Le 21 mars, le ministre québécois David Heurtel a écrit à son homologue fédéral Ahmed Hussen, pour lui rappeler la hausse de 700 % du nombre de demandeurs d’asile en 2017, et le fardeau qu’un tel flux impose sur les services d’accueil et les finances de la province.

Un dossier explosif

CHRONIQUE / Le gouvernement Trudeau a déjà un énorme litige sur les bras avec le pipeline de Kinder Morgan dans l’ouest du pays. La dernière chose dont il a besoin, à 17 mois des élections fédérales, c’est d’une querelle en règle avec le Québec sur les migrants irréguliers. Parce que si le dossier du pétrole est explosif dans l’ouest, celui de l’immigration illégale le sera doublement au Québec cet été, à l’approche des élections.

Mercredi matin, le premier ministre Couillard a haussé le ton sur le sujet. Ce n’est pas dans ses habitudes. À Ottawa, dans les coulisses gouvernementales, on a aussi manifesté de la frustration. «Le Québec réclame 146 millions $ mais il n’a même pas détaillé sa facture» m’a-t-on fait valoir.

Un rappel des faits s’impose : le 21 mars, le ministre québécois David Heurtel écrit à son homologue fédéral Ahmed Hussen, pour lui rappeler la hausse de 700 % du nombre de demandeurs d’asile en 2017, et le fardeau qu’un tel flux impose sur les services d’accueil et les finances de la province. M. Heurtel demande «de convenir d’un processus de compensation valable pour les années à venir». En ce qui a trait aux frais encourus pour l’année budgétaire 2017-2018, le ministre indique que le gouvernement est à revoir son évaluation des coûts «en fonction du nombre d’arrivées réelles et non plus estimées». Le ton de la lettre et les arguments invoqués étaient raisonnables.

La surprise, c’est que la réponse du ministre Hussen n’est arrivée que mardi soir à 21 heures, par courriel. Près d’un mois plus tard. Compte tenu de l’urgence de la situation, le délai est surprenant et maladroit. En fait, la réponse d’Ottawa a été motivée par la conférence de presse de lundi des ministres David Heurtel, Jean-Marc Fournier, Sébastien Proulx et Lucie Charlebois. Le gouvernement Trudeau y a vu une stratégie des libéraux québécois pour se faire du capital politique sur le dos du fédéral. 

C’est vrai que le gouvernement Couillard ne voulait pas être doublé par la CAQ dans ce dossier. Mais ce qui est tout aussi vrai, c’est que les libéraux ne veulent plus jouer dans le même film que l’été dernier, alors qu’ils ont assumé la responsabilité du fédéral dans cette affaire, et qu’ils en ont subi les dommages politiques. Ils ont donc décidé, cette année, d’y aller de façon préventive afin de forcer le gouvernement canadien à assumer toutes ses responsabilités. Dans sa réponse à David Heurtel, le ministre fédéral Ahmed Hussen s’étonne de constater que le nombre de lieux d’hébergement temporaires pour ces migrants, qui était de 13 l’été dernier, n’est plus que de 4. Il ajoute que cela risque d’entraîner une situation humanitaire inacceptable. «Nous devons éviter de causer des souffrances indues aux familles en quête de protection», ajoute M. Hussen.

Il est inexact de dire que le Québec avait 13 lieux d’hébergement temporaires l’été dernier, alors qu’il a fallu utiliser des écoles, des hôtels et même le stade olympique pour loger tous ces gens. Le gouvernement canadien ne peut tout de même pas demander au Québec de transformer à nouveau ses écoles et ses installations sportives en centres d’accueil pour migrants irréguliers. Visiblement, le ministre Hussen n’a pas compris l’urgence de ce qui se prépare sur le chemin Roxham. 

Le premier ministre Trudeau risque de perdre des députés dans l’ouest à cause de la querelle sur Kinder Morgan. S’il veut «se refaire» au Québec, il doit mettre une priorité sur la situation à nos frontières. Et cela, même si le gouvernement Couillard fait un peu de politique sur le sujet. Après tout, ce sont des politiciens, c’est un dossier politique, et les élections s’en viennent…