Sylvain St-Laurent

Bob vise les Jeux de 2022

CHRONIQUE / Je ne sais pas trop comment l’expliquer. J’étais convaincu que Bob Hartley serait à PyeongChang.

Je me suis aventuré sur le site officiel des prochains Jeux olympiques d’hiver, en attendant l’appel du coach, quand je me suis rendu compte que je m’étais trompé. L’équipe nationale de Lettonie, qu’il dirige depuis un peu plus d’un an, n’est pas qualifiée.

Quand le téléphone a sonné, Hartley s’est vite chargé de me rappeler à l’ordre. On lui a confié un mandat de cinq ans dans le but de ramener les Lettons aux Jeux. Au moment de son embauche, il était déjà acquis qu’ils ne seraient pas à PyeongChang.

« Mon objectif, depuis le premier jour, c’est 2022 », m’a-t-il expliqué.

La Lettonie a participé aux Jeux de 2002, 2006, 2010 et 2014.

Rien n’est jamais acquis.

En vertu du format actuel, 13 nations participent au tournoi de hockey masculin. 

Il y a d’abord les neuf puissances, pratiquement impossibles à déloger : le Canada, les États-Unis, la Finlande, la Suède, la Russie, la République tchèque, la Slovaquie, l’Allemagne et la Suisse.

Il faut ensuite faire une place pour le pays hôte. En 2022, puisque les Jeux retourneront à Pékin, la Chine sera qualifiée d’office. On peut déjà lui réserver la dernière position.

Si rien ne change, il restera trois places pour les pays où le hockey est moins développé. Sur ce tableau, la Lettonie ne manque pas de compétition. Il y a la France, l’Italie, l’Autriche, la Slovénie, le Japon, la Norvège, la Pologne, la Slovénie, la Biélorussie, l’Ukraine, le Danemark, le Kazakhstan...

On va résumer ça ainsi. Bob a un très gros défi sur les bras.

Mais Bob n’a jamais été du genre à baisser les bras.

« C’est vraiment un beau pays, la Lettonie. Les gens sont gentils, accueillants. Ils adorent le hockey. Les gens d’ici sont travaillants, tu sais. Les deux gros secteurs d’activité, à Riga, c’est le bois et l’agriculture... Tu ne peux pas réussir dans l’agriculture ou dans le bois en restant assis derrière ton bureau », m’a-t-il expliqué.

Les gens qui n’ont pas peur de retrousser leurs manches ont, généralement, plus de facilité sur une patinoire que les frileux travailleurs de bureau.

Je ne peux pas te contredire là-dessus, Bob.

« Les joueurs de hockey de la Lettonie sont des gros travailleurs. Ça patine... Mais, tsé, il n’y a que 20 arénas dans tout le pays. Il y a probablement plus de patinoires que ça dans la ville d’Ottawa... »

Le contrat liant Hartley à la Fédération lettone de hockey est assez large. En plus de diriger l’équipe nationale senior, il a le mandat de former des entraîneurs compétents pour le réseau du hockey mineur. Il doit trouver des façons de stimuler la participation des enfants. Il se désole de voir qu’à l’autre bout de la planète, les choses ne changent pas. Les jeunes garçons de Riga, un peu comme ceux d’Ottawa, préfèrent souvent la tablette et la console de jeux vidéos à la patinoire du coin.

« C’est la façon dont la société est gérée. On s’en va du mauvais côté », pense-t-il.

Entraîneur dans l’âme, Bob est convaincu que les adultes ont le pouvoir de renverser la vapeur. Un enseignant passionné peut faire une énorme différence dans un milieu scolaire, me dit-il. Un entraîneur compétent devrait avoir le même pouvoir, les mêmes capacités sur un terrain de jeu.

On verra bien, un jour, si ses efforts se feront sentir dans ce petit pays nordique qui compte environ deux millions d’habitants. Il a jusqu’en 2022 pour laisser sa marque.

À moins que...

J’ai bien connu Bob, il y a une dizaine d’années. À l’époque, il venait de se faire montrer la porte par les Thrashers d’Atlanta. Il rêvait d’obtenir une troisième opportunité de travailler dans la LNH pour compléter sa carrière.

Il a obtenu cette opportunité. Il en a profité pour gagner le trophée Jack-Adams, en 2015.

Il me dit qu’il n’est pas rassasié. Il serait prêt à quitter la Lettonie si la LNH lui faisait de nouveau signe.

