Les partisans qui avaient choisi de passer leur vendredi soir à Kanata craignaient de voir Erik Karlsson impliqué dans une transaction.

Tkachuk, un choix très logique

CHRONIQUE / Chris Phillips a cherché à rassurer tout le monde avec sa prédiction, une dizaine de minutes avant que ça commence. «On entend beaucoup de tapage, c’est comme ça chaque année. C’est le monde dans lequel on vit. Plus on parle, moins ça bouge. Je ne m’attends pas à vivre de grands chambardements, ce soir.»

Le Big Rig a fait cette déclaration au Centre Canadian Tire, dans le rassemblement de partisans baptisé «Draft Party» en anglais et «Repêchage de fête» en français.

Passons.

Dans le climat actuel, les quelques centaines de partisans qui avaient choisi de passer leur vendredi soir à Kanata redoutaient tous la même chose. Ils ne voulaient surtout pas apprendre que leur capitaine avait été impliqué dans une transaction.

Phillips, prophète, a vu juste. La première ronde du repêchage n’a pas été particulièrement divertissante.

Les fans se sont comportés comme ils se comportent souvent durant la saison de hockey. Ils ont accueilli timidement la sélection de Brady Tkachuk au quatrième rang. Ils n’ont pas été foutus de rester jusqu’à la fin. La place était pratiquement vide, lorsque le défenseur Jacob Bernard-Docker a été réclamé au 26e échelon.

Le choix de Tkachuk n’est pas étonnant du tout.

Dans les semaines qui ont précédé le repêchage, Pierre Dorion avait laissé quelques indices. Il avait répété à quelques reprises que le joueur choisi au quatrième rang aurait de bonnes chances de faire le saut dans la LNH dès l’automne 2018.

Il fallait que le candidat choisi soit un attaquant. Les défenseurs, même ceux qui sont extrêmement doués, ont rarement la maturité physique nécessaire pour se mesurer aux meilleurs à l’âge de 18 ans.

Je comprends que les partisans auraient préféré Filip Zadina. Les fans pleurent encore le départ de Mike Hoffman. L’ailier tchèque des Mooseheads d’Halifax est peut-être le joueur, dans le repêchage, qui ressemblait le plus à Hoffman.

Cela dit...

Selon les projections qui sont faites, le jeune Tkachuk pourrait éventuellement inscrire une cinquantaine de points par saison. Dans la LNH des temps modernes, ce n’est pas mauvais.

Son grand frère, Matthew, vient de connaître deux saisons de 48 et 49 points chez les Flames de Calgary. Et il vient tout juste de fêter ses 20 ans.

Leur père, il ne faudrait pas l’oublier, a connu une longue carrière de 1065 points dans la LNH.

Les Tkachuk sont tous taillés dans le même moule. Ils ne font pas dans la dentelle. Ils se frayent un chemin sur la patinoire avec leurs épaules, leurs coudes, leur agressivité.

Les attaquants en puissance sont souvent ceux qui ont le plus de facilité à faire la transition vers les rangs professionnels. On peut facilement les insérer dans un quatrième trio. La pression est moins forte. On ne leur demande pas de remplir le filet dès le départ. On peut leur confier des tâches plus simples. Ils peuvent apprendre le métier en travaillant fort sur l’échec-avant, en essayant de ramasser les rondelles qui se perdent devant le filet adverse.

La première ronde est derrière nous, donc. On va continuer à spéculer sur le marché des transactions. Faudra par exemple se pencher sérieusement sur le cas de Craig Anderson, qui souhaiterait foutre le camp.

Avec son âge, son contrat et ses performances de la dernière saison, en voilà un qui ne sera pas facile à échanger.

Phillips était de fort bonne humeur, vendredi. Il célébrait un anniversaire important. Le 22 juin 1996, il vivait un grand jour. Il était le tout premier joueur sélectionné au repêchage de la LNH. Cette année là, ça se passait du côté de Saint-Louis.

Il ne se lasse pas de raconter cette anecdote. Le Midwest américain était frappé par une canicule. On avait planifié la rencontre entre les médias et les plus beaux espoirs à l’extérieur, dans un parc du centre-ville. Phillips suait déjà à grosses gouttes dans son complet. Quand on lui a demandé d’enfiler son chandail vert des Raiders de Prince Albert, en plus, il a cru qu’il allait s’évanouir.

«J’ai probablement perdu une quinzaine de livres, ce jour-là», rigole-t-il.

Phillips est devenu le troisième joueur à être réclamé au tout premier rang par les Sénateurs en quatre ans.

Depuis 1997, les Sénateurs n’ont jamais détenu le tout premier choix.