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Sylvain St-Laurent
Le Droit
Sylvain St-Laurent
Corey Crawford a choisi de tirer un mettre un terme à sa carrière dans la Ligue nationale de hockey.
Corey Crawford a choisi de tirer un mettre un terme à sa carrière dans la Ligue nationale de hockey.

Un homme discret

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CHRONIQUE / Stéphane Proulx rentrait d’une partie de pêche sur glace, samedi, quand il a pris connaissance de la nouvelle. Corey Crawford, son ancien protégé, a choisi de tirer un mettre un terme à sa carrière dans la Ligue nationale de hockey.

Proulx, entraîneur des gardiens bien connu dans l’Outaouais, s’est mis à lire quelques articles, pour essayer de comprendre ce qui avait bien pu le pousser à prendre cette décision à quelques jours du début de la saison.

Comme nous tous, il s’est buté aux obscures «raisons personnelles» citées par les sources officielles.

«Les raisons ne seront peut-être jamais connues. Corey, tu sais, c’est un gars bien discret. Ce n’est pas un grand parleur», dit-il.

C’est comme ça depuis toujours.

*****

On a tendance à l’oublier, mais le parcours de Corey Crawford a véritablement débuté en Outaouais.

Il avait 16 ans quand il s’est joint à l’Intrépide de Gatineau.

Crawford est originaire de Châteauguay. Dans son temps, au début des années 2000, la région du Suroît n’avait pas d’équipe dans la Ligue de développement midget AAA du Québec. Les jeunes hommes de 15 et 16 ans qui voulaient jouer au plus haut niveau devaient s’exiler.

Pour l’Intrépide, c’était une super situation. En Crawford, ils savaient qu’ils héritaient d’un vrai bel espoir de la Ligue nationale de hockey.

Il y avait juste un petit problème.

Durant ses premières séances d’entraînement, il ne se comportait pas vraiment comme tel.

Il n’avait même pas l’air d’un gardien de calibre midget AAA, en fait. Il se faisait souvent battre par des lancers de routine. Ça se passait si mal que les entraîneurs commençaient à se poser de sérieuses questions.

«On se disait qu’il ne voulait peut-être pas jouer à Gatineau. Qu’il faisait tout pour mal paraître et se faire couper pour aller jouer au Lac-Saint-Louis», se souvient Mario Richer.

Richer était l’entraîneur-chef de l’Intrépide, à ce moment-là.

Avant de le retrancher, Richer et Proulx l’ont pris, à part, pour lui parler.

Ils ont bien fait.

Dans la conversation, Crawford a craqué. Le jeune homme, si difficile à déchiffrer en temps normal, n’était soudainement plus capable de contenir ses émotions.

«Il se mettait beaucoup de pression sur ses épaules, pour réussir, et c’est exactement l’inverse qui se produisait.»

Dans le sport d’élite, on a parfois tendance à traiter les adolescents comme des adultes.

Dans le hockey, ça peut être un problème.

À la suite de cette conversation, la relation de confiance entre Crawford et ses entraîneurs a commencé à se bâtir.

Richer nous dit que Stéphane Proulx a fait du super boulot, dans les mois qui ont suivi. Crawford a pu grandir, techniquement et mentalement.

«Il était si calme, si confiant. On se disait qu’une bombe aurait pu éclater dans le coin de la patinoire. Il n’aurait pas bougé. Pas nerveux du tout», raconte Richer.

*****

Pour bien évaluer l’impact de Corey Crawford, il suffit de jeter un coup d’oeil au classement des gardiens qui ont remporté le plus de matches dans les séries de la coupe Stanley.

Il occupe présentement le 19e rang. Il a obtenu 52 victoires.

Il faut cependant prendre en considération la durée de sa carrière. Il a passé seulement 10 saisons dans la LNH. Il a pris part à 96 matches de séries.

Tous les gardiens légendaires qui le devancent sur le classement - sauf un - ont joué bien plus longtemps que lui.

Quand on pense à la plus récente dynastie des Blackhawks de Chicago, on pense à Jonathan Toews ainsi qu’à Patrick Kane.

On pense ensuite à Duncan Keith. Brent Seabrook. Patrick Sharp. Marian Hossa. Dustin Byfuglien. Parfois, on pense à ceux qui ont joué un rôle dans une des trois conquêtes de la coupe.

On ne pense pas nécessairement au gardien québécois. Crawford a pourtant été un modèle de constance, devant le filet.

Il n’a jamais été considéré parmi les aspirants au trophée Vézina. Pourtant, quand les Hawks étaient compétitifs, il n’a jamais connu une seule mauvaise saison.

«Il a toujours été comme ça, rappelle Stéphane Proulx. Il n’a jamais voulu avoir la grande attention. Même chez nous, à Gatineau, il était low profile. Ça fait partie de sa personnalité.»

«Je ne sais pas trop si ça lui a nui, un peu, dans son parcours. Ça lui a pris un bout de temps avant d’atteindre la LNH.»

«C’est quand même un vrai de vrai. Dans toutes les équipes où il passait, les gars savaient qu’il était la pièce maîtresse du casse-tête. Demandez à n’importe quel joueur qu’il a côtoyé. Il va sortir au top.»