Vincent Dunn joue toujours au hockey. Il s’est joint à la Ligue nord-américaine, cet automne. De plus, avec son ami Storm Phaneuf, il dirige des séances d’entraînement avec des équipes et des joueurs de l’Outaouais.

Vincent Dunn, l’entraîneur

CHRONIQUE / Je dois l’avouer. Je n’ai pas reconnu Vincent Dunn immédiatement.

J’étais à l’aréna Beaudry, un soir, en semaine. Je me tournais un peu les pouces en attendant le début de la séance d’entraînement de ma hockeyeuse préférée sur la planète. Une autre équipe féminine atome était sur la glace. Je trouvais que leur entraîneur était drôlement bien équipé.

Le jeune homme portait un survêtement sportif aux couleurs des Sénateurs d’Ottawa. Il avait surtout une tuque frappée du logo des défunts Senators de Binghamton.

Comme je vous dis, il m’a fallu une vingtaine de secondes pour comprendre.

Le type portait un survêtement des Sénateurs parce qu’il a participé à leur camp d’entraînement à quatre ou cinq reprises. Il possède une tuque de Binghamton parce qu’il a joué une trentaine de matches dans la Ligue américaine.

Dunn dirigeait une quinzaine de fillettes âgées de neuf à 11 ans. Franchement, ça se passait plutôt bien.

J’étais content de tomber par hasard sur lui. J’avais cru comprendre qu’il avait mis un terme à sa carrière de joueur l’an dernier. Depuis, j’étais curieux de savoir ce qui lui arrivait.

Lorsque Dunn est venu me rejoindre dans les gradins, à Beaudry, il s’est empressé d’apporter une précision. Il n’a pas officiellement accroché ses patins.

Il a décidé de se joindre à la Ligue nord-américaine, cet automne. Chaque week-end, il se lance sur l’autoroute en direction de Thetford Mines, pour rejoindre l’équipe qui occupe le haut du classement.

Bon. Le Centre Mario-Gosselin, ce n’est pas exactement le Centre Bell.

« Mais je m’amuse. J’ai retrouvé le plaisir que je n’avais plus avec les pros », me dit-il.

On y reviendra, plus tard.

Dunn vit à Val-des-Monts. Pour payer ses factures, il s’est trouvé un « vrai » boulot dans le domaine de la rénovation domiciliaire.

Le coaching, c’est un projet. Quelque chose de très embryonnaire.

« Je me suis lancé en affaires », dit-il avec une petite pointe de fierté dans la voix.

L’entreprise se nomme Private Hockey Phaneuf & Dunn. Avec son ami Storm Phaneuf, ancien gardien des ligues mineures, il offre ses services aux équipes et aux joueurs de l’Outaouais. Les deux se déplacent pour diriger des séances d’entraînement axées sur le développement des habiletés individuelles.

« Quand j’étais petit, mon père devait souvent m’emmener à Ottawa pour que je puisse avoir accès à des séances d’entraînement privées », fait-il valoir.

Avec Storm et quelques amis, il travaille aussi à mettre sur pied une école de hockey estivale.

Et ça marche ?

« Je m’attendais honnêtement à travailler avec des jeunes inattentifs qui veulent juste niaiser avec les pucks. Ce n’est pas ça. Quand on se déplace, les enfants nous écoutent. Ils veulent apprendre. »

Au fond, c’est une belle façon de garder un lien avec le hockey.

Parce que Dunn l’a dit. À pareille date, l’an dernier, sa carrière chez les pros tirait à sa fin. Il était en Europe. Comme il dit, lui-même : il n’y avait plus de plaisir.

Joueur autonome pour la toute première fois de sa carrière, à l’été 2018, il a été obligé de se contenter d’un contrat – non garanti – dans la Ligue East Coast (ECHL). Son association avec son nouveau club, les Solar Bears d’Orlando, a duré très exactement 12 parties. Quand il a été libéré, il a eu le goût d’aller voir le monde. Un club de deuxième division en République tchèque a bien voulu lui donner une chance. Encore une fois, il était assez loin du sommet de la pyramide.

Il est arrivé à la fin décembre. Son aventure a mal tourné, rapidement.

« Je me suis cassé la main dans mon premier match », raconte-t-il.

« Je me suis retrouvé à passer le temps des Fêtes tout seul, là-bas, sans comprendre la langue tchèque. J’utilisais Google Translate pour essayer de communiquer avec les médecins. »

« Ça m’a fait penser. Est-ce que c’est vraiment ça, que je veux ? Je suis magané. Mes mains sont maganées. J’ai mal à la tête, des fois... »

Durant la convalescence, qui s’est étirée pendant quatre longs mois, la réponse s’est imposée.

Dunn jure qu’il ne regrette rien.

« J’ai eu une vraie, belle ride. C’est juste un peu plate qu’elle ait pris fin de cette façon. »