Ces partisans comparent Eugene Melnyk à Ebenezer Scrooge, le personnage de Charles Dickens qui prête son nom à tous les grippe-sous du monde.

Un homme de plus en plus seul

CHRONIQUE / Je me suis demandé où se trouvait Eugene Melnyk, samedi soir, quand les partisans des Sénateurs se sont mis à crier « Melnyk Out », en chœur, dans les gradins de la Place TD.

Le propriétaire des Sénateurs était peut-être sur place. Il suivait peut-être le match, bien au chaud, dans une loge. 

Il avait peut-être déjà quitté la ville, aussi.

On ne l’a pas vu dans l’entourage de son équipe. On ne l’a pas davantage montré à l’écran géant. Sauf erreur, il n’a pas été vu non plus à la télévision.

J’ai pensé à M. Melnyk, donc, et je me suis dit qu’il devait se sentir bien seul.

Je me suis dit que ce sentiment de solitude doit l’habiter de plus en plus souvent.

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M. Melnyk n’est pas à plaindre, remarquez. Il récolte simplement, aujourd’hui, ce qu’il sème depuis de nombreuses années.

Il était perçu comme un milliardaire indestructible, un homme aux réserves financières inépuisables, quand il est débarqué à Ottawa vers la fin de l’été 2003.

Quand cette image a commencé à s’effriter, M. Melnyk aurait pu aller chercher de l’aide. Il aurait pu se trouver des partenaires financiers qui auraient pu injecter de l’argent frais chez les Sénateurs et qui auraient pu l’aider dans la gestion des opérations quotidiennes d’un club de la Ligue nationale de hockey.

Il ne l’a pas fait. Il a voulu conserver le contrôle complet de son équipe. Ce faisant, il s’est isolé.

À suivre l’homme d’affaires à travers ses nombreuses interventions dans les médias, depuis 15 ans, j’ai fini par développer l’impression qu’il opère seul, aussi, quand vient le temps de mettre en place ses stratégies de communication. Ses nombreuses déclarations maladroites et ses sorties mal calculées ont plus d’une fois placé l’organisation dans l’embarras.

Sa désastreuse sortie de vendredi dernier, juste avant le match des anciens sur la colline du Parlement, fut tout simplement celle où il s’est surpassé. Il a choisi de livrer le mauvais message. Il a surtout choisi le pire moment pour le faire.

Les partisans des Sénateurs ont été nombreux à prendre cette menace de déménagement comme une attaque personnelle. Franchement, on ne peut pas leur en vouloir.

La cote de popularité de M. Melnyk n’était déjà pas particulièrement élevée. Il a réussi, en l’espace de quelques minutes, à bousiller à peu près tout ce qui lui restait de capital de sympathie.

Plus ça va, plus il est seul.

Je me suis mis à surveiller les réseaux sociaux très tôt, samedi. Je me suis dit que quelqu’un, quelque part, finirait bien par lui accorder son appui.

Les heures ont passé. Je n’ai trouvé personne.

Finalement, aux environs de 19 h, un homme de hockey s’est manifesté. Don Cherry, dans la séquence d’ouverture de Hockey Night in Canada, a décrété que les Sénateurs seraient mieux à Québec.

Pauvre M. Melnyk.

Quand la caricature sur deux pattes de CBC est la seule personne à trouver que vos propos ont du sens...

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Déménager une équipe de la LNH n’est pas chose simple. Si Eugene Melnyk décide de mettre un jour sa menace à exécution, il devra d’abord obtenir l’approbation du Bureau des gouverneurs. Il ne compte pas beaucoup d’alliés au sein de ce groupe de propriétaires, non plus.

Le commissaire Gary Bettman n’est pas un fan des transferts. Il s’y est résolu en 2011 dans le cas d’Atlanta, une ville où les Thrashers n’ont jamais réussi à s’enraciner.

Il existe un monde de différences avec Ottawa, un marché canadien qui figurait il n’y a pas si longtemps dans le top-5 au niveau des assistances et qui reçoit des dizaines de millions de dollars par année des télédiffuseurs canadiens.

Avant d’accepter un déménagement vers Québec, Houston ou Kansas City, M. Bettman tentera d’abord de trouver des gens d’affaires intéressés à prendre la relève de M. Melnyk à Ottawa.

Or, si on se fie aux rumeurs qui circulent depuis plusieurs semaines, des gens très crédibles ont déjà commencé à se manifester.

Les mêmes noms reviennent constamment dans les conversations.

On ne parle pas, ici, d’un investisseur solitaire. Ces gens, au contraire, travailleraient en groupe.