On ne pourra jamais reprocher à Ryan d’agir en hypocrite.

Une question d’honnêteté

CHRONIQUE / On peut reprocher beaucoup de choses à Bobby Ryan. Le type a sans doute des tas de défauts. Certains, bien visibles, ont fait rager ses entraîneurs au fil des ans.

On ne pourra toutefois jamais reprocher à Ryan d’agir en hypocrite.

Dans la controverse, il fait face à la musique.

C’était vrai au tout début. On a fait sa connaissance lors de la fin de semaine du repêchage, en 2005, à Ottawa. Il avait alors surpris tout le monde en révélant que «Ryan» était un nom d’emprunt. Il avait changé d’identité, tout jeune, alors que son père tentait d’échapper à la justice.

Ryan a repris le taureau par les cornes, quelques années plus tard, quand les Ducks d’Anaheim l’ont échangé aux Sénateurs. Il était bien conscient, alors, que les médias canadiens voudraient tout savoir de son passé. Il a choisi d’accorder une entrevue, dans laquelle il a tout raconté. C’est devenu un documentaire complet du réseau Sportsnet.

Ryan s’est encore une fois rendu disponible, mardi matin, quand les Sénateurs ont repris l’entraînement au Centre Canadian Tire.

Il avait eu le temps de bien réfléchir à ce qu’il voulait dire aux médias. Deux journées s’étaient écoulées depuis son voyage forcé dans la galerie de la presse.

Il ne pouvait quand même pas s’attendre à la question qui lui a été posée par le collègue Marc Brassard.

« Roberto Luongo a déjà déclaré qu’il était victime d’un contrat pourri. Son salaire élevé faisait en sorte que les Canucks de Vancouver pouvaient difficilement l’échanger. As-tu l’impression de subir un peu la même histoire?

— Mon contrat? Je le trouve bien correct! Il me convient parfaitement, a-t-il répondu. Nous avons tous des agents. Les miens ont fait leur travail. Mon contrat fait en sorte qu’on s’attarde davantage à mes performances personnelles. Je comprends tout ça. Ai-je joué à la hauteur de mon salaire? Par moments, oui. Par moments, absolument pas. J’en suis conscient. Mais je ne vais certainement pas vous dire que mon contrat est pourri.»

Faut lui donner ça. Il a servi une réponse franche. Directe. En fixant son interlocuteur dans les yeux. Pas question pour lui de s’excuser pour un contrat qui lui a déjà rapporté 28 millions $US. Et qui devrait lui en rapporter 22 autres, d’ici juillet 2022.

Cette réponse ne vaudra rien, toutefois, s’il est incapable de modifier sa façon de jouer.

Ryan devrait être dans l’alignement, samedi, lorsque les Sénateurs disputeront leur prochain match, à Boston.

Les projecteurs seront encore davantage braqués vers lui, à ce moment-là.

D.J. Smith a lui-même fait preuve d’une grande franchise, dimanche, en expliquant sa décision de laisser le numéro 9 de côté.

«Chaque soir, je vais utiliser les 20 joueurs qui sont prêts à travailler le plus fort», avait-il affirmé.

Il a un peu tenté de faire marche arrière, mardi.

«Je n’ai pas laissé Bobby de côté parce qu’il ne travaille pas assez fort, stipule-t-il. Au fond, chaque joueur qui fait partie de notre équipe travaille extrêmement fort. Nous formons une équipe très travaillante. Je ne pourrais pas identifier un seul joueur qui n’a pas travaillé fort, la semaine dernière. Même Craig Anderson! Il a continué de travailler très fort durant la séquence de trois parties durant laquelle il n’a pas joué. Quand nous lui avons donné la chance de retrouver son filet, il a sorti une grosse performance.»

«Mais je dois être honnête. Je veux récompenser les joueurs qui travaillent le plus fort. C’est pourquoi j’ai utilisé les 20 plus gros travailleurs, dans notre dernière partie.»

Parmi les 20 plus gros travailleurs, dimanche, on retrouvait Scott Sabourin (photo).

Un caméraman des Sénateurs était dans le vestiaire, après la partie, pour capter le début du discours du coach. Il fallait voir la joie dans son visage, quand il s’est mis à parler de cette clause, dans la convention collective, qui stipule qu’un joueur ne peut passer plus de 23 jours consécutifs à l’hôtel.

«Sabby... Tu peux te trouver un endroit où vivre, en ville», a-t-il annoncé.

Smith a reconnu qu’il était heureux de faire cette annonce.

«Comment ne pas être heureux pour un gars qui n’avait même pas de contrat pour jouer dans la Ligue américaine, cet été?»

«Il continue de travailler fort pour s’améliorer. Et ses coéquipiers l’adorent.»

L’honnêteté dans l’effort, c’est sans doute plus important, encore.