Le Rouge et Noir a reçu la visite de Christian Ouimet, un patient du Centre hospitalier pour enfants de l'est de l'Ontario, mardi.

Un bel esprit de famille

CHRONIQUE / C'est évident que ce n'est pas facile, en ce moment, pour Jason Lauzon-Séguin.
Voilà un joueur qui a tout fait correctement, ou presque, jusqu'à maintenant. Il a relevé tous les défis qu'on lui a tendus avec brio. Il a évolué à presque toutes les positions de la ligne à l'attaque, même celles avec lesquelles il n'était pas familier. Il a si bien fait son travail qu'il s'est retrouvé parmi les deux finalistes au titre de recrue de l'année dans la LCF, vers la fin de la saison dernière.
Voilà qu'un faux pas - un mauvais match joué au terme d'une séquence inhumaine imposée au Rouge et Noir - pourrait lui coûter sa place dans la formation partante.
Le colosse franco-ontarien ne peut quand même pas se sentir trop isolé. C'est la beauté du football. Dans un vestiaire de football, quand un joueur est entouré d'une cinquantaine de coéquipiers, un gars peut facilement trouver quelqu'un qui va le comprendre.
Lauzon-Séguin a la double chance d'appartenir à une « équipe à l'intérieur de l'équipe ». Il est un membre en règle de la « French Mafia ». Les joueurs francophones à Ottawa, on vous l'a déjà dit, fonctionnent un peu comme une famille.
Il se trouve que, à l'intérieur même de cette mafia, un joueur a vécu la même situation l'été dernier.
La même fichue situation.
Antoine Pruneau a entrepris l'été 2016 à la position de secondeur. À la mi-août, il a eu le malheur de jouer un match plus que difficile, à la Place TD, contre les Alouettes de Montréal. La semaine suivante, il a été retiré.
« Ce n'est jamais facile quand ça se produit. Mais tu dois l'accepter. Tu n'as pas le choix », me disait Pruneau, mardi.
« Souvent, quand une situation comme ça se produit, le joueur impliqué a tendance à grossir inutilement l'affaire. C'est ce qui m'est arrivé l'an dernier. Pendant deux semaines, je n'étais à peu près plus parlable. J'étais dans ma bulle. Je n'arrêtais pas de penser à mes affaires. »
« Mais au fond, avec le recul, je me dis que ce n'était peut-être pas la pire affaire. »
Pruneau et les autres membres de la mafia vont donc laisser de l'espace à leur jeune coéquipier, dans les prochains jours.
« Je vais m'exprimer de façon simple. Si une situation comme celle-là ne te fait pas chier, il y a un problème », dit-il.
« C'est un gros challenge pour Jason, mais personne ne passe à travers sa carrière sans être mis à l'épreuve. Je ne suis même pas inquiet pour sa carrière de football. Ce n'est même pas un step back, ce qu'il vit en ce moment. C'est vraiment juste un challenge. »
Pruneau, l'an dernier, a rebondi de belle façon à la position de maraudeur.
Dernièrement, les blessures lui ont permis de retrouver sa place au sein de la ligne secondaire. Un retour tout en douceur.
Le Rouge et Noir a reçu un visiteur spécial, mardi après-midi. Vers la fin de leur séance d'entraînement, un jeune patient du Centre hospitalier pour enfants de l'est de l'Ontario (CHEO). On ne connaît pas exactement la nature des ennuis du jeune Christian Ouimet, mais on devine qu'il est confronté à des défis plus grands que ceux d'une équipe de football qui a perdu quelques matches serrés.
« Christian est un vrai fan. Ce sont pour des gens comme lui qu'on fait ce métier », a souligné Rick Campbell.
On ne dit pas assez souvent à quel point les footballeurs canadiens sont des athlètes accessibles. Je n'ai pas eu besoin de chercher très loin pour m'apercevoir que le jeune Christian comptait déjà, avant d'effectuer sa visite, quelques amis dans le vestiaire.
« Je l'ai rencontré au CHEO, durant la saison morte, quand j'ai effectué une visite avec la coupe Grey », m'a lancé, tout naturellement, le joueur de ligne défensive Zack Evans.
« Ce jour-là, nous avons vraiment discuté longtemps. Nous avons passé du bon temps. Nous avons bu dans la coupe. Nous avons joué à des jeux... »
Mais encore ?
« Bien oui. C'est vraiment un grand fan. Quand je suis arrivé ici, j'ai vite compris comment doit se comporter un joueur du Rouge et Noir. Ici, on traite les gens comme on souhaiterait être traités. C'est tout naturel. »