Comme ses enfants Marguerite et Benjamin, Kristelle Pearson apprend à laisser parler sa météo intérieure.

Traverser la tempête

CHRONIQUE / Kristelle Pearson, 32 ans, a fait sa première dépression à 12 ans, mais à cet âge, elle ne savait pas que c’était une dépression.

La jeune fille hypersensible a eu du mal à accepter la séparation de ses parents absorbés par leurs propres tourments.

«J’ai été laissée à moi-même, avec ma peine et mon désespoir. Adolescente, j’étais en colère contre tout.»

C’est durant ses études universitaires en arts plastiques, alors qu’elle travaillait pendant l’été auprès de jeunes ayant des troubles de santé mentale, que la jeune femme a réalisé qu’elle souffrait depuis longtemps, en silence.

Le cœur qui se serre dans la poitrine, les mains qui tremblent, les sueurs, le souffle court et rapide... C’était donc ça. Kristelle ignorait qu’elle faisait des crises d’angoisse avant ce jour.

«Je pensais que c’était normal, être toujours stressée et avoir peur.»

Connaître les symptômes n’a pas tout réglé. Kristelle a longtemps consommé pour geler ses émotions. Elle a également suivi un nombre incalculable de psychothérapies. Sans succès.

Cette vie en montagnes russes s’est étirée jusqu’en 2017. Kristelle a fermé sa garderie familiale, a quitté le père de ses enfants et s’est éloignée de la campagne où elle étouffait avec son mal de vivre.

Arrivée en ville avec ses petits, elle a demandé de l’aide au centre de réadaptation Domrémy, à Trois-Rivières, où il fallait tenir compte de sa réalité de mère de famille.

«Je devais gérer son sevrage et mon anxiété... avec mes enfants.»

Si Kristelle est ici aujourd’hui pour raconter son histoire, c’est parce que l’aide reçue a donné des résultats.

«On m’a appris à vivre en pleine conscience, à sortir de ma tête et de mes pensées pour me recentrer sur mon corps et le temps présent! Je ne pensais même pas que ça se pouvait. Ça m’a sauvée.»

Ses cheveux sont d’un rouge flamboyant. Kristelle les a teints elle-même. Pour elle-même.

«J’ai décidé de me faire plaisir!»

Pour la première fois depuis au moins quinze ans, Kristelle n’est pas en ce moment au beau milieu d’un nouvel épisode dépressif.

En octobre dernier, elle a tout de même ressenti les premiers signes qui ne trompent pas.

«L’automne, tout change, rien ne va...»

C’est le froid qui s’installe, les journées qui raccourcissent, l’énergie qui manque, la solitude qui domine, le mal-être qui s’incruste et la détresse qui hiberne et engourdit.

Depuis le temps qu’elle consulte et travaille sur son cas, Kristelle se connaît par cœur et est capable d’anticiper les symptômes d’une autre «passe difficile»... Elle sentait que ça s’en venait.

«Et je n’avais pas envie que mes enfants me voient dans cet état-là.»

Comme si elle avait été entendue, la mère monoparentale a appris l’existence d’un programme fait sur mesure pour ses enfants, Marguerite, 7 ans, et Benjamin, 5 ans.

L’organisme La Lanterne a été mandaté par le CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec pour mettre sur pied des ateliers qui s’adressent spécifiquement aux enfants dont un parent est atteint de troubles majeurs de santé mentale.

Quand une maman ou un papa souffre, c’est toute la famille qui a mal. Les petits ont de grands besoins. Ils peuvent se sentir seuls, avoir une faible estime d’eux-mêmes et présenter à leur tour des symptômes d’anxiété, voire de dépression.

Appelé à offrir du soutien à l’entourage, l’organisme La Lanterne s’est tourné vers Manon Jean pour donner des outils à ces enfants. La Trifluvienne est à l’origine du programme Arbre en cœur et plus précisément du concept de la «météo intérieure» présenté dans plusieurs écoles du Québec.

Tout au long des huit ateliers axés sur le jeu, la relaxation et des techniques d’automassage, Marguerite et Benjamin ont appris à reconnaître et à exprimer ce qu’ils ressentent ici et maintenant.

Dans la cuisine, une affiche est apposée sur le frigo. Le dessin illustre un soleil, un nuage, un orage, de la pluie, du vent, un arc-en-ciel, une tornade. Chaque image est associée à des émotions qu’il ne faut pas retenir.

«On dit à l’enfant qu’il a le droit d’avoir de la peine ou d’être en colère. On lui donne le droit de vivre son émotion. On lui dit que ça ira mieux après.»

Kristelle prend des notes.

Quand sa fille est en pleurs, frustrée ou fâchée, elle n’essaie pas de faire diversion et de la convaincre que tout est beau, qu’il n’y a pas de problème. Kristelle est bien placée pour savoir qu’il faut que ça sorte.

Marguerite a seulement 7 ans, mais la fillette comprend aussi, déjà, que sa mère a également une météo intérieure.

Dans une lettre qu’elle a écrite pour exprimer sa reconnaissance à La Lanterne et à Manon Jean, Kristelle Pearson raconte: «Avant, ma fille devenait anxieuse lorsque j’étais en colère et essayait de me consoler lorsque j’avais de la peine. Maintenant, elle observe et accepte que je vive des émotions. Elle me dit: ‘‘Maman, il y a de l’orage à l’intérieur de toi et ça se transforme en nuage de pluie. C’est correct.’’»

La jeune femme regarde ses enfants grandir avec confiance. Tout se met en place pour qu’ils deviennent des adultes épanouis.

«Si j’avais eu ces ateliers à 12 ans, ma vie aurait été différente.»

Leur mère n’est pas triste en disant cela. Son moral est bon, mieux que jamais.

«Habituellement, je ne suis jamais motivée l’hiver.»

C’est tout le contraire en ce moment. Les idées et les projets bouillonnent dans la tête de Kristelle. Un «high» en plein mois de janvier, elle ne se souvient pas d’avoir connu ça.

«Les ateliers nous ont donné beaucoup d’espoir, à moi et aux enfants! Ça a tout changé.»