Après avoir perdu leur président vendredi, les Sénateurs d’Ottawa ont perdu contre les Maple Leafs samedi.

Véritable leader recherché

CHRONIQUE / Tom Anselmi ? Je ne sais honnêtement pas quoi vous dire. Il m’est impossible de dresser un bilan honnête du travail accompli par cet homme à titre de président des Sénateurs. La raison est fort simple : je ne l’ai pas connu.

J’ai assisté à la conférence de presse de la fin du mois de janvier 2017 durant laquelle on l’a présenté comme l’homme fort qui serait capable de porter, sur ses épaules, le projet LeBreton.

Quelques jours plus tard, je suis allé le rencontrer au Centre Canadian Tire. Il m’avait accordé une entrevue d’une vingtaine de minutes entre deux rendez-vous. Il m’avait avoué qu’il ne connaissait pas grand-chose du marché d’Ottawa-Gatineau, mais il s’était dit motivé par le défi de donner aux Sénateurs une identité forte. Une identité qui leur permettrait de prendre véritablement leur place, entre Montréal et Toronto.

Après ?

Après, plus rien. Pendant des mois, nous ne l’avons pas vu et nous ne l’avons pas entendu.

En septembre, il a brièvement refait surface. Il a convoqué les médias au CCT pour parler de la nouvelle saison. Lors de cette brève rencontre, il nous a montré pour la première fois ces horribles toiles noires qui recouvrent 1500 sièges au niveau 300.

« Ce building est beaucoup trop gros pour la taille du marché », a-t-il déclaré.

Curieux. Au début des années 2000, les Sénateurs n’avaient pas de misère à le remplir, leur building-trop-gros-pour-leur-petite-capitale.

Tom Anselmi n’a jamais réussi à me convaincre que c’était une bonne idée. Il n’a pas fait de gros efforts, non plus. J’ai beau me creuser les méninges depuis vendredi soir, je ne me souviens pas de lui avoir véritablement parlé, par la suite.

Quand son patron Eugene Melnyk s’est mis les deux pieds, les deux mollets et les deux genoux dans la bouche, en décembre, il n’a rien fait pour lui porter secours.

L’homme fort du projet LeBreton était devenu un géant invisible.

Tout plein de ragots ont circulé, ce week-end, sur la « crise » qui sévirait dans les bureaux de la direction, au CCT. Les Sénateurs n’ont rien fait pour calmer le jeu, en camouflant la nouvelle du départ d’Anselmi au bas du communiqué de presse annonçant la prolongation du contrat du directeur général Pierre Dorion.

Je ne me lancerai pas là-dedans, sinon pour souligner que les têtes dirigeantes de l’organisation feraient bien de ne pas laisser ce poste vacant trop longtemps. Elles ont surtout intérêt à ne pas se tromper quand viendra le temps de choisir un nouveau président.

L’homme (ou la femme) qui sera choisi(e) aura un gros mandat entre les mains. LeBreton apparaît presque secondaire, à l’heure actuelle, tellement un coup de barre s’impose.

Les Sénateurs ont disputé deux de leurs trois dernières parties à domicile devant moins de 14 000 spectateurs. Le lien de confiance entre les partisans et leur club en a sincèrement pris pour son rhume, ces derniers temps. Il faudra quelqu’un de solide, de présent, d’actif pour reconstruire les ponts.

Pierre Dorion ? Dorion, je n’ai rien contre. Au contraire. Sa prolongation de contrat doit être perçue comme une très bonne nouvelle.

Les partisans sont en rogne parce que leur équipe a passé l’hiver dans le bas du classement. Les partisans ont la mémoire courte. Il y a environ sept mois, le « petit gars d’Orléans » était à Las Vegas. Au gala d’excellence de fin de saison dans la LNH, il a été reconnu comme un des trois meilleurs directeurs généraux de la dernière année.

Je n’ai pas toujours été d’accord avec ses décisions.

Si je fais le bilan, j’estime que ses bons coups ont pesé plus lourd que ses erreurs.

Quand il a pris la relève de son mentor Bryan Murray, au printemps 2016, j’ai écrit que son principal défi serait de bien gérer ses émotions. Je reconnais aujourd’hui qu’il a dirigé son équipe avec beaucoup de sang-froid.

Je lui reconnais surtout des qualités d’infatigable travailleur. Ça se voit encore, ces jours-ci, alors qu’il a remis son chapeau de dépisteur pour faire le tour des arénas de hockey junior d’Europe et d’Amérique du Nord.

Dans un contexte pas toujours facile, Dorion demeure très fier d’exercer son métier dans la ville où il a grandi. Les Sénateurs sont chanceux de l’avoir.