Dion Phaneuf pose avec le jeune Liam Baumann pendant la visite des Sénateurs d’Ottawa au CHEO.

Un anniversaire inoubliable

CHRONIQUE / Les Sénateurs ont effectué leur visite annuelle au Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario (CHEO), lundi après-midi. Pierre Groulx n’y était pas. Cette activité est réservée aux joueurs. Les entraîneurs n’y sont pas admis.

De toute façon, il a passé amplement de temps entre les murs de cet établissement au cours des derniers mois.

Son fils Leo, qui est âgé de huit ans, a subi une intervention chirurgicale aux yeux, la semaine dernière. Un truc assez simple, pour corriger un petit problème de strabisme.

Enfin, ce serait une chirurgie simple pour la majorité des enfants.

Avec Leo, certaines choses sont plus délicates. Le trouble du spectre de l’autisme, avec lequel il vit, lui complique parfois l’existence.

« Il mène une vie normale », assure celui qui s’occupe principalement des gardiens, sous Guy Boucher.

« Je dirais que, dans 85 % des cas, il n’y a pas de problèmes. Le 15 % qui reste, on travaille là-dessus tous les jours », précise-t-il.

« Avec un enfant autiste, il faut toujours tout planifier. On ne peut pas improviser une visite à l’hôpital. Leo doit tout comprendre. Il doit savoir, à l’avance, ce que les médecins vont lui faire. On doit lui expliquer tout ce qui va se produire avant et après l’opération. Tu vois, par exemple, les médecins nous ont remis des gouttes pour les yeux, histoire de permettre à Leo de se pratiquer à ce qu’il devrait faire après son retour à la maison. Nous avons passé trois semaines à travailler là-dessus avec lui. »

En fait, l’épouse de Groulx, Wendy, s’est chargée de travailler avec Leo.

Lui, il était retenu sur la route, à chercher des solutions aux problèmes de Craig Anderson et de Mike Condon.

Pierre Groulx a beaucoup d’admiration pour « sa » Wendy.

Leo et son frère jumeau, Eli, sont nés le 10 mars 2009. C’est elle, environ un an plus tard, qui a été la première à remarquer que quelque chose n’allait pas.

« Les médecins lui disaient, au départ, que chaque enfant se développe à son propre rythme. Mais tu sais, l’intuition maternelle... »

La maman ne se trompait pas. Leo avait environ 18 mois quand le diagnostic est officiellement tombé.

Il n’a pas été facile d’accepter ce handicap. « Parce que c’est bel et bien un handicap », assure-t-il.

« Nous sommes quand même très chanceux d’avoir pu compter sur Wendy. Obtenir un diagnostic aussi rapidement a grandement simplifié les choses. »

Leo, insiste-t-il, mène une vie normale.

Son frère, qui est son meilleur ami, est le sportif de la famille.

Lui, sa force, c’est la créativité. Il joue du piano, il s’intéresse aux arts dramatiques... Il a récemment inventé son propre jeu de société. Un Monopoly, édition très spéciale Super Mario Bros.

« Leo gagne presque toutes les parties. Des fois, son frère réussit à se sauver avec une victoire. Moi ? Je perds chaque fois. Je ne sais pas comment ça se fait, mais je perds chaque fois. »

L’opération s’est déroulée lundi dernier, le 11 décembre. Pas de complications. Tout est beau. Les Groulx ont officiellement rejoint toutes ces familles qui chantent les louanges du CHEO.

Quatre jours plus tard, Pierre a vécu une des plus belles journées de sa carrière. Eli l’a suivi durant toute la journée, vendredi. Il était à ses côtés lors de la séance d’entraînement des Sénateurs à la Place TD. Il a patiné avec lui, plus tard, sur la patinoire du Parlement.

« Leo, Wendy et mes parents sont venus nous rejoindre un peu plus tard. Nous n’étions pas convaincus que Leo serait capable. Les rayons du soleil qui reflétaient sur la patinoire, toute cette lumière vive... Tout cela était dur pour ses yeux, quatre jours après l’opération. Mais il tenait à être des nôtres. Il voulait être sur la photo de famille. »

Groulx raconte cette histoire en laissant l’élément le plus important de côté.

C’était son anniversaire de naissance. Il fêtait ses 42 ans.

« Je n’oublierai jamais cette journée, finit-il par avouer. Les petits problèmes reliés au travail sont plus faciles à gérer quand on a une bonne famille. Les enfants, c’est vraiment ce qu’il y a de plus important. »