Les temps sont durs pour Cody Ceci. Mais le défenseur d’Orléans a de quoi se réjouir.

Un gars de la place

CHRONIQUE / Cody Ceci a grandi à Orléans. Ses héros d’enfance s’appelaient Daniel Alfredsson, Wade Redden et Mike Fisher. Il a réalisé un rêve quand il a enfilé le maillot des 67’s d’Ottawa pour jouer son premier match dans la LHOntario. Il a réalisé un rêve plus grand, encore, quand les Sénateurs ont fait de lui un choix de première ronde.

Revenir à la Place TD pour jouer un match contre le Canadien de Montréal, devant 30 000 personnes, pour souligner le centenaire de la LNH, devrait constituer le summum pour lui.

Personne n’est certain, cependant.

Ceci n’a jamais un homme particulièrement démonstratif. Même quand tout va bien, il a tendance à se fondre dans le décor.

Sur la patinoire... comme à l’extérieur.

Et on ne peut pas dire que le défenseur numéro trois des Sénateurs a vécu un bel automne. Vous allez me dire que son équipe au grand complet n’en mène pas large.

C’est vrai.

Ce doit être encore pire pour Ceci qui, pour de très mauvaises raisons, est devenu la tête de Turc d’à peu près tout le monde.

Je ne comprends pas.

Enfin, si. Je comprends un peu. Je pense savoir d’où ça part. On les connaît, les trois ou quatre leaders d’opinion qui ont le don d’enflammer les réseaux sociaux. Ils font un boulot remarquable, quand vient le temps de rallier l’opinion publique. Il suffit de s’intéresser un tout petit peu à ce que disent les amateurs de hockey d’Ottawa, en ligne, pour s’apercevoir qu’ils parlent d’une seule voix.

Quand ces leaders décident de se mettre sur le dos d’un joueur...

Souvent, les critiques s’appuient sur bien peu de choses. Les statistiques avancées, par exemple. Le sacro-saint Corsi, cette formule mathématique qu’on obtient en comparant le nombre de lancers pour et le nombre de lancers contre obtenus quand un joueur se trouve sur la patinoire.

Le Corsi de Ceci n’était pas très élevé, la saison dernière. Les nouveaux experts du sport ont déterminé qu’il n’était pas à sa place dans la LNH.

Le pire, c’est qu’en dépit des statistiques, Ceci jouait plutôt bien l’an dernier.

Les statistiques avancées, des fois...

Le printemps dernier, j’ai assisté à l’enregistrement d’un podcast en direct, devant public. L’ancien défenseur des Sénateurs et du Canadien, Alexandre Picard, se faisait interviewer par un humoriste de la relève.

L’intervieweur a voulu lancer des fleurs à son invité.

— Vous savez Alex, votre carrière dans la LNH a été beaucoup trop courte. Les statistiques avancées nous révèlent que tu as été le meilleur partenaire que P.K. Subban n’a jamais eu... »

Même s’il est un jeune homme très poli, Picard n’a jamais eu peur de dire ce qu’il pense.

— C’est gentil, ce que tu me dis. Mais les statistiques avancées, c’est un peu n’importe quoi, a-t-il répondu.

Ça, c’était l’an dernier. Cette année, il est vrai que Ceci traîne de la patte.

On dit, publiquement, qu’il ne porte pas attention à ce qu’on dit de lui sur Internet.

Je trouve cela très dur à croire.

Il a eu l’air, cet automne, d’un défenseur à la confiance sérieusement ébranlée.

Il n’y a pas 12 façons de se rebâtir une confiance sur une patinoire.

Ceci a marqué deux buts dans les deux derniers matches. Si seulement cette séquence pouvait s’étirer un peu, il aurait peut-être une chance. Il pourrait recommencer à aider l’équipe de son patelin.

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La Place TD a fière allure. L’endroit a vraiment été bien aménagé.

La patinoire du Parlement n’est pas mal non plus. C’était génial de voir tous les anciens joueurs, dans leur équipement, déambuler dans les rues du centre-ville.

Tout le monde semble sincèrement emballé par cette Classique LNH100. Pour la première fois depuis longtemps, il y a quelque chose de bon dans l’air d’Ottawa.

Un homme d’affaires compétent et allumé sauterait sur l’occasion pour construire du positif.

Eugene Melnyk, lui, a profité de la tribune qui lui était offerte, vendredi, pour brandir la menace d’un déménagement.

« Si cette équipe de hockey ne fonctionne pas ici, elle pourrait connaître du succès ailleurs. »

S’il voulait gâcher le plaisir de tout le monde et tuer le momentum, il n’aurait pas pu mieux s’y prendre.

La sottise n’a pas de limites.