L’arrivée d’un attaquant de premier plan comme Kyle Maksimovich est prometteuse pour les partisans des 67’s d’Ottawa.

Toutes les cartes dans son jeu

CHRONIQUE / Soyons francs. Dans trois courts mois, la saison sera terminée pour toutes les équipes de hockey de la vaste région d’Ottawa-Gatineau. Sauf une.

Cette équipe pourrait quand même nous permettre de vivre de fichues belles émotions, au printemps.

Les 67’s d’Ottawa ont rempli leur coffre de munitions. Ils ont acquis deux des 15 meilleurs marqueurs de la LHOntario, à l’approche de l’heure limite pour compléter des transactions.

J’essaie de penser à la dernière fois qu’un club du coin s’est montré aussi agressif dans la poursuite d’un championnat.

Il se passe quelque chose de gros dans le sous-sol de la Place TD. C’est dans l’air. Ça se sent.

Cet étrange sentiment, mélange de fébrilité et de nervosité, ne va que grandir au fil des semaines. Parce que le hockey est un sport bien particulier, dans lequel le talent des individus ne garantit pas nécessairement le succès collectif.

Au hockey, chaque membre d’une formation a un rôle bien précis à jouer. Pour que l’équipe fonctionne à plein régime, il faut d’abord que chaque membre comprenne son rôle. Il faut surtout que chaque membre accepte de jouer son rôle.

Un seul joueur mécontent de son sort ou de son utilisation peut avoir l’effet d’un bâton placé entre les rayons d’une roue de bicyclette.

André Tourigny compte deux solides décennies d’expérience dans le hockey d’élite. Il sait tout cela.

« J’aime beaucoup nos joueurs. Je les aime en tant qu’individus. J’aime la façon dont notre équipe se comporte au quotidien. Je pense que dans le junior, plus que dans les rangs professionnels, les gars d’une équipe doivent former une famille. Quand tu brasses les cartes un peu, ça change les perspectives. C’est pourquoi je dois m’assurer de protéger la chimie et l’esprit de camaraderie. C’est pourquoi nous ne voulons pas faire beaucoup de transactions », m’a-t-il dit lorsque je suis passé dans le Glebe, mercredi matin.

Il devait être 10 h 45, environ, quand l’entraîneur m’a servi cette déclaration.

À ce moment-là, les 67’s avaient acquis deux gros joueurs, le gardien Michael DiPietro et l’attaquant de premier plan Kyle Maksimovich.

Une heure plus tard, avec son directeur général James Boyd, il a complété un marché de dernière seconde. Il faut croire qu’il y avait un peu de place à l’attaque. Un ailier de 20 ans, Lucas Chiodo, s’amène.

« Il ne faut pas se cacher la tête dans le sable. Certains joueurs devront accepter de se sacrifier pour la cause de l’équipe. Certains auront moins de temps de glace. Quand tu veux gagner un championnat, ça fait partie de la game », m’a aussi dit Tourigny.

Bel énoncé de mission pour un coach, à cette période de l’année. Il devra prêcher sur une base quotidienne, à compter de maintenant.

On peut même penser qu’il a plus de pression que ses joueurs, dans un certain sens.

« Ça ne me dérange pas, répond-il avec une belle confiance. Dans mon domaine, quand t’as pas de pression, t’as pas grand-chose à gagner. »

Je ne voulais pas nécessairement parler de la fin de saison des 67’s quand je me suis rendu à la Place TD, mercredi.

Je voulais plutôt lui parler de sa candidature potentielle pour le poste d’entraîneur-chef d’Équipe Canada Junior.

Certaines personnes, bien branchées, ont l’air de croire qu’il pourrait être un candidat de choix pour 2020.

Je lui ai posé la question, directement et simplement.

« Les gens de Hockey Canada me connaissent. S’ils ont besoin de moi, ils savent où me trouver. Une opportunité comme celle-là, ce n’est pas quelque chose que tu peux provoquer. Si tu fais ce que tu dois faire, chaque jour, quelqu’un finira éventuellement par te tendre la main. »

« La deuxième partie de ta question, a-t-il deviné, c’est à savoir si ça m’intéresse. C’est clair qu’un jour, ça va me tenter. Ce serait une expérience extraordinaire. Je vais continuer de bien faire mon travail. Si je le fais assez bien, quelqu’un finira par me faire signe, un moment donné. »

À bien y penser, trouver un moyen de faire gagner un club paqueté dans la LHOntario et faire gagner l’équipe d’étoiles canadiennes contre les autres nations, ça se ressemble pas mal.