Derick Brassard célèbre avec Mark Stone son but marqué samedi contre les Leafs.

Tout est dans le bâton

CHRONIQUE / Au hockey, la différence entre un gros début de saison et un début de saison franchement ordinaire peut être parfois minime. Une question de centimètres.

Un ami m’avait confié que Derick Brassard n’avait rien laissé au hasard, l’été dernier, quand il faisait le bilan de sa première année passée chez les Sénateurs. On m’avait dit qu’il avait apporté plusieurs petits ajustements dans le but de mieux repartir sa machine.

J’ai pris le temps de vérifier auprès de lui, mercredi, tandis que les collègues étaient agglutinés autour de Bobby Ryan.

On ne m’avait pas menti.

« J’ai raccourci mes bâtons », m’a confirmé Brassard.

– De beaucoup ?

« À peu près ça », a-t-il répondu, en plaçant son pouce et son index droit devant son visage.

Entre les deux doigts, il y avait un espace tout petit. Assez grand pour y insérer une pièce de deux dollars, mettons, pas assez pour un biscuit Oreo.

« C’est énorme », assure-t-il.

Il faut le croire. Les athlètes professionnels sont des gens terriblement routiniers. Leurs cerveaux sont des ordinateurs précis, programmés au quart de tour.

La plus petite modification apportée à l’équipement peut facilement tout dérégler.

« Ça faisait cinq ans que je n’avais absolument pas touché à mes bâtons », indique-t-il.

Brassard a marqué six buts à ses neuf premiers matches de la saison. Il aurait facilement pu en marquer un septième, tard mardi soir, s’il avait su profiter de la chance de marquer qui lui a été offerte durant la période de prolongation du match contre les Kings.

La saison dernière, il a marqué son sixième but le 18 décembre. Il a inscrit son septième deux jours plus tard.

Force est de constater que le changement lui a fait le plus grand bien.

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Brassard s’est vite forgé une réputation chez les Sénateurs. Dans le vestiaire, il est officiellement devenu le « geek » du hockey. Il est l’encyclopédie sur deux pattes. C’est à lui qu’on s’adresse quand on veut en savoir plus long sur un adversaire, quand on veut avoir une meilleure idée de ce qui se passe dans les 30 autres villes de la ligue, quand on veut comprendre les nouvelles tendances...

Dans un monde peuplé de gens passionnés, il parvient à se démarquer. Il est celui qui bouffe du hockey aux trois repas.

Il a en quelque sorte comblé un poste qui était vacant depuis trois ans. Le dernier « geek » du hockey attitré aux Sénateurs était, ironiquement, un autre centre qui portait le numéro 19.

C’était Jason Spezza.

Cette longue parenthèse, au fond, c’est pour vous faire comprendre que Brassard n’a pas pris la « grande » décision de raccourcir ses bâtons à la légère. Il en a discuté avec les thérapeutes et les médecins des Sénateurs. Au départ, il cherchait à baisser son centre de gravité, dans le but de moins exposer son épaule droite fraîchement reconstruite.

Il s’est vite rendu compte que ses nouveaux bâtons lui permettent de mieux contrôler la rondelle dans les zones où la circulation est dense.

Il est sous l’impression que ses lancers du poignet sont plus vifs. Il dégaine avec plus de facilité.

Mais ça pourrait aussi être imputable à son programme de réhabilitation estival. « Après l’opération, je ne pouvais pas faire grand-chose. J’ai donc consacré beaucoup de temps à effectuer des exercices qui visaient à renforcer mes poignets et mes mains. Pour ça, je n’étais pas limité », fait-il valoir.

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Une hilarante vidéo a circulé abondamment sur Internet, mercredi.

Je vous résume. Les caméras de TSN ont suivi les joueurs des Kings jusqu’au cercle de mise en jeu, avant le début de la période de prolongation du match de mardi. En les observant, on comprend que Dustin Brown, Drew Doughty et Anze Kopitar discutent pour savoir qui surveillera Erik Karlsson lors du jeu à trois contre trois. Personne n’est vraiment enthousiaste face à ce défi.

C’est du bonbon.

C’est drôle, mais ça porte aussi un peu à réfléchir.

Les fans qui étaient au Centre Canadian Tire n’ont malheureusement rien vu de cette scène.

Quand ceux qui paient 30 $ pour un permis de stationnement et 12 $ pour une bière ont accès à un spectacle moins intéressant que ceux qui regardent le match à la télévision, faut-il s’étonner de voir autant de sièges vides dans les gradins ?