« J’ai gagné une coupe Stanley au Colorado. J’en ai gagné des centaines d’autres, dans les rues de Hawkesbury, avec mes chums. »

« Gagner la coupe, pour vrai, c’est comme manger ton premier morceau de gâteau au chocolat. C’est pas long que t’en veux un autre morceau. Tu voudrais que ce deuxième morceau soit plus gros, encore. »

Sylvain St-Laurent

Une vie après le hockey

CHRONIQUE / Certains drapeaux rouges sont bien visibles. La visière, par exemple. Quand il a récupéré son poste, jeudi soir, Mark Borowiecki portait une visière légèrement teintée. Ça signifie que son cerveau na encore du mal à composer avec la lumière très puissante qu’on diffuse dans les amphithéâtres de la LNH.

Pour capter certains signaux, il faut savoir tendre l’oreille. Durant sa convalescence, le courageux défenseur des Sénateurs a laissé entendre qu’il devra changer certaines habitudes. Il a dit, notamment, qu’il pourrait jeter les gants moins souvent dans l’avenir.

Les commotions cérébrales s’accumulent et commencent à laisser des traces.

On apprécie Borowiecki pour différentes raisons. D’abord, parce que son amour pour le hockey est immense. Un joueur aux aptitudes naturelles limitées, comme lui, ne peut pas atteindre la Ligue nationale sans développer des habitudes de travail irréprochables. Et un gars peut difficilement travailler aussi fort, jour après jour, sans vraiment se passionner pour ce qu’il fait.

Souvent, cette passion a un prix. Les joueurs qui aiment le hockey autant que ça n’ont pas de place pour rien d’autre, dans la vie. Mais Borowiecki n’est pas comme ça.

Il se distingue, au contraire, par sa façon de faire la part des choses.

Quand il n’est pas l’aréna, on peut souvent le trouver dans un atelier où il s’amuse à travailler le bois. À une certaine époque, il parlait vaguement d’une seconde carrière dans les forces de l’ordre.

Pour lui, il y aura clairement une vie après le hockey. Ce serait franchement moche de voir un coup de trop à la tête gâcher tout cela.

Un exemple tout frais, tout récent de ce que j’essaie de vous expliquer.

Durant la semaine de relâche, comme plusieurs coéquipiers, Borowiecki s’est envolé vers la Floride.

Son emploi du temps, une fois arrivé à destination, fut cependant différent.

« Je ne serais jamais capable de passer une journée au grand complet allongé sur une plage », m’a-t-il confié, jeudi matin.

Borowiecki, aussi incroyable cela puisse paraître, a passé la semaine à travailler comme palefrenier.

« Ma femme passe six semaines en Floride, cet hiver. Elle participe à des spectacles équestres, là-bas. Je suis allé la rejoindre pour lui donner un coup de main. »

« Nos journées commençaient à sept heures du matin. J’avalais mon petit déjeuner en vitesse avant de me diriger vers la ferme. Puisque je ne connais pas grand chose aux soins qu’il faut donner aux bêtes, on m’avait confié le mandat d’abreuver les chevaux. Sinon, je pelletais du fumier. Ma femme fait partie d’une équipe exclusivement féminine. Elles sont trois ou quatre, là-bas. J’essayais d’être là quand il y avait des trucs lourds à transporter. »

« Je me couchais chaque soir à 22 h, complètement crevé. »

Je ne sais pas trop si Borowiecki songe toujours à une carrière dans la police.

Jeudi, il disait qu’il ne détesterait pas se porter acquéreur d’une petite ferme.

« Je te mentirais si je te disais que je ne pense pas à ce qui m’attend après le hockey. Je ne suis plus un gamin de 19 ans qui essaie de se tailler un poste. J’ai 28 ans. J’essaie de fonder une famille... »

Les commotions sont à prendre au sérieux.

« Tout ça ne changera quand même pas ma façon de jouer, a-t-il juré. Même si je voulais le faire, j’en serais incapable. Je suis programmé ainsi. »

Il était en train de compléter sa huitième présence sur la patinoire de la soirée, jeudi, quand il s’est bagarré avec Chris Thorburn.

Il y a bien un truc que Mark Borowiecki n’a pas fait durant son séjour en Floride. Il n’a pas vu, ni contacté, son coéquipier Clarke MacArthur.

Celui qu’on surnommait « Grizz » a pourtant choisi de s’établir en Floride, l’automne dernier, lorsque les médecins ont déterminé qu’il ne serait pas en mesure de jouer cette saison.

Même si on ne l’avouera sans doute jamais, MacArthur a probablement joué au péril de sa santé, le printemps dernier, dans les séries de la coupe Stanley.

Il doit en avoir, des choses à raconter, sur les blessures et sur la vie après le hockey.

