Après tous les obstacles qu’il a franchis, on pourrait croire qu’Alexandre Picard pourrait bientôt donner des leçons.

Un dernier tour de piste ?

CHRONIQUE / Dans le monde où j’ai le bonheur d’évoluer, le mot « retraite » fait peur à bien des gens. Rares sont les athlètes professionnels qui savent instinctivement quel chemin emprunter quand ils arrivent à la croisée des chemins.

À tous ceux qui en arrachent, qui traversent de rudes périodes de transition, j’ai comme l’impression qu’Alexandre Picard pourrait bientôt donner des leçons.

Le défenseur gatinois n’est pas encore tout à fait rendu là, mais il réfléchit.

Il se trouve présentement en Allemagne. Les séries éliminatoires ont débuté dans la plupart des ligues de hockey d’élite européennes. Il n’y participe pas. Son équipe, le Dusseldorfer EG, n’a pas réussi à se qualifier.

Il prépare tranquillement le retour de son clan en Outaouais. Ça doit se faire plus tard, vers la fin du mois.

Alexandre, sa conjointe Marika et les trois enfants sont disposés à y retourner l’an prochain.

À l’été 2017, l’athlète a signé un contrat d’un an. On y avait inséré une clause permettant au club de prolonger l’entente pour une deuxième saison.

Dernièrement, les dirigeants ont choisi de s’en prévaloir.

Picard n’a pas trouvé de raisons de s’y opposer. « Je suis encore capable de jouer. J’ai été le joueur le plus utilisé de mon équipe encore cette année », m’a-t-il expliqué.

Il y a plus important, encore.

La qualité de vie dans la région de Dusseldorf est bonne. Le système de santé allemand est efficace.

On a trouvé une école internationale où le petit Liam, six ans, peut étudier en anglais.

On a également trouvé une bonne garderie que sa petite sœur Léonie, bientôt trois ans, peut fréquenter à raison de quelques journées par semaine.

Un troisième enfant, le petit Levi, est venu s’ajouter à la famille le 30 janvier dernier.

La famille, plus que jamais, se retrouve au cœur de préoccupations.

Le père du trio est âgé de 32 ans.

Ancien des Sénateurs et du Canadien, il est convaincu qu’il pourrait jouer jusqu’à 40 ans. « Je pourrais me promener, changer de pays, trouver des ligues de calibre inférieur... »

Tout ça ne se ferait peut-être pas dans le meilleur intérêt de ses proches.

Dans ce contexte, oui, la saison 2018-19 pourrait bien être la dernière de sa carrière.

Ça fait un certain temps qu’il s’y prépare.

« Tsé, je ne sais pas trop si tu t’en souviens. Quand je suis parti en Europe, au départ, je me suis retrouvé à Prague. J’ai subi une première opération à une épaule. Je suis revenu au jeu, pis j’ai subi une hernie discale. Je me suis retrouvé sur la table d’un chirurgien deux fois dans la même année. Dans ma tête, c’était pas mal fini après ça. Depuis ce temps-là, les choses se sont améliorées. J’ai comme l’impression d’avoir étiré ma carrière de quatre ou même cinq ans. »

« Un moment donné, un gars doit se regarder dans le miroir », complète-t-il.

Picard semble savoir où il s’en va. Il est par exemple bien décidé à rentrer à Gatineau à la fin de sa carrière. Il a plein d’idées en tête pour la suite des choses. « Peut-être trop », rigole-t-il.

Du bout des lèvres, il m’a parlé de coaching et d’interventions dans les médias.

Ce bout-là est un peu flou.

Les idées qui sont concrètes m’ont l’air un peu plus intéressantes.

L’école de hockey qu’il dirige avec son ami Jean-François Payant occupera une fois de plus son été.

Intéressant ajout, cette année. Les stages offerts ne se limiteront plus aux enfants. Les élèves de 30 ans et plus seront aussi admis.

« C’est complètement différent de ce qu’on voit ici. J’ai vu que ça se faisait en Autriche. C’est super populaire là-bas. »

L’école de hockey pour adultes compte déjà une quinzaine d’élèves. Le programme sera tout simple. On offrira deux séances d’entraînement sur glace, axées sur le développement des habiletés individuelles.

« On va leur donner des conseils, entre autres, sur l’échauffement. Trop d’adultes se blessent parce qu’ils ne prennent pas le temps de se préparer adéquatement », indique-t-il.

Un gardien de but de 68 ans s’est récemment ajouté au groupe.

« On verra bien ce que ça va donner. Peut-être que d’ici quelques années, le bouche-à-oreille fera augmenter la demande. »

« Je me concentrerai davantage là-dessus quand j’aurai arrêté de jouer. »