Le vestiaire des Sénateurs est un endroit fort différent lorsque le capitaine n’y est pas.

Toujours à sa place sur la glace

CHRONIQUE / Quand les journalistes ont finalement eu accès au vestiaire, après l’entraînement de mardi martin, Erik Karlsson était là. Il attendait la meute, tout seul, debout devant son casier.

J’arrête tout de suite, pour vous faire part d’une très récente observation. Le vestiaire des Sénateurs est un endroit fort différent lorsque le capitaine n’y est pas.

Sans Karlsson, on y retrouve une série de joueurs plus ou moins anonymes. Certains ont beaucoup de talent. On a le droit de penser qu’ailleurs, leur cote de popularité serait plus grande. Ici, dans la capitale du Canada, ils manquent cruellement de visibilité.

Tout ça pour dire que Karlsson était présent. En se pointant, le star power a décuplé.

Il ne fittait presque pas dans le décor.

Naturellement, la meute s’est déplacée jusqu’à lui. Il s’est mis à répondre aux questions avec son petit air juste assez suffisant. Comme à ses beaux jours.

- Dis-donc, Erik... Tu seras nerveux quand le match débutera ?

« On verra bien, a-t-il répondu. Si je suis chanceux, la rondelle roulera pour moi lors de mes premières présences sur la glace. On pourra bâtir là-dessus. Vous savez, moi... Je ne suis pas trop du type nerveux. Je ne pense pas avoir déjà ressenti cette émotion dans ma vie... »

Je vous disais plus haut qu’il avait un air suffisant. J’hésitais entre les termes « suffisant » et « arrogant ». Les deux peuvent être très proches, parfois.

J’ai laissé les collègues poser leurs questions avant de lui demander une précision.

- Sérieusement, Erik. Il y a cinq minutes, tu as dit que tu n’avais jamais ressenti la nervosité dans ta vie...

« J’ai déjà été nerveux, a-t-il reconnu. Je veux juste dire, au fond, que je ne suis pas du type nerveux, dans la vie. Je n’ai pas de grandes angoisses. Je ne me ronge pas les sangs. Plus tard, quand je vais sauter sur la patinoire pour effectuer ma première présence, je vais définitivement ressentir quelque chose. Un peu de nervosité, peut-être ? De l’anxiété temporaire ? Je l’ignore. Je ne me casse pas la tête avec les choses que je ne peux pas contrôler. »

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Karlsson avait encore l’air d’une superstar sortie de son élément, en début de soirée.

Une autre observation personnelle : le Centre Canadian Tire semble vieillir plus rapidement que les autres amphithéâtres de hockey qui ont été construits dans les années 1990. On a pu le constater encore une fois quand l’alarme d’incendie s’est fait entendre, un peu partout dans le building, aux environs de 18 h 45.

Ce n’est pas la première fois.

Quand ce pépin technique survient, le système audio du building finit généralement par flancher. Ce fut le cas, mardi. Il n’y avait donc pas de musique durant la période d’échauffement et lors de la présentation des joueurs. 

La modeste, mais efficace équipe de production vidéo des Sénateurs avait préparé un petit quelque chose pour souligner le retour du joueur de concession. Les fans qui se sont déplacés ont vu les images, mais ils n’ont pas pu entendre la trame sonore.

Ça faisait un peu dur.

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Il fallait croire Karlsson sur parole, au cours des dernières semaines, quand il disait qu’il ne se « sent plus exactement comme avant » quand il chausse les patins.

Sans être un spécialiste, je l’observais parfois à l’entraînement. Je ne voyais pas vraiment la différence.

Sa montée à l’emporte-pièce, d’un bout à l’autre de la patinoire survenue en première période, réussira peut-être à le rassurer. Il se serait retrouvé tout seul devant le gardien Anders Nilsson si seulement Chris Tanev n’avait pas réussi à harponner la rondelle au dernier moment.

Karlsson filait comme le vent, aussi, sur la descente en zone adverse au terme de laquelle il a frappé un poteau en fin de troisième période. Malheureusement, pour lui comme pour les autres, Thomas Vanek n’a pas raté sa chance de marquer le but d’assurance des Canucks lors de la contre-attaque.

Karlsson n’a pas toujours besoin de ses jambes pour mener l’attaque. Il n’a pas perdu sa capacité à lire le jeu. Il est toujours le plus habile passeur sur la patinoire.

Mais ça, on s’y attendait.