Le propriétaire des Sénateurs, Eugene Melnyk

Un homme de plus en plus seul (2)

CHRONIQUE / La date est encerclée, au feutre rouge, sur mon calendrier. Le 15 décembre. Ça va bientôt faire un an.

Le 15 décembre 2017, le party était pris un peu partout, en ville. Ottawa célébrait le centenaire de la LNH. Celui qui organisait la fête, l’hôte, s’est chargé de lui-même tout gâcher.

Je n’accéderai pas aux demandes des gens qui aimeraient que je disparaisse, a déclaré Eugene Melnyk quand on lui a planté des micros sous le nez. Je ne vendrai pas mon équipe. Éventuellement, si les choses s’empirent, je pourrais bien la déménager...

Devant le sentiment de panique qui s’emparait des partisans, j’avais offert quelques observations. Le propriétaire des Sénateurs avait un sérieux problème, avais-je alors écrit. Il compte de moins en moins d’alliés. Je le sentais de plus en plus isolé.

Dans la vie comme au hockey, les gens isolés ne vont jamais bien loin.

«Un homme de plus en plus seul» était le titre de ma chronique, dans le journal du lundi 17 décembre.

Un an plus tard, j’ai la nette impression que ma lecture est bonne.

Si ça se trouve, les choses n’ont fait que s’empirer, depuis, pour M. Melnyk.

Ça vaut la peine de regarder le court point de presse organisé en marge de la rencontre du conseil d’administration de la Commission de la capitale nationale. Après y avoir consacré une quinzaine de minutes, j’ai fini par tirer cette conclusion. L’homme qui a sauvé les Sénateurs en 2003 fait désormais cavalier seul.

Il est complètement isolé.

Le premier dirigeant de la CCN, Mark Kristmanson, fait preuve d’une certaine retenue. À quelques occasions, il répond aux journalistes qu’il ne peut pas trop en dire. Il doit respecter le processus et les acteurs qui sont impliqués, insiste-t-il.

Le maire d’Ottawa, Jim Watson, est un peu moins timide. Il utilise sans gêne les mots «déception» et «frustration» quand il parle des partenaires du projet RendezVous LeBreton.

Un collègue lui demande, directement, s’il y a de l’animosité entre M. Melnyk et John Ruddy.

Il s’accorde alors deux secondes pour bien choisir ses mots.

«Disons simplement qu’il s’agit d’une relation difficile», finit-il par lâcher.

«Nous ne pouvons pas continuer éternellement à jouer aux médiateurs entre des gens qui sont des partenaires», ajoute-t-il, en complément.

Et c’est bien la partie la plus déroutante de toute cette histoire.

M. Melnyk peut bien entretenir des liens difficiles avec les représentants des différents paliers de gouvernement. Il a le droit de se colletailler avec des compétiteurs dans le monde des affaires. Il peut blâmer les méchants journalistes qui déforment toujours la réalité, si ça lui fait du bien.

Tout cela lui appartient.

Dans le cas de M. Ruddy, c’est différent. Dans un projet d’une importance capitale pour la survie à long terme des Sénateurs à Ottawa, M. Ruddy est son principal allié.

Sans connaître tous les détails de l’histoire, on comprend que les deux hommes possèdent un objectif commun.

Si M. Melnyk ne parvient pas à s’entendre avec lui, où trouvera-t-il des alliés?

Une question me trotte dans la tête depuis le printemps. Dans sa série de rencontres avec les partisans, en avril, Eugene Melnyk a lâché une réflexion que je n’arrive pas à me sortir de la tête.

«C’est un gros risque à prendre. Nous avons réussi à nous stabiliser à Kanata. Pourquoi doit-on déménager? Pour nous rapprocher de gens qui ne seront pas capables d’acheter des billets?»

De qui parlait-il, au juste? Des gens du centre-ville? Des familles qui vivent dans l’est de la ville? Des Québécois?