Denis Gratton
Le Droit
Denis Gratton
Isabelle Coulombe a conçu un masque qui permet de lire sur les lèvres. 
Isabelle Coulombe a conçu un masque qui permet de lire sur les lèvres. 

Un masque pour se parler

CHRONIQUE / La Gatinoise Isabelle Coulombe, 32 ans, est malentendante. De naissance.

Mère de trois jeunes enfants, photographe de profession et étudiante en assistance technique en pharmacie, elle a été légèrement décontenancée lorsque le premier ministre du Québec, François Legault, a fortement recommandé le port du masque pour contrer la propagation de la COVID-19.

Isabelle doit lire sur les lèvres pour comprendre ses interlocuteurs, ce qui rend la chose impossible lorsque ceux-ci sont masqués. Et l’annonce de François Legault lui a rappelé de «mauvais souvenirs».

«Adolescente, j’ai fait une pneumonie qui a nécessité des soins et beaucoup de suivis médicaux, a-t-elle expliqué dans un échange de courriels avec Le Droit. Chaque fois que je voyais un médecin, celui-ci portait un masque et il m’était très difficile de comprendre ce qu’il me disait, car je suis malentendante, j’ai besoin de lire sur les lèvres. C’était très frustrant. Or, lorsque M. Legault a recommandé le port du masque, j’ai eu un déclic. J’ai eu une idée pour faciliter le quotidien des gens qui, comme moi, dépendent de la lecture sur les lèvres.»

Ce «déclic», c’est la fabrication d’un masque muni d’une «fenêtre» transparente en vinyle afin de faciliter la lecture labiale et la communication avec les personnes atteintes de surdité ou de problèmes auditifs.

«J’en ai d’abord fabriqué un pour moi, a dit Isabelle. Quand mes proches l’ont vu, ils m’ont encouragée à en fabriquer davantage pour les malentendants et leurs proches. Les photos de mon masque ont été vues et partagées plusieurs fois sur Facebook, puis j’ai commencé à recevoir des demandes.»

La compagnie Maskic était lancée…

C’est le nom qu’Isabelle lui a donné. Depuis, chaque semaine, elle fabrique une trentaine de masques avec fenêtre transparente, et elle en a vendu une centaine en moins d’un mois.

Isabelle Coulombe et ses trois «lutins»: Anabelle, Samuel et Gabriel

Isabelle Coulombe n’a pas d’employé dans son entreprise, mais elle peut compter sur trois «lutins» âgés de neuf, huit et sept ans pour lui donner un coup de pouce dans la fabrication du Maskic. Le cadet, Gabriel, est à l’assemblage, Samuel à la coupure des cordons, et l’aînée de la famille, Anabelle, est à l’emballage et à la distribution. «Et mes enfants m’accompagnent chacun leur tour à la poste», ajoute la fière maman.

Durant notre échange par écrit, Isabelle a reçu un autre courriel d’une cliente, une mère ayant un enfant atteint de surdité. «Elle m’écrit pour me dire qu’elle est très fière de porter ce masque et de pouvoir aider à sensibiliser les gens», dit Isabelle.

Le Maskic est fabriqué de coton et est muni d’une fenêtre transparente de vinyle. Il est lavable, réutilisable, et il répond aux critères de fabrication du gouvernement du Québec, affirme la Gatinoise.

Mais une question se pose: avec la présence de vinyle dans le masque – ou de plastique – n’y a-t-il pas un danger de suffocation ?

«Non, a répondu Isabelle. Je suis asthmatique, je l’ai fabriqué justement pour prévenir la suffocation. Les masques [médicaux] ont tendance à m’empêcher de bien respirer. Donc je me suis assurée qu’on puisse bien respirer avec le port de mon masque.»

Isabelle Coulombe a fait parvenir deux Maskic au premier ministre Legault il y a deux semaines. «Mais je n’ai toujours pas reçu de nouvelle», dit-elle.

Qui sait ? Peut-être verra-t-on bientôt M. Legault sourire à travers son masque…

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Le Maskic se vend au coût de 15 $ l’unité sur le site maskic.ca.