Thomas Chabot a mal paru, samedi à Montréal, mais il n'est pas responsable de la défaite des Sénateurs. « Tout le monde a eu une mauvaise soirée, a rappelé Dion Phaneuf. Blâmez-moi plutôt que le kid. »

Vive la vie à la maison

CHRONIQUE / Jeudi dernier, premier jour du camp d'entraînement des Sénateurs. Je me suis présenté à Kanata, j'avais très envie de parler à Thomas Chabot.
Je m'étais dit qu'il devait forcément avoir de bonnes histoires à raconter.
Avoir 20 ans et être considéré par plusieurs comme le meilleur défenseur à l'extérieur de la LNH... Ça doit forcément ouvrir tout plein de portes.
« Alors, Thomas... Qu'as-tu fait de cool cet été ?
- Cet été ? J'ai surtout passé beaucoup de temps à la maison », a-t-il répondu. Sans une seule once de déception dans la voix.
« J'ai passé mes derniers étés à voyager. Entre les camps de perfectionnement, le combiné de la LNH, je n'avais pas eu beaucoup de temps à passer avec ma famille et mes amis. Ce sont pourtant les gens qui comptent le plus pour moi. »
Voilà. Partout, sur la fête, des jeunes qui sont âgés dans la jeune vingtaine cherchent s'amuser. Ils veulent sortir, voyager, découvrir le monde. Ils veulent vivre de nouvelles expériences.
Pour Chabot, le bonheur n'est pas ailleurs. Le bonheur est à Sainte-Marie-de-Beauce, une petite municipalité qui compte moins de 15 000 habitants. Une petite municipalité « où tout le monde, ou presque, se connaît ».
Pire, encore. Le vrai bonheur, selon Chabot, se trouve dans la maison où il a grandi.
« Nous avons une belle piscine dans la cour. C'est souvent là que je me retrouve avec mes parents et mon frère. Veux, veux pas, il n'y a pas d'endroits où t'es mieux que chez toi. »
« Des fois, tu rentres chez toi, t'as à peine le temps de défaire ta valise. Il faut que tu repartes une semaine plus tard. Dans le passé, ça m'est arrivé de m'ennuyer. »
Chabot pouvait quand même obtenir le meilleur des deux mondes durant son été. Sainte-Marie n'est pas située très loin de Québec. Le joueur de baseball gatinois Philippe Craig-Saint-Louis l'a dit quand il s'est taillé un poste chez les Capitales de la Ligue Can-Am. La Vieille Capitale, c'est un endroit où passer la saison estivale.
Chabot n'a quand même pas passé l'été au grand complet en Beauce. Il a traversé le pont Pierre-Laporte à plusieurs reprises.
« Tout mon entraînement se fait au PEPS de l'université Laval, explique-t-il Je pars le matin, je rentre en fin d'après-midi. »
« Après le bon temps passé avec ma famille, mon programme d'entraînement - sur glace et hors glace - était ma priorité cet été. »
Quoi qu'en dise la météo, l'été tire à sa fin. Thomas Chabot est prêt à passer les sept, huit ou même neuf prochains mois loin de la maison.
La déclaration lancée par Erik Karlsson, vendredi dernier, me revient constamment à l'esprit.
Le meilleur défenseur sur la planète n'était pas aussi bon que Chabot quand il avait 20 ans. Du moins, c'est ce que le meilleur défenseur sur la planète dit.
Karlsson avait sans doute de bonnes intentions. Le jeune capitaine voulait sans doute encourager et motiver davantage son coéquipier recrue.
Il faudrait quand même faire attention. Les attentes des partisans sont déjà suffisamment élevées. Chabot est possiblement le plus bel espoir de l'organisation depuis...
Depuis Karlsson, en fait.
Sauf que Karlsson est un joueur spécial. Il n'y a qu'un seul Karlsson. Les Sénateurs réussiront peut-être, un jour, à mettre la main sur un défenseur offensif plus dynamique, plus spectaculaire.
Ce joueur ne sera pas Chabot.
Chabot pourrait connaître une très belle et longue carrière, devenir un défenseur fort utile et apprécié sans pour autant s'approcher des exploits de Karlsson.
En 2010, quand il avait 20 ans, Karlsson était prêt à jouer dans la LNH. Au terme d'une saison complète dans la grande ligue, il a récolté 45 points.
Chabot ? Ça reste à voir. Pour l'instant, il doit commencer par gagner son poste.
Tout ça, en essayant de ne pas trop penser à tout ce qu'on dit et ce qu'on écrit sur lui.
« Je réussis à ne pas trop y penser... pendant de courtes périodes. À la fin de la journée, je finis toujours par me demander quelle sera la décision finale me concernant, le 6 ou le 7 octobre », reconnaît-il.
« Quand j'embarque sur la patinoire, avec les gars, je réussis généralement à profiter du moment. »
Sur la glace aussi, il se sent à la maison.