Benoît Groulx, son fils Benoît-Olivier et son beau-père Jean Sabourin sur la patinoire derrière la résidence de l’entraîneur en 2005.

Un père, parfois, c’est un coach

CHRONIQUE / Benoît Groulx a toujours voulu faire la part des choses. Il gagne sa vie dans le hockey, comme coach. Son fils unique, Benoît-Olivier, joue au hockey. Il est plutôt doué. Mais il n’est pas et n’a jamais été l’entraîneur de son fils.

Il n’a jamais voulu jouer dans les plate-bandes des autres. Il a voulu que le gamin fasse son chemin tout seul, sans être influencé.

Il a réussi.

Jusqu’à un certain point.

En fouillant dans nos archives, j’ai trouvé un vieux papier qui date de l’hiver 2005. Benoît, alors entraîneur-chef des Olympiques de Gatineau, nous parlait de la patinoire extérieure qu’il avait aménagée, avec l’aide de son beau-père, sur son terrain.

Il nous parlait, surtout, du petit gars de cinq ans qui y donnait ses premiers coups de patin.

«Il ne gagne pas tout le temps et quand il perd, il vient marabout parfois. Jean et moi l’avons même boycotté pendant un bout de temps pour qu’il comprenne que des crises, ça ne donne rien. C’est beau d’avoir du caractère, mais il y a des limites», confiait-il au collègue Marc Brassard.

Pour être un bon parent, il faut être capable de porter plusieurs chapeaux.

Parfois, par la force des choses, un bon papa, c’est un coach.

Les Groulx vont célébrer la Fête des pères ensemble, aux États-Unis.

Benoît-Olivier a rejoint Benoît à Syracuse, assez rapidement, lorsque sa saison a pris fin dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec. Le duo a eu l’occasion de passer un peu de temps au soleil, à Tampa, durant les séries éliminatoires de la coupe Stanley.

On ne sait pas trop ce que Benoît-Olivier prépare de spécial.

Il n’a pas besoin de trop en faire, cette année. Sans dépenser un sou, il offrira le plus beau des cadeaux à toute sa famille, dans la prochaine semaine. Dans notre journal, en 2005, Benoît faisait bien attention de ne pas mettre de pression sur les épaules d’un petit garçon qui démontrait déjà de belles aptitudes.

«Le but n’est pas de faire un joueur de hockey avec lui. Le but, c’est qu’il s’amuse et en même temps qu’il apprenne des valeurs comme l’esprit sportif. Plus tard, s’il ne perd pas l’intérêt, c’est un endroit où il va pouvoir avoir du fun avec ses chums.»

On devine que Benoît-Olivier s’est beaucoup amusé avec ses «chums» des Mooseheads de Halifax, l’hiver dernier.

La fin de semaine prochaine, même si ce n’était pas l’intention au départ, il deviendra officiellement un joueur de hockey. Vendredi soir, il pourrait fort bien être réclamé vers la fin de la première ronde, lors du repêchage de la Ligue nationale de hockey. Si ça ne se passe pas ainsi, il n’aura pas besoin d’attendre son tour trop longtemps, lorsque la séance de sélection reprendra, samedi matin.

Benoît Groulx n’aime pas trop discuter de tout ça. Je l’ai donc pris par les sentiments. Je lui ai simplement envoyé la photo de 2005 par texto, cette semaine. Il m’a rappelé dans l’heure.

«On s’en va passer une belle fin de semaine à Dallas», m’a-t-il dit, sans essayer de dissimuler sa fierté.

«Rien ne change, a-t-il continué. La clé, plus tu montes dans le hockey pro, demeure le plaisir. Jouer au hockey, c’est son rêve, pas le mien. Moi, j’adore coacher. J’ai travaillé fort pour me rendre là où je suis et il me reste encore du travail à faire. Si mon gars peut penser comme ça, s’il peut continuer de grandir comme athlète, je pense bien qu’il va atteindre son but, un jour ou l’autre.»

Benoît Groulx ne bluffe pas quand il dit qu’il garde ses distances. J’en ai parlé à Martin Lafleur ainsi qu’à André Tourigny. Le premier a dirigé Benoît-Olivier chez l’Intrépide de Gatineau. L’autre l’a vu faire ses premiers pas à Halifax.

«Je vais te conter une anecdote, dit Tourigny. À son premier match en carrière dans la LHJMQ, à Moncton, Benoît-Olivier a commis plusieurs revirements. J’ai fini par le clouer au banc. Il a peut-être touché la glace trois fois en troisième période. Benoît était dans les gradins, ce jour-là. Quand je l’ai croisé, le lendemain, il m’a parlé de plein de choses, mais il n’a jamais mentionné son fils.»

«Quand tu parles à Benoît-Olivier, tu n’as pas l’impression d’entendre Ben.»

Le père ne se mêlera pas trop des affaires du fils, non plus, à Dallas.

«Le jour du repêchage de la LHJMQ, dans les estrades, il tapait beaucoup du pied. À un certain moment, je lui ai mis une main sur le genou pour l’aider à se calmer. Il m’a regardé dans les yeux et il m’a dit ‘lache moé’! Cette fois-ci, je pense que je vais le laisse tranquille...»