Enfin, Vitalii Abramov prend une bonne décision.

Une première bonne décision

CHRONIQUE / J'étais en train de vous écrire toute ma déception. Je vous expliquais que, selon moi, Vitalii Abramov était en train de se tromper. J'avais peur qu'en prenant de mauvaises décisions, le jeune homme finisse par nuire à ses chances de connaître une belle et longue carrière.
Tout a changé en fin de journée. « T'as consulté les réseaux sociaux dans les dernières minutes ? C'est réglé. Il rentre à Gatineau », m'a balancé le très branché collègue Jean-François Plante.
Enfin, Abramov prend une bonne décision.
Il n'est pas trop tôt.
Les gens qui lui ont parlé disent qu'il vit une grande déception. C'est normal, jusqu'à un certain point. Il n'a certainement pas été retranché souvent, dans sa vie de hockeyeur.
Je décroche toutefois quand on me dit qu'il vit sous l'impression qu'il n'a plus rien à prouver dans la LHJMQ. 
Si c'est vrai, il est dans le champ.
Remporter un championnat des marqueurs, c'est bien. Le faire à 18 ans, c'est encore mieux.
Après ? Après, absolument rien.
Personne n'organise un défilé dans les rues d'une ville pour le type qui remporte le titre du joueur le plus utile à son équipe. Le lauréat doit se contenter d'un minuscule trophée au Gala des rondelles d'Or. S'il est chanceux, il reçoit, en prime, une petite tape dans le dos.
En 2037, Abramov ne sera probablement pas invité à revenir en Outaouais pour une soirée spéciale commémorant le 20e anniversaire de sa grosse saison.
Cet honneur sera réservé aux « petits vieux » de 1997.
On se souviendra encore, 40 ans plus tard, de ceux qui ont remporté la Coupe Memorial.
Je ne serai pas le premier à le dire. Les meilleurs joueurs de hockey laissent leur marque au printemps. L'an dernier, le joueur par excellence (en saison régulière) dans la LHJMQ a marqué un seul but en sept parties, dans la série contre les Screaming Eagles du Cap-Breton.
Il n'était pourtant pas l'unique joueur à surveiller du côté de Gatineau. Zack MacEwen et Yakov Trenin, deux joueurs plus expérimentés, étaient là pour l'épauler.
Son retour dans la LHJMQ lui offrira une opportunité d'accomplir de quelque chose de vraiment impressionnant avant la fin de son adolescence.
Le Directeur des opérations hockey des Olympiques, Alain Sear, fait bien d'évoquer le souvenir de Claude Giroux. En 2008, son équipe ne devait pas remporter la Coupe du président. Elle ne misait pas sur l'équipe la plus complète, ni la plus talentueuse. Cette année-là, le « Magicien franco-ontarien » a décidé de prendre les choses en main. Il tiré un club au grand complet sur ses frêles épaules.
C'est l'opportunité qui s'offre maintenant à l'autre magicien, celui qu'on surnomme « Abracadamov », exactement 10 ans plus tard.
À Gatineau... ou ailleurs.
On murmure, parfois, que le jeune est mal conseillé. Ça se pourrait. Il appartient à l'écurie de Mark Gandler. Les vieux de la vieille se souviennent sans doute d'un autre client de Gandler, dans la région, qui a multiplié les mauvaises décisions de carrière au tournant des années 1990.
La pression pourrait provenir d'ailleurs, aussi. Abramov n'a pratiquement rien dit depuis le début de cette histoire. On ne peut pas trop présumer, ce serait hasardeux.
On sait cependant une chose. Un joueur qui croyait vraiment en ses chances d'entreprendre la saison dans la meilleure ligue au monde, parmi des hommes, devrait être capable de prendre les décisions importantes qui concernent sa carrière.
Ultimement, comme tous les adultes, Abramov devra prendre des décisions importantes pour son cheminement. Il devra ensuite vivre avec les conséquences de ses choix.
Abramov aurait reçu une offre d'un club professionnel finlandais. Curieux. C'est justement ce que j'aurais souhaité à Andrew Hammond.
Dans le meilleur des contextes, un club professionnel scandinave aurait eu besoin d'un gardien d'expérience en ce début de saison automnale. Ses dirigeants auraient pu négocier les conditions d'un prêt avec Pierre Dorion.
Là-bas, le Hamburglar aurait pu obtenir une vraie chance de relancer sa carrière.
Au lieu de cela, il devra maintenant se battre avec un autre vétéran, Tim Taylor, pour obtenir du temps de jeu à Belleville.
Ce n'est pas une situation idéale.