Patrick Duquette
Le Droit
Patrick Duquette
Il n’y a rien de facile pour des parents qui doivent isoler leur enfant infecté à la COVID-19.
Il n’y a rien de facile pour des parents qui doivent isoler leur enfant infecté à la COVID-19.

Un enfant au coeur brisé

CHRONIQUE / Isoler un enfant de 6 ans potentiellement infecté à la COVID-19 est une expérience… éprouvante, a constaté un couple de Gatineau.

C’est même, par moment, à vous déchirer le coeur. Voire à vous faire douter à tout jamais du système de santé.

Un bon lundi soir, le téléphone sonne chez Dominic. C’est l’école du plus vieux. «Bonjour monsieur, il y a un cas de COVID dans la classe de votre enfant…»

C’est la consternation dans la jeune famille qui compte, outre Dominic et sa conjointe, trois garçons de 6 ans, 4 ans et 8 mois. Le couple pressent que son quotidien sera chamboulé pour un temps…

L’infirmière de la santé publique téléphone à son tour le lendemain.

Elle leur explique les consignes à respecter pour les personnes ayant été en contact étroit avec un cas positif — dont la période d’isolement.

Et c’est à partir de là que les choses se corsent.

Le couple décide d’aller faire tester fiston, tel que recommandé.


« Notre garçon de 6 ans mange seul, dort seul, joue seul dans notre sous-sol, isolé, car nous avons peur de transmettre le possible virus à notre plus jeune fils de 8 mois. »
Dominic, père du jeune garçon

Et c’est tout sauf une partie de plaisir. Ma collègue Justine Mercier vous en parlait cette semaine.

Dans tout le Québec, c’est en Outaouais qu’on attend le plus pour subir un test…

Donc, le mercredi, Dominic se présente tôt au centre de dépistage sur Saint-Raymond. À 7 h 30, la file s’étire déjà sur une centaine de mètres…

N’empêche, Dominic obtient un rendez-vous. Fiston se fait tester l’après-midi même. «Le résultat devrait vous être annoncé d’ici 5 jours», l’avertit-on.

Cinq jours? Ouf, c’est long. Une éternité dans la vie d’un petit garçon qui est confiné au sous-sol pour éviter d’infecter le reste de la famille.

«Notre garçon de 6 ans mange seul, dort seul, joue seul dans notre sous-sol, isolé, car nous avons peur de transmettre le possible virus à notre plus jeune fils de 8 mois. Il joue seul également dans notre petite cour», raconte le père.

«En tant que parents, nous sommes déchirés, poursuit-il. Mais nous suivons les consignes de la santé publique. Isolement, lavage des mains, contacts restreints, port du masque, nettoyage, désinfection…»

Le jeudi, fiston a sa première journée d’école virtuelle. Son père l’entend pleurer en bas, dans le sous-sol, où il dort seul, mange seul, joue seul. Le père enfile son masque, descend le voir. «Je lui ai donné une caresse… avant de remonter prendre une douche», raconte-t-il.

La fin de semaine passe. Arrive le lundi. Cinq jours depuis le test. Cinq jours que le petit vit essentiellement au sous-sol et dans la cour arrière, avec des contacts limités avec ses proches. Son frère cadet descend de temps à autre jouer un peu avec lui.

Les parents s’attendent à avoir les résultats du test ce jour-là, comme promis. Fiston aussi. Il n’en peut plus de manger seul, de dormir seul, de jouer seul, de passer la journée seul…

Mais ils n’ont pas de nouvelles. Dominic téléphone au CISSSO, laisse des messages. Aucune réponse.

Les parents sont découragés. Fiston aussi. Mardi soir, il pleure dans les marches qui mènent au sous-sol.

«Quand votre enfant fait un signe de coeur avec ses deux mains et les sépare en vous disant: mon coeur est brisé, qu’êtes-vous censés faire comme parents?» s’interroge Dominic.

Le téléphone sonne mercredi. Déception: après vérification, le test est toujours au labo, il n’a pas été analysé…

Excédé, Dominic écrit un courriel au Droit, de même qu’aux ministres de la Santé fédéral et provincial. La stratégie de lutte à la pandémie est basée sur le dépistage précoce. «Mais le système n’a pas la capacité de divulguer rapidement les résultats. Ça n’a pas de bon sens!», s’insurge-t-il.

Le résultat arrive jeudi, une semaine après le test: négatif. Ouf.

«Je suis certain que nous ne sommes pas les seuls parents à vivre ce genre de situation, conclut Dominic. Pour notre part, nous n’avons plus confiance au système de santé à Gatineau et au Québec.»

Ils ne sont pas les seuls à douter. Et la deuxième vague ne fait que commencer.