Steve Bégin (gauche) prononcera une conférence sur l’importance de compléter ses études secondaires, jeudi, à Gatineau.

Steve Bégin, le raccrocheur

CHRONIQUE / Steve Bégin a souvent été celui qu’il fallait suivre ou qu’il fallait imiter. Ses entraîneurs Richard Martel, Claude Julien et Bob Hartley avaient l’habitude de vanter ses qualités aux médias. Des parents parlaient souvent du combatif petit attaquant quand ils voulaient motiver leurs jeunes athlètes doués, mais un brin paresseux.

Certaines choses ne changeront jamais.

Bégin sera de passage à Gatineau, jeudi. En soirée, il prononcera une conférence sur l’importance de compléter ses études secondaires.

Le jeune retraité du sport célébrera son 40e anniversaire de naissance à la mi-juin. Si tout se passe bien, il réussira dans les prochains mois à décrocher son diplôme.

Officiellement, cette conférence est organisée par ChallengeU, une application mobile qui offre de l’aide aux adultes qui souhaitent effectuer un retour aux études. Bégin ne sera pas l’unique tête d’affiche de la soirée. Il sera notamment accompagné sur l’estrade par un dénommé Adamo, un type devenu célèbre lors de sa participation à l’émission de télé-réalité Occupation Double.

L’application, en réalité, sert de prétexte à déclencher des conversations. Très rapidement, dans ses échanges avec les gens, Bégin se met à parler de motivation, de débrouillardise, de fierté. Ce sont des trucs qu’il connaît bien. Ce sont des choses qui lui ont servi, dans le sport comme lors de son retour sur les bancs d’école.

Très rapidement, il redevient celui dont il faut s’inspirer.

« Quand j’étais jeune, j’avais élaboré trois plans de carrière. Mon premier, c’était de jouer dans la Ligue nationale de hockey. Mon plan B, c’était de jouer au hockey. Mon plan C, c’était aussi le hockey », m’a raconté Bégin, au bout du fil, mardi matin.

Il me dit que ce n’était pas la meilleure approche. Si un adolescent doué lui demandait conseil, aujourd’hui, il lui conseillerait plutôt « d’utiliser son talent dans le sport pour avancer le plus possible dans les études ».

Il sait que certains ne voudront rien entendre.

Il avait 17 ans quand il a décidé d’abandonner les études. Il vivait à Val-d’Or, loin de son noyau familial. L’hiver achevait. Il voulait se consacrer entièrement aux séries de la coupe du Président qui approchaient. Il devait impressionner les dépisteurs de la LNH, alors qu’il était éligible au repêchage.

Richard Martel a essayé de le convaincre d’étudier. Il n’a pas écouté.

« Personne ne m’a dit de lâcher l’école ! C’était ma décision. C’était une décision que j’avais mûrement réfléchie. Du moins, à cet âge-là, je croyais que j’avais bien réfléchi à mon affaire. »

« Je te jure que des fois, les cours de français, je trouve ça vraiment dur », m’a confié Bégin.

En fait, il n’a pas utilisé le mot « vraiment », dans cette phrase. Il a utilisé un autre adverbe, plus cru, pour bien me faire comprendre que ce retour aux études lui demande de gros efforts.

« Je travaille présentement dans un module qui porte sur la poésie, ajoute-t-il en riant. Tu sais, moi, je ne suis pas un grand poète... »

On sent une certaine fierté, dans sa voix, quand il affirme qu’il parvient malgré tout à conserver une moyenne générale supérieure à 80 %.

Bégin n’a pas nécessairement besoin d’étudier. En jouant plus de 500 matches dans la LNH, sans être une grande vedette, il a réussi à gagner suffisamment d’argent pour assurer son avenir.

« J’ai placé une bonne partie de mon argent, réagit-il. Mon objectif, c’est de ne pas y toucher. Si ça peut aider mes filles, plus tard, dans la vie... »

Son retour aux études ne fait pas non plus partie d’un plan ambitieux. Je lui ai demandé s’il pensait à la prochaine étape. Il m’a répondu, sans hésitation, que les études post-secondaires ne l’intéressent pas.

L’entreprise spécialisée dans les travaux de génie civil dont il est vice-président fonctionne bien. Il s’implique avec les Anciens Canadiens et continue de s’entraîner en gymnase de façon sérieuse. Il ne s’ennuie pas et ne cherche surtout pas à donner un nouveau sens à sa vie.

Bégin est heureux de servir de modèle aux raccrocheurs de partout au Québec, mais il veut surtout montrer l’exemple à suivre aux adolescentes de 11 et 13 ans qui grandissent dans sa maison.