« J’avais tout le soutien dont j’avais besoin à la maison. Ma femme, mes parents et l’équipe de spécialiste des Sénateurs a bien pris soin de moi. »

Sylvain St-Laurent

Brodeur, père de gardiens

CHRONIQUE / L’opportunité de discuter avec le meilleur gardien de but de l’histoire de la Ligue nationale de hockey ne se présente pas tous les jours.

Martin Brodeur l’avoue d’emblée. « Je ne vais plus trop souvent sur la route », a-t-il expliqué quand je l’ai abordé dans les gradins du Centre Canadian Tire, mercredi après-midi.

L’homme qui a signé 691 victoires durant sa carrière d’athlète occupe aujourd’hui le poste d’adjoint au directeur général des Blues. Il passe le plus clair de son temps dans la région de Saint-Louis.

Il a choisi d’accompagner son équipe cette semaine pour des raisons essentiellement familiales. Son fils aîné, Anthony, étudie à l’Université d’Ottawa. Il défend l’honneur des Gee Gees, tant sur les terrains de golf que devant le filet au hockey.

« Il aime ça, Ottawa. Il aime tellement ça que j’ai de la difficulté à le faire convaincre de sortir de la ville pour venir me visiter. »

Brodeur est moins disponible, mais toujours aussi accommodant qu’avant. La séance d’entraînement des Blues débutait, sur la patinoire. Je lui ai volé une dizaine de minutes de son temps.

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Durant ses belles années où il arrêtait des rondelles devant le filet des Devils du New Jersey, Brodeur était complètement passionné par le travail des gardiens. Il pouvait discuter de son art pendant des heures.

Ça n’a pas changé.

De nos jours, il vit un peu à travers les succès de ses garçons.

Anthony connaît une saison à l’image des jeunes Gee Gees. Il a connu des hauts, et des bas.

Son frère cadet Jeremy a lui aussi vécu tout plein d’émotions dans les derniers mois. Pas toujours de bonnes émotions.

À 20 ans, il a choisi de tenter sa chance dans les rangs professionnels, après avoir disputé une dernière saison fort productive dans les rangs juniors, en Ontario.

Il s’est vite rendu compte qu’il n’est pas évident pour un jeune gardien de trouver sa place, malgré tout son talent, s’il n’a pas été repêché.

Il a d’abord participé au camp de perfectionnement estival des Kings de Los Angeles. On l’a ensuite invité à prendre part au tournoi des recrues de Traverse City, dans l’uniforme des Stars de Dallas.

Ces deux organisations n’avaient pas vraiment besoin de lui à long terme.

Il s’est présenté au camp d’entraînement des IceHogs de Rockford, club-école des Blackhawks de Chicago dans la Ligue américaine. Il a été retranché.

Il s’est ensuite rendu au Kansas, au Wichita, pour tenter sa chance dans la Ligue East Coast (ECHL). Même scénario.

Il a réussi à se dénicher du boulot, in extremis, dans l’obscure Southern Professional Hockey League (SPHL). Il n’a pas traîné là bien longtemps. Au moment où on se parle, il est de retour dans l’ECHL. Avec un club situé dans la ville d’Allen, au Texas, il présente un solide taux d’efficacité de 92,6 % après 22 parties.

« Ce n’est pas évident, à 20 ans, de te promener en voiture à travers les États-Unis pour constamment te faire dire qu’on n’a pas besoin de toi », raconte le paternel.

« À son âge, je ne suis pas certain que j’aurais été capable d’endurer ça. »

Mais le jeune Brodeur a du père dans le nez, surtout au niveau de la personnalité. Martin était d’une grande insouciance quand il jouait. Il avait cette capacité de prendre la vie comme elle venait. Ça lui a beaucoup servi.

« Toutes ces histoires n’avaient pas trop l’air de déranger Jeremy. Son attitude me donne le goût de croire qu’il va peut-être, un jour, réussir dans le sport. »

« Et c’est vrai qu’il me ressemble. Anthony est sérieux. Jeremy est plus laid back. Il est peut-être un peu trop laid back, même. Je regarde la plupart de ses matches sur Internet et il m’arrive de le rappeler à l’ordre. Je lui répète de se concentrer sur la rondelle. Il n’a pas besoin de parler à tout le monde ! »

Je me suis permis de relancer Brodeur. Une chance de réussir ? Vous y croyez vraiment ?

« Le chemin sera long. Très long, a-t-il répondu. Je pense quand même qu’il a l’attitude, le caractère et les habiletés pour réussir. Quand t’es gardien, tu joues à la fois pour ton équipe et pour toi. Tu ne sais jamais qui te regarde. »

« Scott Darling a déjà joué dans la SPHL. Aujourd’hui, il gagne entre quatre et cinq millions par saison », sourit-il.

