L’archevêque d’Ottawa et d’Alexandria-Cornwall, Terrence Prendergast, a grandi dans le quartier francophone d’Ahuntsic, à Montréal, et il a été livreur de bière et de viande dans sa jeunesse.
L’archevêque d’Ottawa et d’Alexandria-Cornwall, Terrence Prendergast, a grandi dans le quartier francophone d’Ahuntsic, à Montréal, et il a été livreur de bière et de viande dans sa jeunesse.

Terrence Prendergast: de livreur de bière à « livreur » de la Bonne Nouvelle

Denis Gratton
Denis Gratton
Le Droit
CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / L’archevêque d’Ottawa et d’Alexandria-Cornwall, Terrence Prendergast, est né et a grandi à Montréal, dans le quartier majoritairement francophone d’Ahuntsic.

« C’est là que j’ai appris mon français, se souvient-il. Je l’ai appris avec mes copains de la rue, ceux avec qui je jouais au hockey de ruelle et à toutes sortes de jeux. Mes parents ne parlaient pas français. Quand ma mère allait à l’épicerie, elle pointait vers les produits qu’elle voulait et le marchand l’aidait et restait très accueillant.

Mon père était Terre-Neuvien. Il n’y avait pas de travail à Terre-Neuve à l’époque donc il est venu à Montréal où il a décroché un poste de comptable à la Canada Packers, dans le Vieux-Montréal. C’est là qu’il a fait carrière.

«Ma mère, elle, venait d’Angleterre. Ma grand-mère était veuve avec 10 enfants. Donc elle a envoyé ses filles à New York pour que celles-ci puissent travailler dans les hôtels. Les sœurs de ma mère se sont éventuellement établies dans le Sud des États-Unis, en Floride, en Californie et en Arizona. Ma mère est la seule qui est allée à Montréal, là où elle avait une tante. Et c’est là qu’elle a rencontré mon père.

«Puis moi je suis né à Montréal. À l’adolescence, fin des années 1950, j’étais livreur pour une petite épicerie du Vieux-Montréal. Je faisais la livraison de la bière et de la viande, mais de la bière surtout. Parce que pour la bière, il y avait toujours des clients !, lance-t-il en riant.

«Occasionnellement, je livrais chez une famille anglophone. Et quand je rendais la monnaie en anglais, on me félicitait pour mon anglais. Ces gens n’avaient pas l’habitude d’entendre les jeunes du quartier parler leur langue !

— Et comment passe-t-on de la livraison à la prêtrise ?

— Je servais la messe dans ma paroisse. À un moment donné, le prêtre m’a demandé si j’avais déjà pensé à la prêtrise. Non, je n’y avais pas songé. Mais j’y ai pensé à partir de ce moment-là. Et quand j’ai commencé à aller chez les jésuites à l’école secondaire Loyola, là où j’avais une bourse d’études, lentement j’ai été conquis par la bonne humeur et la joie de vivre des jésuites qui enseignaient et qui étaient entraîneurs des équipes sportives. Je me suis dit que j’aimerais être comme eux. J’avais 17 ans. Je sais que c’est un peu étrange aujourd’hui. Mais dans ce temps-là, au tout début des années 1960, ce l’était moins. Donc j’ai complété mes études et j’ai été ordonné prêtre en 1972.»

Terrence Prendergast, 76 ans, a enseigné l’Écriture sainte pendant une vingtaine d’années, lui qui a appris le latin, le grec et l’hébreu. Il a été recteur de l’école théologique jésuite Regis College, à Toronto, avant d’être nommé évêque auxiliaire de la Ville-Reine, en 1995, puis archevêque d’Halifax, en 1998.

Il est depuis 2007 archevêque d’Ottawa et, depuis 2018, évêque du diocèse d’Alexandria-Cornwall.

Mais l’heure de la retraite a sonné pour Mgr Prendergast et il quittera ses fonctions en décembre prochain. «Mgr (Marcel) Damphousse (son successeur) est déjà arrivé et on travaille ensemble, dit-il. Il est déjà prêt. Et lui aussi parle français, il est Franco-Manitobain.

