Jonathan Pitre qui s’adresse aux espoirs des Sénateurs, à l’été 2015.

Trois belles minutes d’espoir

CHRONIQUE / La vidéo est assez facile à trouver. Les Sénateurs l’ont déposée sur Youtube il y a un certain temps, déjà. C’est un discours que Jonathan Pitre a livré aux espoirs de l’organisation, durant le camp de perfectionnement estival de 2015.

C’est court. Trois minutes, 33 secondes. Je vous mets au défi de trouver quelque chose de plus inspirant, ce week-end.

Je pourrais consacrer le reste de cette chronique à reproduire la totalité de son discours. Je pourrais me contenter de citer des extraits.

«Je me réveille chaque matin en pensant à mes rêves. J’ai l’impression que je peux tout accomplir.»

«J’ai compris, dans la vie, qu’on accomplit rarement de grandes choses sans d’abord surmonter quelques obstacles.»

«Mon corps ne me permet peut-être pas de briller dans le monde du sport, mais j’ai une voix. Ma voix est puissante. Je pourrais utiliser cette voix pour travailler dans les médias. Elle pourrait me permettre de faire carrière comme dépisteur ou comme entraîneur. Je pourrais être analyste. Je n’ai pas de limites. Je ne suis pas pressé de voir ce que l’avenir me réserve.»

Écrits, noir sur blanc, ces mots ne disent pas grand-chose.

Quand ils sortent de la bouche d’un garçon tout frêle qui vient de célébrer son 15e anniversaire de naissance, qui fait face aux défis qu’on connaissait à l’époque...

C’est de la dynamite.

Vous devriez prendre quatre minutes pour regarder la vidéo. Je vais vous attendre. On va s’en parler, après.

Randy Lee a eu l’idée de tendre le micro à Jonathan Pitre, ce jour-là, en 2015.

Il faut connaître le contexte. Lee, préparateur physique de formation, organise le camp de perfectionnement depuis des années. L’idée, c’est de réunir le plus grand nombre d’espoirs possible pendant une semaine. On les observe durant des entraînements sur glace et hors glace. On organise pour eux quelques matches simulés. On peut ainsi mesurer le chemin qu’ils ont parcouru.

Tous les joueurs qui participaient au camp, dont Ryan Dzingel, ont serré la pince du jeune homme.

Ce n’est pas tout.

Les activités hors glace sont souvent plus importantes, encore.

Les discours de motivation, par exemple, ont pour but de faire comprendre des choses fondamentales aux joueurs.

Ces jeunes hommes âgés de 18 à 22 ans sont généralement issus de milieux privilégiés. La vie leur a fait des tas des cadeaux. Ils ne le réalisent pas tous.

En guise de salaire, après son discours, Jonathan Pitre a reçu un cadeau unique. Plusieurs équipes de la LNH ont été mises à contribution.

«Nous voulons en faire des pros. Nous ne voulons pas simplement qu’ils atteignent la LNH. Nous voulons qu’ils connaissent de longues carrières. À travers nos différents ateliers, on apprend à connaître nos joueurs. Qui sont ceux qui nous aideront à gagner ? Qui sont ceux qui pousseront davantage dans les moments cruciaux ? On leur lance une série de défis. On les évalue. On peut identifier, rapidement, ceux qui réagissent le mieux aux messages qui sont transmis», m’a expliqué Lee lorsque je lui ai parlé, vendredi midi.

- Et le discours de Jonathan, Randy ?

«Nous avons eu des tas de conférenciers de qualité au fil des ans. Je peux te dire qu’il a livré le discours le plus mémorable de tous. Je ne m’attendais pas à ce qu’il touche les joueurs de cette façon. Il a su leur faire comprendre à quel point ils sont chanceux de vivre, chaque jour, leur rêve dans le monde du hockey.»

En demandant à un ado de livrer un discours à ses joueurs, Lee ne savait forcément pas à quoi s’attendre.

«Je m’attendais à ce qu’il soit terriblement nerveux. Il était incroyablement calme. Posé. Il avait pris le temps de bien organiser ses idées.»

C’est vrai, ça. Il sort une feuille de papier avec des notes manuscrites. Elle ne lui a servi à rien. Il a parlé avec assurance en fixant constamment son auditoire.

«Il a parlé avec son cœur et il a touché tout le monde. À la fin, tous nos joueurs tenaient à lui serrer la main.»

L’enfant papillon est décédé. Naturellement, dans les heures qui ont suivi, sa famille a été submergée de témoignages d’affection. Des tas de gens qui ne l’ont pas connu sont attristés de le voir mourir si jeune.

C’est très bien.

Je ne l’ai pas connu, non plus. Lors de ses visites au Centre Canadian Tire, il avait des gens bien plus importants à rencontrer.

Je préfère garder l’image d’un garçon lumineux. Il est parti tôt, c’est vrai. Combien de gens, même s’ils vivaient 100 ans, pourraient toucher autant de vies que lui ?