Shawville fait ses adieux

CHRONIQUE / «T'es ici parce que tu connaissais Bryan ? Tu étais un de ses amis ? »
La gentille dame derrière le bar ne m'a pas laissé le temps de répondre. Elle a levé les yeux vers le ciel, un peu embarrassée, comme si elle venait de me poser une question bête.
« Je sais bien que Bryan était l'ami de tout le monde », m'a-t-elle balancé.
Il était 11 h 30, environ. Je venais d'arriver à Shawville, avec un peu de temps à passer avant le début des funérailles de Bryan Murray. On m'avait suggéré de me rendre chez Hurtsty's, un resto/bar où le regretté homme de hockey avait ses habitudes.
En fait, on m'avait dit qu'il commençait presque toutes ses journées en y buvant un café, quand il séjournait chez lui, dans le Pontiac.
On ne m'avait pas menti.
La serveuse - je n'ai malheureusement pas noté son prénom - le connaissait bien. Elle avait même l'habitude de le taquiner.
« Je lui répétais que son frère Barry était de loin le membre de la famille Murray que je préfère. Bryan voulait grimper dans mon classement. Je lui disais qu'il n'avait qu'à traîner Bobby Ryan avec lui, un beau jour, pour me le présenter. »
Ryan ne s'est jamais rendu chez Hursty's.
Je n'étais, en revanche, pas le seul « ami » de Bryan Murray à casser la croûte dans ce petit établissement de Shawville. Je me suis retrouvé assis au bar à bavarder avec Doug MacLean.
Ce n'était pas la première visite de MacLean dans le Pontiac. « Mais ça doit faire au moins 25 ans », m'a-t-il raconté.
Ses souvenirs étaient flous. Il était venu passer quelques jours ici à l'invitation de Bryan. Les deux hommes venaient de vivre leur première expérience de travail dans la LNH. Après avoir été congédiés par les Capitals de Washington, ils étaient venus ici pour se « ressourcer » et « réfléchir à la suite des choses ».
Visiblement, le meeting fut productif. MacLean et Murray ont rebondi, ensemble, chez les Red Wings de Détroit. Ils formaient toujours un duo, en 1996, quand les Panthers de la Floride ont atteint la finale de coupe Stanley.
« Je viens de Summerside, sur l'Île-du-Prince-Édouard. Bryan venait de Shawville. Je suis un professeur de formation. Il a lui aussi fait carrière dans le monde de l'enseignement. Il parvenait cependant à se démarquer par la façon dont il réussissait à tout compartimenter. À l'aréna, il était un homme de hockey. À Shawville, il était un homme de famille. Peu de gens, dans la LNH, parviennent à séparer les deux aussi facilement. »
« Je ne blague pas. Bryan m'a toujours impressionné pour cette raison. Quand je travaillais comme entraîneur et comme directeur général, je devenais complètement fou. Le stress me suivait partout. Je regardais Bryan se comporter avec Heide, Brittany et Geri. Il n'était pas le même homme quand il était auprès d'elles. »
MacLean a quitté sa province natale, en début de semaine, pour venir rendre hommage à son vieil ami. Il aurait pu attendre la cérémonie de célébration de la vie qui aura lieu au Centre Canadian Tire, jeudi, « Pas question, dit-il. C'était la cérémonie de Shawville qui m'intéressait. »
Avant de se lever pour régler son addition, MacLean m'a prévenu qu'il ne serait pas seul. « Je suis convaincu que plusieurs vieux amis du hockey feront comme moi. »
Il avait raison. Une heure plus tard, devant la vieille église située sur la rue Main, ils ont commencé à défiler. David Poile. Chuck Fletcher et Brent Flahr. Luke Richardson. Rob Murphy. Brian Burke. Colin Campbell et Mike Murphy représentaient le bureau chef de la LNH. Kyle Turris et Mark Stone ont été les premiers joueurs à se pointer. Un autobus s'est éventuellement garé. Daniel Alfredsson a été le premier à en descendre. Pierre Dorion, Randy Lee, Chris Phillips, Chris Neil, Craig Anderson et plusieurs employés de bureau des Sénateurs d'Ottawa l'ont suivi.
Ne me demandez pas de vous parler de la cérémonie. Les représentants des médias n'avaient pas accès à l'église. L'événement public sera celui de jeudi. Mardi, c'était pour la famille et pour les « vrais » amis.
D'ailleurs, l'endroit était rempli à craquer. La petite municipalité a pratiquement cessé de fonctionner pendant une bonne partie de la journée.