«Je ne sais trop ce que je ferai à la retraite, ajoute-t-il. Je pourrais peut-être donner des cours ou des retraites en Écriture sainte aux prêtres. Je suis d’ailleurs invité pour donner une retraite aux évêques des États-Unis, en Arizona, au mois de janvier. Ce serait bien, j’ai de la parenté là-bas. Je vais attendre jusqu’à la mi-septembre avant de prendre une décision. Mais j’aimerais bien aller là-bas et me sauver un peu du froid de l’hiver d’Ottawa. Tout dépendra de la pandémie.»

L’archevêque d’Ottawa et d’Alexandria-Cornwall, Terrence Prendergast, a grandi dans le quartier francophone d’Ahuntsic, à Montréal, et il a été livreur de bière et de viande dans sa jeunesse.

Fermeture d'églises ?

L’archevêque de Québec, le cardinal Gérald Cyprien Lacroix, a dénoncé publiquement le manque d’ouverture et d’écoute du gouvernement Legault et de la Santé publique, dimanche dernier. Selon lui, le gouvernement caquiste joue l’autruche devant les demandes répétées pour rouvrir les lieux de culte de la province qui sont fermés depuis le début de la pandémie.

«Même les casinos ont obtenu avant nous le droit d’accueillir 250 personnes, dans des lieux pourtant bien plus petits que nos églises», a déploré le cardinal Lacroix.

Ses revendications s’arrêtent cependant aux frontières du Québec. Parce qu’en Ontario, les églises et lieux de culte ont récemment reçu la permission de rouvrir leurs portes aux fidèles.

Et selon Mgr Terrence Prendergast, le gouvernement Ford a été à l’écoute des communautés religieuses tout au long de cette crise inédite.


« Si ça (la pandémie) dure trop longtemps, il y aura une crise. Plusieurs paroisses sont déjà dans une situation critique. »
Mgr Terrence Prendergast

Ce qui ne veut pas nécessairement dire que tout va bien dans les paroisses catholiques en province, prévient l’archevêque. Malgré cette écoute et cette collaboration étroite du gouvernement ontarien, certaines paroisses ont été poussées au bord du gouffre par la COVID-19. Et le pire est à craindre…

«Le gouvernement Ford a travaillé de très près avec nous, a dit Mgr Prendergast. On a obtenu la permission d’ouvrir à 30 % de la capacité de l’église, à condition de respecter la distanciation. C’est sûr que j’aurais aimé avoir plus de souplesse et laisser les églises ouvertes. Et on aurait peut-être pu ouvrir plus tôt. Mais le gouvernement voulait garder les gens en sécurité et en santé et on comprend très bien. On peut toujours critiquer les décisions prises, mais nous avons été bien traités. Et même si nous avions pu maintenir les églises ouvertes, il aurait fallu nettoyer et désinfecter après chaque groupe, tout nettoyer après chaque messe et le reste. Ça veut donc dire beaucoup plus de main-d’œuvre et d’argent, ce que nous n’avons pas. Les quêtes diminuent.»

Les quêtes diminuent et la situation empire de jour en jour pour plusieurs paroisses catholiques d’Ottawa et de l’Est ontarien. Si bien que des églises pourraient devoir fermer leurs portes si cette pandémie perdure jusqu’au printemps, prévient Mgr Prendergast.

«Si ça (la pandémie) dure trop longtemps, il y aura une crise, a-t-il laissé tomber. Plusieurs paroisses sont déjà dans une situation critique. Des petites paroisses, surtout. Elles ne sont pas loin de — je ne veux pas dire la faillite — mais elles ne sont pas loin d’avoir de graves problèmes financiers.

— Pourraient-elles être obligées de fermer leurs portes ?

— Oui, c’est possible, répond l’archevêque d’Ottawa et d’Alexandria-Cornwall. Mais les gens sont généreux.

Il y a des paroisses où les prêtres ont pris la situation en main dès le début. Ils ont de bons contacts et de bons liens avec les paroissiens et la communauté et les gens viennent apporter de l’argent au presbytère ou à l’église. D’autres donnent en ligne. Il y a même quelques paroisses qui ont reçu plus d’argent qu’à l’habitude. Les gens réalisent qu’on fait des efforts pour eux et beaucoup d’entre eux sont reconnaissants.»