Jonathan Pitre, que sa mère Tina Boileau appelait Jonny Boy, est décédé mercredi, au Minnesota.

Tu nous as sensibilisés à la vie

CHRONIQUE / Salut Jonathan. On ne se connaissait pas, toi et moi. Ou si peu. Et pourtant, mon cœur a éclaté en mille morceaux quand j’ai appris ton départ.

Ta mère, Tina, avait eu la gentillesse de m’accorder une entrevue lorsque vous deux vous trouviez au Minnesota, il y a un peu plus d’un an. Tu venais de subir une greffe de moelle osseuse pour enfin te libérer de cette terrible maladie qui te rendait prisonnier de ton corps. Cette intervention n’avait malheureusement pas fonctionné, mais ta mère et toi vous prépariez déjà pour une deuxième greffe. Le mot « abandonner » n’existait pas entre vous deux.

Tu te souviens de ce que tu m’avais dit à ce moment-là, Jonathan ? Tiens, je te le rappelle : « Je ne lâche pas. La première greffe a juste échoué pour nous rendre plus forts pour la prochaine ».

Je ne sais pas où tu puisais ton courage, Jonathan. Je ne sais pas où tu puisais ta force. On la trouve où, cette fureur de vivre qui t’habitait ?

Là où toute personne aurait abandonné et baissé les bras, toi, tu persévérais, tu fonçais, tu gardais espoir qu’un jour tout irait mieux.

Là où toute personne aurait crié « pourquoi moi !? » en pleurant et en maudissant le Ciel, toi, tu choisissais de défier ton destin de ton amour pour la vie et de ton inoubliable sourire.

Tu nous as tellement appris, Jonathan. Tu nous a tellement inspirés.

Ce n’est pas pour rien que t’étais connu un peu partout sur la planète. Ce n’est quand même pas rien de faire les pages de tous les quotidiens canadiens, ainsi que du Washington Post, du Daily Mail de Londres et des revues People et Paris Match, pour ne nommer que ceux-ci. T’étais une vedette, Jonathan !

Ne ris pas, c’est vrai, t’étais une star mon ami. Mais non pas pour cette rare et impitoyable maladie qui t’avait cruellement choisi. Mais bien pour la résilience surhumaine et si inspirante dont tu as toujours fait preuve dans la tempête. Dans cette incessante tempête qu’était ton quotidien, ta vie.

As-tu souvent pleuré, Jonathan ? T’es-tu déjà dit : « je n’en peux plus » ? Oui, j’imagine. On ne peut pas souffrir comme tu souffrais sans cesse sans parfois verser une larme. C’est impossible. Mais ça, ces moments-là, tu les vivais avec ta mère. Juste toi et elle, ensemble jusqu’au bout. Ensemble, vous essuyiez vos larmes. Ensemble, vous combattiez. Ensemble, vous étiez forts. Ensemble, vous vous disiez que demain, tout ira mieux. Ensemble, vous aimiez la vie. Ensemble, vous vous aimiez.

Ta mère a écrit les mots qui suivent quelques heures après ton départ, Jonathan :

« L’histoire de Jonathan a été rendue publique au cours des dernières années puisqu’il vous a invités à partager sa vie et ses défis quotidiens avec EB (épidermolyse bulleuse) et son constant combat pour sensibiliser le public à cette terrible maladie. Je suis fière de dire tu as réussi Jonny boy ! ».

Jonny boy ? C’est le surnom que ta mère te donnait, Jonathan ? C’est drôle. C’est bien. Et c’est tellement toi. Et ta mère a raison. Tu nous a certes sensibilisés à cette terrible maladie.

Mais t’as accompli beaucoup plus que ça, Jonathan. Durant tes 17 années avec nous, tu nous as sensibilisés à la vie. À toutes ces choses qu’on prend trop souvent pour acquises.

Toutes ces choses qu’on ne voit plus, ou qu’on ne prend plus le temps de regarder, trop pressés sommes-nous à courir après le temps.

Tu nous quittes Jonathan alors que le printemps arrive. Le destin l’a voulu ainsi. Peut-être pour nous dire de nous arrêter un peu afin de revoir ton sourire.

Ton sourire qui revivra dans les bourgeons qui bientôt écloront. Dans une douce brise de mai qui viendra réchauffer nos cœurs.

Dans les cris et les rires des écoliers qui renouent avec l’été. Dans un oiseau qui quitte son nid, et dans le lilas en fleurs. Ton sourire y sera. Dans toutes les merveilles de la vie. Toutes celles qui t’ont si souvent échappé pendant que tu luttais pour ta vie. Toutes celles qu’on se doit d’apprécier et de savourer pour célébrer ta vie.

C’est ton legs, Jonathan. C’est ton merveilleux legs, cher ami. Merci.

Repose en paix, Jonny boy.