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Sylvain St-Laurent
Le Droit
Sylvain St-Laurent
André Tourigny a mis le monde du hockey au grand complet en alerte, mercredi matin.
André Tourigny a mis le monde du hockey au grand complet en alerte, mercredi matin.

Son propre chemin

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CHRONIQUE/ André Tourigny a mis le monde du hockey au grand complet en alerte, mercredi matin.

Tout le monde était branché sur Twitter quand il a annoncé, en anglais, qu’on s’apprêtait à vivre une journée mémorable.

On a tous tiré la même conclusion. On a tous pensé qu’il nous annonçait le retour prochain de la Ligue de hockey junior de l’Ontario.

Les amis de Tourigny - qui sont nombreux - savent à quel point l’inactivité et l’incertitude lui pèsent.

Quand j’ai lu le tweet, j’ai entendu la voix de Tourigny dans ma tête. Avec son gros accent québécois.

Vous comprendrez, plus tard, que c’est un détail d’une certaine importance.

En bout de ligne, on se trompait.

La journée a bel et bien été mémorable... pour Tourigny.

L’entraîneur-chef d’expérience a gagné le gros lot... deux fois.

Hockey Canada lui a confié un mandat exceptionnel. Dans la prochaine année, il participera à tous les événements internationaux d’envergure. Il fera même partie de l’équipe d’étoiles qui se rendra aux Jeux olympiques de Pékin, en février 2022.

L’Ottawa Sports and Entertainment Group (OSEG) accepte de le libérer, à condition qu’il revienne. La preuve, c’est qu’elle a profité de la matinée de mercredi pour lui consentir une prolongation de contrat de six ans.

Tourigny, pour une rare fois, s’est réjouit de réussites personnelles. Et personne ne lui en a tenu rigueur.

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La réussite de Tourigny, c’est la victoire du travail, de l’honnêteté et de l’humilité.

Plus haut, je parlais de son fort accent, quand il parle anglais.

C’est un accent qui trahit ses origines et qui nous en dit long sur son parcours.

Tourigny n’a jamais été un hockeyeur d’élite. Il était bien décidé à faire carrière dans le sport, malgré tout. Il s’est donc résolu à gravir les échelons très lentement, sans brûler d’étapes.

Pour obtenir un premier boulot d’entraîneur-chef dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec, il a été contraint de s’exiler au bout de la province, à environ 800 kilomètres de sa région natale. Quand il est arrivé à Rouyn, il s’est vite rendu compte qu’il n’était pas facile d’établir de bonnes relations avec ses joueurs anglophones. Il a fait comme pour tout le reste. Il a fourni les efforts nécessaires. Il s’est amélioré.

Aujourd’hui, c’est loin d’être parfait. Il le sait. Ça ne le gêne pas du tout. Sans gêne, sans complexes, il fait du mieux qu’il peut. En fait, il met en pratique ce qu’il prêche. Dans l’exercice de ses fonctions, il livre chaque jour le proverbial «honnête effort» qu’il exige, sur la glace, à ses joueurs.

On a tendance à croire que l’accent québécois constitue un handicap. On imagine que certains dirigeants anglophones ont de la difficulté à prendre au sérieux des gens qui ne maîtrisent pas leur langue.

Tourigny n’est pas le premier entraîneur québécois à s’imposer, parmi l’élite.

Pat Burns est au Temple de la renommée. Alain Vigneault est récemment devenu le neuvième entraîneur à franchir le plateau des 700 victoires en carrière. Michel Therrien travaille dans les rangs professionnels depuis bientôt 25 ans.

On peut quand même se poser une question. Ces hommes auraient-ils pu se frayer un chemin si le Canadien de Montréal ne leur avait pas accordé une première chance?

À Montréal, le bilinguisme est une condition d’embauche.

Ailleurs, dans la LNH, on accorde très rarement aux entraîneurs québécois leur première chance.

Tourigny est en train de se frayer son propre chemin.

En 2017, pour des raisons familiales autant que professionnelles, il a décidé de relever son prochain défi dans la région de la capitale fédérale. Les dirigeants de l’OSEG lui ont confié la direction des 67’s, au moment où les attentes n’auraient pas pu être plus élevées. On l’a choisi pour ses compétences et il n’a pas déçu. Il a répondu en livrant deux saisons consécutives de 50 victoires.

Le programme d’excellence de Hockey Canada est relativement accessible. Par souci d’équité, on pige dans toutes les régions du pays quand vient le temps de sélectionner les gens qui dirigent l’équipe nationale junior.

Rares sont ceux qui ont la chance de vivre cette expérience plus d’une fois.

Rares sont ceux qui souhaitent le faire.

D’abord, ça représente une charge de travail supplémentaire importante. Diriger un club de hockey junior, en gardant un oeil sur une vingtaine d’adolescents rebelles qui cherchent par tous les moyens à briser les règles en dehors de la patinoire, est déjà suffisamment accaparant.

C’est pourquoi ce petit extrait de la visioconférence de Hockey Canada, mercredi, m’a fait sourire.

«En temps normal, je dirais que diriger l’équipe nationale junior serait mon emploi d’appoint, celui qui occuperait mes soirées. Diriger les 67’s, ce serait mon boulot à temps complet. Dans la prochaine année, ce sera le contraire. Je travaillerai à temps plein auprès de Hockey Canada. Les 67’s, je considère qu’ils me donneront un job du soir», a expliqué Tourigny.

Et il aura sans doute du temps à consacrer à tous ceux qui, accessoirement, auront besoin de lui.