Sylvain St-Laurent
Le Droit
Sylvain St-Laurent
Il y a trois ans déjà, les Sénateurs d'Ottawa mettaient le main sur le centre Matt Duchene.
Il y a trois ans déjà, les Sénateurs d'Ottawa mettaient le main sur le centre Matt Duchene.

Trois ans plus tard...

CHRONIQUE / En cette année un peu fade, dans le monde du sport, on a tendance à souligner les anniversaires avec un peu plus d’entrain que d’habitude.

C’est un peu comme si parler du «bon vieux temps» nous permet d’oublier à quel point le temps présent n’a pas grand-chose de bon.

Le plus récent exemple nous a été servi, jeudi matin. J’ai passé une dizaine de minutes en voiture, pour aller reconduire mon héritière à l’école. Juste assez longtemps pour tendre l’oreille à mes collègues de TSN 1200.

Juste assez longtemps pour comprendre qu’ils parlaient du troisième anniversaire de la dernière grosse transaction de hockey conclue par les Sénateurs d’Ottawa.

Celle qui leur a permis de mettre la main sur Matt Duchene.

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On dit souvent que le temps file à une vitesse folle. Mais ce n’est pas toujours vrai.

On a l’impression, par exemple, que cette transaction a été conclue il y a beaucoup plus longtemps.

Le statut de Duchene a eu le temps de changer deux fois, durant cette période.

En novembre 2017, Duchene avait 26 ans. Il appartenait encore à la «génération montante». Il avait connu quelques saisons intéressantes au Colorado. On avait le droit de penser que ses meilleures années étaient devant lui.

Depuis, il a déménagé deux fois. Il a obtenu son gros contrat de 56 millions $US à Nashville. Dans les 12 mois qui ont suivi la signature, il s’est retrouvé au centre du quatrième trio et les Predators ont critiqué son manque d’engagement dans les séries éliminatoires de la coupe Stanley.

Matt Duchene

Duchene doit commencer à regarder le calendrier. Il célébrera son 30e anniversaire de naissance à la mi-janvier.

Un joueur de 30 ans, dans la LNH d’aujourd’hui, est un joueur qui commence à prendre de l’âge.

Duchene devra forcément songer à tout cela, lors de la reprise des activités, l’hiver prochain.

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J’ai l’impression que cette transaction a été conclue il y a plus longtemps, aussi, parce que je me souviens très bien de l’ambiance qui régnait au Centre Canadian Tire.

La transaction avait été conclue un dimanche soir.

Le lundi matin, Duchene était déjà là. Il avait participé à une conférence de presse improvisée avant d’aller rejoindre ses coéquipiers au vestiaire.

À 10 h 30, il était sur la glace, pour prendre part à une première séance d’entraînement.

Duchene était sur la glace, Pierre Dorion était dans les gradins.

Dorion était dans les gradins, et, comment dire?

Il exultait.

Il avait du mal à rester en place. Il parlait sans cesse. Il riait. Il taquinait les journalistes...

On ne l’avait jamais vu comme ça.

Le directeur général des Sénateurs d'Ottawa, Pierre Dorion, en compagnie de Matt Duchene.

Dorion dirigeait l’organisation depuis moins de 18 mois. Il avait complété la saison précédente à Las Vegas, au gala des trophées individuels de la LNH. Il s’était retrouvé parmi les trois finalistes au titre de directeur général par excellence.

Je répète, ça fait trois ans.

Les Sénateurs avaient perdu un gros morceau au repêchage d’expansion. Erik Karlsson avait perdu son partenaire quand les Golden Knights de Vegas avaient réclamé Marc Méthot. Mais bon. La carrière de Thomas Chabot débutait. C’était une question de mois avant qu’il puisse jouer dans le top-4.

Dorion était convaincu qu’il avait encore une très bonne équipe sous la main. Avec Duchene, un vrai centre numéro un, il pouvait rêver de connaître d’autres belles et longues séries.

Ça fait trois ans.

On sentait que le climat n’était pas au beau fixe, dans les bureaux administratifs, à l’automne 2017. Cyril Leeder, un des fondateurs, avait quitté le bateau. Au moins, il avait été remplacé par Tom Anselmi, un homme d’expérience qui possédait une certaine envergure. Après avoir joué un rôle clé dans la construction du SkyDome, à Toronto, il était l’homme de la situation pour mener à bien le projet des plaines LeBreton.

À l’époque. M. Anselmi disait qu’il aurait besoin de quatre ou cinq ans pour tout régler. Donc, un déménagement de l’équipe au centre-ville était envisageable, quelque part entre 2021 ou 2022.

Les Sénateurs avaient un peu de mal à vendre des billets. Les partisans chantaient un refrain familier. Kanata, c’est loin.

On se disait que c’était temporaire. Tout finirait bien par rentrer dans l’ordre.

La Ligue nationale de hockey avait choisi de conclure les célébrations de son 100e anniversaire à Ottawa. La Place TD, qui sentait encore la peinture fraîche, se préparait pour accueillir un match entre les Sénateurs et le Canadien de Montréal.

On avait aménagé une patinoire secondaire à quelques kilomètres de là, sur la colline du Parlement. On avait invité les anciens à y jouer un match. Presque tout le monde avait répondu.

Alexeï Yashin et Alexandre Daigle étaient prêts à revenir, pour célébrer la jeune, mais riche histoire de l’équipe.

Ça fait trois ans, tout ça.

Juste trois ans.