Éric Caire

«Un chum, c’t’un chum»

CHRONIQUE / Éric Caire, c’est «Monsieur éthique» à la Coalition avenir Québec (CAQ). C’est le sheriff au sein des troupes de François Legault à l’Assemblée nationale. «Un chum, c’t’un chum», scandait-il en juin dernier, en commentant la réaction des libéraux au blâme de la commissaire à l’éthique à l’endroit de Pierre Paradis. Aujourd’hui, on apprend que Caire aussi avait des chums, et que le maire de L’Ancienne-Lorette, Émile Loranger, en était un au point de l’aider financièrement.

Voilà donc Caire dans une situation un peu similaire à celle de Stéphane Le Bouyonnec, le président de la CAQ, qui vient de démissionner de ses fonctions. Aucun des deux n’a posé de geste illégal, mais ils ont fait preuve d’un manque de jugement évident pour des gens qui font, ou qui veulent faire de la politique. Le Bouyonnec aurait dû savoir qu’on lui reprocherait un jour de présider le conseil d’une entreprise qui faisait des prêts à des taux d’intérêt interdits au Québec. Caire aurait dû comprendre qu’en acceptant l’aide financière du maire d’une ville située dans sa circonscription, il lui était redevable. On ne prête pas 55 000 $ à une connaissance, simplement parce qu’il vit ou elle vit une séparation difficile. On lui conseille d’aller à la caisse populaire. L’apparence de conflit d’intérêts est assez évidente.

Tout le monde comprend qu’une rupture dans un couple est un moment très pénible, surtout lorsqu’il y a des enfants. Mais tous les couples qui vivent ces moments difficiles — et il y en a beaucoup — sont bien obligés de se débrouiller. Jamais personne n’aurait l’idée de demander l’aide de monsieur le maire.

Que fera François Legault avec son député s’il prend le pouvoir? Il a pardonné à Le Bouyonnec, mais ce dernier est parti quand même. M. Legault a aussi excusé Éric Caire, en disant qu’il avait fait une erreur. Sans plus. 

C’est révélateur, ce genre de réaction, surtout quand elle vient d’un leader politique qui a promis la tolérance zéro en matière éthique. Caire lui-même n’aurait jamais passé l’éponge sur cette histoire s’il s’était agi d’un député libéral ou péquiste. «Un chum, c’t’un chum» aurait-il déclaré dans le style qu’on lui connaît bien.

Aujourd’hui, je serais moins sévère à son endroit s’il n’avait pas été aussi sévère envers les autres. Mais dans les circonstances, il conviendra qu’on ne fait que lui servir sa propre médecine.