spongieux, j’en ai profité pour amorcer une discussion sur la sexualité. Sans rien brusquer : je voulais juste lui passer le message qu’il pouvait discuter de ces choses-là avec son père. Mon fils m’a dit qu’on leur avait appris, en classe, à enfiler un condom sur un bâton de bois. Un bâton, fiston? C’est pas un peu préhistorique comme approche?

Je m’étais fait la réflexion qu’un manuel de sciences n’était pas l’approche la plus directe pour aborder des notions complexes comme le consentement, les relations amoureuses ou l’identité sexuelle. 

Dans mon jeune temps, on avait un cours d’éducation sexuelle où on nous parlait directement de ces choses-là.

On nous disait des choses aussi triviales que la première fois, ça se peut qu’on ait une éjaculation précoce. J’étais content de l’avoir appris à l’école : je n’aurais jamais osé en parler à mes parents. Notre prof nous avait aussi prévenus : ça se peut que vous ayez le goût de faire l’amour… mais pas votre partenaire, et il vous faudra respecter ça.

Quand j’ai eu mes premières blondes, j’ai réalisé que toutes ces notions enseignées à l’école m’aidaient à nouer des relations respectueuses et durables.

C’était avant l’Internet et la porno à portée de clic. Avant les sextos, les dick pics et les snapchats de nudité. C’était avant que les gangs de rue recrutent des jeunes femmes sur Facebook pour les amener à se prostituer. Les jeunes d’aujourd’hui sont exposés à des choses que je ne pouvais même pas imaginer à mon époque.

Quelques heures d’éducation sexuelle par année à l’école? C’est un gros, gros minimum.