Sylvain St-Laurent
Si Mark Borowiecki et Jean-Gabriel Pageau ne s’entendent pas avec les Sénateurs, qui enseignera aux jeunes joueurs à devenir de « meilleures personnes » ?
Si Mark Borowiecki et Jean-Gabriel Pageau ne s’entendent pas avec les Sénateurs, qui enseignera aux jeunes joueurs à devenir de « meilleures personnes » ?

Toute la pression sur Dorion

CHRONIQUE / «Les gens qui évoluent dans le monde du hockey depuis un certain temps savent qu’un contrat, ça peut se négocier assez rapidement. »

Ces mots sont importants parce qu’ils sortent de la bouche de Pierre Dorion.

Le directeur général des Sénateurs a fait cette déclaration, mardi matin, quand il a rendu visite à nos amis de TSN 1200.

Ces mots sont importants parce qu’ils ont été lancés dans le contexte bien particulier des négociations impliquant Mark Borowiecki et Jean-Gabriel Pageau.

Quand je parle du contexte particulier des négos, je veux bien entendu vous dire qu’il n’y a pas encore eu de négos, à proprement dit.

Pour commencer, je vais reconnaître une certaine cohérence à Dorion. Je ne lui ai pas parlé, personnellement, depuis un certain temps. Notre dernière conversation remonte au 23 décembre. J’avais obtenu une rencontre d’une vingtaine de minutes, dans son bureau du Centre Canadian Tire. Je voulais lui parler des contrats. Il ne veut jamais parler des contrats.

Je lui avais fait valoir que les partisans ne sont pas dupes. Ils connaissent suffisamment la LNH pour savoir que les prolongations de contrats se négocient généralement à l’automne. Les joueurs qui n’ont pas réussi à s’entendre avec leurs patrons avant l’arrivée de la nouvelle année finissent presque tous par déménager.

Dorion m’avait alors répondu qu’il n’y avait pas le feu. Les Capitals de Washington ont déjà attendu la dernière minute pour renouveler les ententes de John Carlson et T.J. Oshie.

Si c’est bon pour la capitale américaine, c’est bon pour la capitale canadienne.

« Pas de panique, chose », avait-il presque conclu.

Trois semaines plus tard, les choses n’ont pas progressé. Dorion n’a pas l’air plus nerveux qu’aux Fêtes.

Un contrat, ça peut se négocier rapidement, dit-il.

Il a l’air tellement convaincu de son affaire. On veut bien le croire.

En adoptant une attitude aussi désinvolte, il est quand même en train de se mettre toute la pression sur les épaules.

À lui de prouver, maintenant, qu’il est capable de livrer la marchandise.

Jean-Gabriel Pageau n’est pas T.J. Oshie.

Mark Borowiecki n’est pas John Carlson.

Carlson et Oshie sont deux joueurs d’élite sans qui les Caps n’auraient probablement pas remporté la coupe Stanley, en 2018.

Je ne change quand même pas d’opinion. Dans leur processus de reconstruction, les Sénateurs ont quand même besoin de bons leaders, honnêtes, qui ont à cœur les succès de l’organisation.

Je cite Borowiecki, sur l’importance du leadership. Il parlait mardi matin de l’influence qu’a eue Zack Smith sur sa carrière.

« Sans me perdre dans les détails, nous sommes deux hommes très compétitifs. Smitty est mon ami à l’extérieur de la glace. Nous sommes proches. Nos femmes sont proches. Nous sommes pratiquement voisins, durant la saison morte. Cela dit, quand on se retrouve sur la même patinoire, à l’entraînement, il arrive qu’on se colletaille. Les gars qui veulent s’améliorer durant les matches doivent d’abord s’améliorer à l’entraînement. Parce que j’ai pu m’entraîner avec Zack, pendant toutes ces années, je suis devenu un meilleur joueur. Et je suis devenu une meilleure personne. » Si Boro et Pageau s’en vont, dans six semaines, qui enseignera aux jeunes joueurs de la relève à devenir de « meilleures personnes » ?

Pierre Dorion a offert quelques explications, mardi matin. Avant d’offrir de nouveaux contrats, il voulait d’abord connaître l’opinion de ses dépisteurs. Il a pris le temps de sonder ses collaborateurs, lors de la rencontre annuelle qui a eu lieu récemment.

Il a également pris le temps de parler avec D.J. Smith, pour lui faire connaître ses idées.

Il entend s’asseoir avec certains joueurs qui sont en fin de contrat, d’ici la date limite des transactions.

Il va vouloir que ça se passe discrètement, pour éviter qu’une ambiance de « cirque » règne au CCT.

Le « cirque », c’était l’an dernier, quand il tentait par tous les moyens de retenir Matt Duchene et Mark Stone.

« Nos partisans ont le droit de savoir ce qui se passe, mais nos partisans doivent respecter le processus. »

Les partisans vont respecter le processus, parce qu’ils n’ont pas vraiment le choix.

En espérant, encore une fois, que Dorion tienne ses promesses.