L’ambiance est bonne dans le vestiaire des 67’s d’Ottawa et on insiste sur le fait que tout le monde contribue au succès de l’équipe. Jeudi, c’est le gardien numéro deux, Cédrick Andrée, qui a dévoilé le 12e « X » victorieux sur la rampe.

Un capitaine, c’est pas assez

CHRONIQUE / Un ami m’a prêté un bouquin intéressant, il y a quelques mois : The Captain Class.

Je résume. Un journaliste un peu zélé du Wall Street Journal a inventé une formule mathématique un peu complexe pour identifier la plus grande équipe sportive de l’histoire, dans plusieurs disciplines. Quand ce travail imposant fut fait, il s’est mis à étudier la composition, le parcours, les histoires de toutes ces équipes.

Il a fini par dégager un dénominateur commun. Toutes ces équipes étaient menées par un leader charismatique et courageux, pas nécessairement talentueux. Un gars capable d’inspirer tous ses coéquipiers par sa fouge et son ardeur au travail.

Le travail de recherche est impressionnant. À force de lire, j’ai fini par croire que, derrière chaque grande équipe, se cache un grand capitaine.

Depuis quelques semaines, les 67’s d’Ottawa ébranlent un peu ma foi.

On peut dire que les 67’s sont en train d’écrire l’Histoire. Ils sont devenus, mercredi, la première équipe de l’histoire de la LHOntario à remporter le titre de leur Association sans subir un seul revers en séries éliminatoires.

Les 67’s n’ont pas de capitaine.

Personne, au sein de l’équipe de hockey junior au Canada, ne porte une lettre sur son chandail.

J’en ai glissé un mot à leur coach, jeudi.

« Nous n’avons pas un gars qui se distingue. Nous avons un groupe de grands leaders », m’a répondu, tout naturellement, André Tourigny.

« On ne se racontera pas d’histoires. Sasha Chmelevski et Tye Felhaber sont de grands meneurs, a-t-il rapidement enchaîné. Mais Austen Keating et Hudson Wilson ont aussi beaucoup d’impact au sein de notre équipe. Noel Hoefenmayer, Mitchell Hoelscher, Kevin Bahl... Nous avions déjà un bon groupe de leaders en début d’année. Michael DiPietro et Kyle Maksimovich s’y sont greffés en cours de route... »

« C’est comme ça, notre équipe. »

Je pourrais faire mon fin finaud et vous demander de relire le paragraphe précédent et vous demander de compter les leaders. Je serai gentil et je ferai le travail pour vous.

Il y en a neuf.

En l’espace de quelques secondes, sans même prendre le temps d’y réfléchir, Tourigny m’a identifié neuf « capitaines » au sein de son club.

Ça va à l’encontre de tout ce qu’on pense savoir au sujet du hockey. On m’a toujours dit qu’il est dangereux de forcer trop de coqs à coexister dans un seul poulailler.

Il doit forcément y avoir des frictions et des désaccords, à l’occasion.

On l’a vu, par exemple, lorsqu’on a voulu remettre aux 67’s le trophée Bobby Orr à titre de champions de l’Association Est de la LHOntario. Chmelevski a fini par toucher le calice. « Par respect pour la ligue », dit-il. Ses coéquipiers – DiPietro, particulièrement – le suppliaient de le laisser sur la table.

L’équipe n’a visiblement pas besoin d’un shérif, dans le vestiaire, pour régler les conflits.

« Notre équipe n’a pas été bâtie en quelques heures, m’explique Chmelevski, l’espoir des Sharks de San Jose. Coach André a lentement changé la culture de l’organisation. Il a convaincu les gars de laisser leur égo à la porte du vestiaire. Ceux qui étaient incapables de le faire jouent ailleurs, maintenant. »

N’empêche. Trop de coqs, c’est dangereux. Tout le monde sait ça.

« On y a pensé toute l’année », s’exclame Tourigny.

« Nous ne nous sommes jamais retrouvés dans une situation où nous avons ressenti le besoin d’en choisir un. On a même vu certaines situations… Je me souviens d’une partie du calendrier où on connaissait moins de succès. Kody Clark et Sam Bitten ont pris les choses en main durant les séances d’entraînement et ont parlé au groupe », ajoute l’entraîneur québécois.

Vous avez peut-être noté que Tourigny a identifié deux autres leaders dans cette dernière citation.

Depuis le début de cette chronique qui porte sur le leadership, il a essentiellement nommé la moitié de son équipe.

Les nombreux leaders des 67’s ont pris une autre bonne décision, dans les dernières heures. En rentrant à la maison, ils se sont dirigés sur la patinoire, et ils ont demandé au gardien numéro deux Cédrick Andrée de dévoiler le 12e « X » victorieux sur la rampe.

« Il a gagné 30 matches, pour nous en saison régulière », rappelle Chmelevski.

« Chaque membre de l’équipe est important quand on veut gagner un championnat. »