Sylvain St-Laurent

Ça va faire mal, mais...

CHRONIQUE / La suite des événements est pratiquement écrite dans le ciel. Aussi bien se le dire tout de suite, ça va faire mal.

Les Sénateurs se réuniront en soirée, mercredi, pour reprendre l’entraînement. Il reste une quarantaine de matches à jouer, mais on sait déjà que la saison est à l’eau.

Il reste aussi six semaines, presque jour pour jour, à écouler avant la date limite des transactions.

Ça va faire mal, je vous le dis.

Bob McKenzie, expert parmi les experts, n’est « pas convaincu à 100 % » que Mike Hoffman sera échangé. Il a dit, en revanche, que les chances de voir l’ailier gauche quitter Ottawa « sont supérieures à 50 % ».

Ça veut dire ce que ça veut dire.

Pierre Dorion écoute les offres. Selon toute vraisemblance, certaines, très intéressantes, lui ont déjà été acheminées.

On commence à connaître son style. Il n’est pas du genre à rester les bras croisés quand son équipe a besoin d’aide. Si on lui demandait directement, il se qualifierait sans doute lui-même de directeur général « actif » ou « agressif ».

Je suis persuadé que Hoffman va y passer.

J’écris que « ça va faire mal » parce que j’ai la nette impression que les partisans ne sont pas prêts pour cela.

Les partisans aiment leur équipe. Souvent, ils aiment encore plus fort les joueurs les plus talentueux qui évoluent au sein de leur équipe.

Hoffman a réussi à gagner le coeur des partisans des Sénateurs avec ses habiletés naturelles. Il demeure un des seuls joueurs capables de chauffer Erik Karlsson dans une épreuve de vitesse. Son lancer des poignets demeure sa principale arme, même s’il n’a jamais atteint son objectif personnel en marquant 35 buts dans une saison.

L’immense talent de Hoffman ne lui a pas toujours permis de briller quand ça comptait le plus. Il est loin d’être un joueur parfait.

À travers les rumeurs qui ont commencé à faire surface, j’ai interrogé trois ou quatre bonnes têtes de hockey, dans les dernières heures. Il semble y avoir consensus. Si Dorion acceptait de sacrifier Hoffman prochainement, il devrait être capable d’aller chercher un espoir. Mais un vrai bel espoir. Le type d’espoir qui sera susceptible de faire oublier le numéro 68 d’ici deux ou trois ans.

On semble croire que l’équipe qui sera vraiment motivée à faire l’acquisition d’un jeune vétéran sous contrat jusqu’en 2020 offrira également un haut choix de repêchage.

Les plus prudents parlent d’un choix de deuxième ou de troisième tour. Les plus optimistes croient au choix de première ronde.

Nous sommes à la mi-janvier. Les enchères pourraient grimper d’ici la fin février.

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Jason Spezza a regardé le match de mardi soir dans la galerie de la presse. C’était la première fois depuis les séries éliminatoires de 2004 qu’il était laissé de côté.

À l’époque, il n’avait pas réussi à gagner la confiance d’un entraîneur fou du jeu défensif. On dirait que c’est un peu la même chose, cette fois. Sauf que c’est nettement plus sérieux.

En 2004, il était en début de carrière. On savait qu’il finirait par trouver sa place dans la LNH.

Il est aujourd’hui âgé de 34 ans. Dans une ligue qui rajeunit constamment, il vieillit. 

En plus d’être de plus en plus jeune, cette ligue est de plus en plus rapide. Or, la vitesse n’a jamais été un de ses principaux atouts.

Petit coup d’oeil à l’alignement des Sénateurs en 2006-07. Si jamais Spezza accroche ses patins, il ne restera plus que deux survivants de l’équipe qui a permis à Ottawa d’atteindre la finale de la coupe Stanley.

Ironiquement, Patrick Eaves et Antoine Vermette appartiennent présentement aux Ducks d’Anaheim – l’équipe qui a triomphé lors de cette finale.

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Le meilleur marqueur de la LNH, depuis le 5 novembre? Nul autre que Nathan MacKinnon.

On a déjà eu vent d’une guerre de coqs dans le vestiaire de l’Avalanche du Colorado. MacKinnon et Matt Duchene ont eu, semble-t-il, certaines difficultés à coexister à une certaine époque.

MacKinnon n’a certainement pas de mal à s’épanouir depuis le départ de Duchene.

Il faudra se souvenir de ceci, quand viendra le temps de choisir l’équipe qui sortira gagnante de la méga-transaction de l’automne 2017...