Chris Tierney est l’un des joueurs que les Sénateurs ont obtenu en envoyant Erik Karlsson à San Jose.

Seize misérables secondes

CHRONIQUE / Je présume que les partisans des Sénateurs ont vu la vidéo. Elle circule sur Internet depuis plus de 24 heures, après tout.

Je parle, ici, de la « sympathique » entrevue accordée par Erik Karlsson, mercredi soir.

Pour les rares qui n’auraient pas eu la chance de regarder, je résume.

Karlsson prend son temps, au terme d’une partie où les Sharks se sont fait malmener par les Maple Leafs. Quand il finit par se pointer dans le vestiaire, la plupart des journalistes ont déjà quitté.

Un collègue ose poser une première question.

« Erik, le grand jour est proche. Tu vas bientôt prendre le chemin d’Ottawa et... »

En fait, le collègue n’a jamais le temps de poser sa question. Au beau milieu du préambule, Karlsson tourne les talons. Il s’en retourne, tout bêtement, sans s’excuser. Sans s’expliquer. Sans même regarder son interlocuteur dans les yeux.

Dans le background, on entend un employé des Sharks protester, faiblement. « Il aurait fallu que vos questions portent sur le match que nous venions de jouer, les gars. »

La vidéo dure, en tout, 16 secondes.

Seize courtes, misérables secondes.

Seize secondes dont il faut quand même parler. Voyez-vous, durant ces 16 secondes, Erik Karlsson a choisi de nous montrer une facette pas très reluisante de sa personnalité.

On ne se racontera pas d’histoires.

Karlsson savait.

Il savait pertinemment bien que les questions portant sur son retour à Ottawa s’en venaient.

On parle ici d’un joueur d’élite qui vit sous les projecteurs depuis maintenant 10 ans. On parle d’un homme qui fut capitaine dans un marché canadien de la LNH.

En se pointant dans le vestiaire, il devait comprendre que le match contre les Leafs ne comptait déjà plus.

Son retour à Ottawa constitue, en revanche, la plus grosse histoire de la semaine dans toute la Ligue nationale de hockey.

Karlsson devait forcément savoir et comprendre tout ça.

S’il pouvait anticiper les questions, Karlsson pouvait préparer sa réponse. Il aurait pu réagir de plusieurs façons. Il a choisi la pire. Il a choisi l’arrogance. Il a choisi le mépris.

Arrogant avec les journalistes qui voulaient faire leur travail en posant des questions.

Méprisant envers les fans, qui attendaient des réponses.

On peut comprendre que les émotions seront fortes, ce week-end, pour le double récipiendaire du trophée Norris.

S’il ne voulait pas plonger trop rapidement dans ce bain, Karlsson avait différentes options. Il aurait pu refuser, poliment de répondre aux questions.

Je suis désolé, messieurs, mais il est un peu trop tôt pour parler de tout cela. Quand le moment sera choisi, après notre entraînement de vendredi, je répondrai à toutes vos questions.

Je suis persuadé que les collègues auraient compris.

S’il n’avait vraiment pas voulu faire face à la musique, Karlsson aurait aussi pu rester caché dans les quartiers des joueurs. Ça s’est déjà vu. Souvent. Un joueur invoque une blessure qui nécessite des soins particuliers.

Je m’excuse, les gars. Je n’aurai pas le temps de répondre à vos questions, ce soir.

Il aurait pu improviser, inventer quelque chose. N’importe quelle réaction aurait été meilleure que celle-là.

Un grand leader n’aurait pas agi comme ça. Un vrai capitaine n’aurait pas agi comme ça.

Daniel Alfredsson n’aurait jamais agi ainsi.

Sidney Crosby, Patrice Bergeron, Jonathan Toews non plus.

Les Sénateurs ont réussi à gagner deux matches d’affilée. Craig Anderson a complété son premier jeu blanc. Thomas Chabot a joué plus de 25 minutes contre les Rangers. Erik Karlsson sera au centre de tout, ce week-end, mais il faut reconnaître que la table est mise pour un match intéressant.