Erik Karlsson

Une transaction pour les bonnes raisons

CHRONIQUE / Échanger Erik Karlsson, moi, je n’ai rien contre. Au contraire. Depuis l’automne, quand Pierre Dorion a soulevé cette possibilité pour la première fois, je trouve l’idée très intéressante.

À condition de l’échanger pour les bonnes raisons. Et, bien entendu, de compléter une transaction intelligente.

Une opportunité unique s’offre aux Sénateurs. Le hockey s’est renouvelé depuis le début de la décennie. Aujourd’hui, comme jamais, le succès à l’attaque passe par un jeu de transition efficace. Les défenseurs à caractère offensif sont plus impliqués que jamais.

Dans un monde où toutes les équipes cherchent à mettre la main sur le «prochain Karlsson», Dorion peut marchander la copie originale.

Les insiders de TSN, qui ont des tentacules plus nombreux et plus longs que moi, affirmaient mardi soir que les Sénateurs n’échangeront Karlsson dans la prochaine semaine que s’ils obtiennent une «king’s ransom». J’ai cherché, en vain, une expression française équivalente.

Nous avons pu lire, quelque part, que certains directeurs généraux se sont informés, dans les derniers jours, pour se retirer très rapidement des négociations. Ceux-là trouvent que le prix demandé est «ridiculement élevé».

Pour les partisans des Sénateurs, il s’agit d’une nouvelle encourageante.

De toute façon, lundi, Dorion ne voudra pas négocier avec des tonnes d’équipes. Dans un monde idéal, il en resterait deux, très motivées, disposées à faire monter les enchères jusqu’à la dernière seconde.

On compte 31 équipes dans la LNH. Il y a donc 31 directeurs généraux. Ça fait 31 hommes convaincus que leur équipe serait bien plus compétitive s’ils pouvaient seulement y greffer un joueur de talent ou deux.

Sans blague. De Tampa à Phoenix, en passant par le New Jersey, tous les directeurs généraux sont convaincus de ça.

Puisque ça ne changera probablement jamais, on pourra toujours trouver, quelque part, des hommes de hockey prêts à offrir la lune dans une transaction majeure.

C’est la deuxième portion de l’histoire qui me chatouille un peu.

Le bruit a commencé à courir tôt, mardi matin. L’équipe qui voudra faire l’acquisition de Karlsson pourrait être contrainte d’absorber, au même moment, le contrat de Bobby Ryan.

J’ai d’abord cru que c’était une de ces rumeurs loufoques qui éclatent souvent à cette période de l’année.

J’ai quand même posé quelques questions, ici et là, au cas où. Les réponses obtenues me laissent croire que, finalement, cette histoire n’est pas complètement farfelue.

Dans certains scénarios qui sont à l’étude, les Sénateurs pourraient échanger leurs deux joueurs les mieux rémunérés en même temps.

Cette perspective m’inquiète.

J’ai écrit, au tout début de cette chronique, qu’une transaction impliquant le meilleur au défenseur au monde doit être complétée pour les bonnes raisons.

Il ne faudrait pas qu’elle serve principalement à effacer une erreur du passé.

Ryan n’est pas un mauvais joueur. Il n’est pas un joueur de concession à 7,25 millions $US par saison. S’il pouvait jouer tout le temps comme il a joué dans les séries du printemps dernier, il en vaudrait à peu près cinq. Avec les blessures qui s’accumulent et les années qui passent, il n’atteindra peut-être plus jamais ce niveau.

Il reste un peu plus de 30 millions $US à verser à Ryan, d’ici la fin de la saison 2020-21. L’équipe qui accepterait de payer cette somme rendrait un immense service aux très économes Sénateurs. Ce service pourrait-il leur valoir un «rabais» sur Karlsson?

Ce serait bien malheureux.