Le ministre des Finances, Carlos Leitão, et le premier ministre Philippe Couillard

Un joyeux striptease

CHRONIQUE / J’ai rarement vu un budget aussi joyeux et généreux. On a l’impression, en lisant les communiqués de presse résumant ce budget, que le ministre Carlos Leitão a épluché la liste de tout ce qui bouge au Québec par crainte d’en oublier.

Il y en a pour tout le monde: les aînés, les jeunes, les familles, les chauffeurs de taxi, les acheteurs d’une première maison, les autochtones, les groupes communautaires, les professeurs, les travailleurs d’expérience, les usagers des transports en commun, les entrepreneurs, la presse écrite, et j’en passe. On a ratissé le Québec au complet.

Les rédacteurs ont certainement eu de la difficulté à trouver autant de verbes pour éviter de se répéter: favoriser, faciliter, soutenir, appuyer, promouvoir, valoriser, bonifier, développer, augmenter, améliorer… Heureusement que le dictionnaire des synonymes est bien pourvu.

Évidemment, c’est un budget électoraliste. Sans surprise, c’est un véritable striptease… On a déshabillé les finances de l’État de tous le gras disponible ou imaginable. On a même puisé dans la réserve de stabilisation créée dans le passé en prévision des années de vaches maigres.

Est-ce un budget crédible? Personne n’est en mesure de prédire avec justesse les revenus et les dépenses du gouvernement sur une période de cinq ans. La vérificatrice générale du Québec, qui fera l’examen de ce budget avant la campagne électorale, sera soumise aux mêmes contraintes. 

Mais ce qui est vrai, c’est que le Québec présente, pour la quatrième fois, un budget équilibré qui fera l’envie du gouvernement de Kathleen Wynne en Ontario, qui doit annoncer ce mercredi un retour au déficit pour sa province. La dette du Québec demeure encore l’une des plus importantes au Canada, mais l’écart avec la moyenne canadienne rétrécit.

Ce qui est tout aussi vrai, c’est que le gouvernement a choisi d’utiliser une grande partie de sa réserve de stabilisation (1,5 milliard $) en cette année électorale, pour financer ses annonces. Le péquiste Nicolas Marceau a fait valoir, avec raison, que cette réserve n’est qu’une écriture comptable et non un magot à la banque. Même si le recours à cette mesure respecte la loi sur l’équilibre budgétaire, il n’en reste pas moins que son utilisation est suspecte à six mois des élections. 

Les partis d’opposition ont raison de signaler que la hausse des dépenses sera plus importante cette année pour revenir ensuite à des niveaux moins élevés. C’est ça, un budget électoral. Le gouvernement soutient de son coté qu’il doit faire preuve de prudence les années suivantes, à cause de la possibilité d’une récession. Il n’a pas tort non plus, mais pourquoi puiser dans sa réserve de stabilisation quand l’économie va bien? 

Au fond, les libéraux sont chanceux: l’austérité budgétaire qu’ils ont fait subir aux Québécois prend fin au moment même où l’économie roule à vitesse grand V.

Mais malgré la bonne humeur gouvernementale, de grandes incertitudes persistent. La démographie au premier plan, qui a cessé de contribuer à la progression du produit intérieur brut réel à cause du vieillissement de la population. Selon les documents budgétaires, l’amélioration du taux d’emploi et la hausse de la productivité demeurent les principaux facteurs qui soutiendront dorénavant la croissance économique.

S’ajoutent à cela la possibilité d’un ralentissement mondial généralisé, la fin du cycle économique américain, un resserrement plus rapide des politiques monétaires, une montée du protectionnisme, le prix du pétrole et un ralentissement du secteur résidentiel canadien.

Bref, ça va bien pour le moment, mais on se croise les doigts en attendant de voter!