Les Sénateurs demeurent l’équipe qui trouve des façons de perdre des matches où ils affrontent des équipes qui ne vont nulle part.

Trouver des façons de perdre

CHRONIQUE / Deux employés d’entretien du PNC Arena bavardaient, quelques minutes après la fin du match opposant les Sénateurs aux Hurricanes de la Caroline, lundi soir.

En tous, moi, j’te dis... Si on avait seulement rappelé les jeunes plus tôt durant la saison, on participerait aux séries, a lancé le premier.

Pis moi, j’te dis que si on pouvait seulement affronter Ottawa plus souvent, ça ferait grimper nos chances, a répondu le deuxième.

Faut-il en rire ou en pleurer?

Les Hurricanes seront exclus des séries pour une neuvième année consécutive.

Il s’agit, bien entendu, de la pire séquence active dans la LNH. Dans une ligue où la moitié des équipes jouent au printemps, même les pires cancres finissent par se faufiler dans le tableau, un jour ou l’autre.

On voit bien, soir après soir, que les Sénateurs ne baissent pas les bras.

Bobby Ryan semble bel et bien décidé à récolter quelques points pour faire oublier ces longs mois de misère.

Matt Duchene qui travaille plus fort que tout le monde, en bas des cercles des mises en jeu.

Au fait, quelqu’un savait, l’automne dernier, que Duchene travaillait aussi fort?

Ça ne change rien. Les Sénateurs demeurent, malgré cela, l’équipe qui trouve des façons de perdre des matches où ils affrontent des équipes qui ne vont nulle part. Ce fut encore le cas, mardi, contre les Islanders.

«Nous avons été la meilleure équipe sur la patinoire pendant une bonne partie de la soirée», a laissé entendre Duchene après coup.

À quoi bon?

On m’a glissé à l’oreille, en début de semaine, que Ben Sexton était le 42e joueur à enfiler le maillot des Sénateurs, cette saison. La personne qui m’a dit ça était convaincue qu’il s’agissait d’un record.

J’ai vérifié. Ce n’est pas tout-à-fait vrai. En 1993-94, à leur deuxième saison dans la LNH, les Sénateurs ont utilisé 46 joueurs.

Il faut dire qu’à l’époque, on jouait 84 parties en saison régulière.

Ce record ne sera sans doute pas battu cette année. Le fil d’arrivée est en vue. Les Sénateurs ont probablement donné une chance à tous ceux qui méritaient d’être rappelés de Belleville.

Il y a bien un truc qui n’a pas encore été essayé.

On regarde les gardiens d’expérience allouer des mauvais buts, soir après soir. Mardi, Mike Condon en a concédé deux aux Islanders, durant la deuxième période.

Pendant ce temps, le jeune Filip Gustavsson a réussi sa rentrée dans la Ligue américaine, réussissant 37 arrêts pour vaincre le Rocket de Laval.

Osera-t-on lui donner un seul départ, dans la grande ligue, avant la fin des classes?

Les Sénateurs ont souvent été représentés par des joueurs de qualité, ces dernières années, au scrutin final du trophée Masterton.

On pense notamment à Erik Karlsson, en 2014, qui est redevenu un des meilleurs joueurs de son époque après avoir subi une lacération d’un tendon d’Achille.

On pense au Hamburglar, un an plus tard, qui est sorti de nulle part pour mener une équipe aux séries éliminatoires.

Daniel Alfredsson s’était retrouvé parmi les trois finalistes, en 2012, pour l’ensemble de son oeuvre.

Craig Anderson est reparti de Las Vegas avec ce trophée, l’an dernier. Beau signe de respect envers le gardien qui avait passé une grande partie de l’année au chevet de son épouse qui était gravement malade.

Mark Borowiecki n’a pas d’histoires larmoyantes à raconter. Il n’est pas très connu, non plus, à l’extérieur de la ville où il est né.

Pour ces raisons, il ne risque pas de graver son nom sur le trophée qui récompense, chaque année, un joueur qui se démarque par sa persévérance et son dévoument.

Borowiecki n’a pas besoin de gagner. Le simple fait d’avoir été choisi pour représenter les Sénateurs a fait sa journée, sa semaine. Peut-être même son mois.

Chaque année, les journalistes de la presse écrite dirigent le scrutin du Masterton.

Les joueurs qui se retrouvent parmi les finalistes réagissent presque tous de la même façon. Ils sont flattés, honorés. Sans plus.

Borowiecki, lui, jubilait. «Quand est-ce qu’un gars comme moi reçoit une manque d’affection comme celle-là?»

On l’a mis au courant lundi matin, à son arrivée à l’aréna. Dans les heures qui ont suivi, il m’a serré la main trois fois.

Ce n’est même pas une blague.