Sylvain St-Laurent
Le commissaire de la LHJMQ, Gilles Courteau
Le commissaire de la LHJMQ, Gilles Courteau

Se replier pour attaquer ?

CHRONIQUE / Il faut une bonne dose de cran pour parler d’expansion et de croissance, au beau milieu d’une période de crise, quand tout le monde, autour de vous, est en mode survie.

Gilles Courteau a du cran, il ne faut pas en douter.

L’homme qui a consacré sa vie professionnelle à la Ligue de hockey junior majeur du Québec rêve d’une grande ligue pancanadienne.

Sur son territoire, on s’inquiète pour les petits marchés comme Baie-Comeau et Bathurst. On se demande sérieusement si la communauté d’affaires de l’Abitibi-Témiscamingue peut continuer à soutenir deux formations rivales, sur son territoire.

Pour M. Courteau, on dirait bien que la meilleure défensive, c’est une bonne attaque.

Le commissaire voit loin, pour les Foreurs de Val-d’Or. En plus de demeurer bien actifs, au sein de la bataille de la 117, ils pourraient quitter le Québec pour faire rayonner leur belle région à Brandon, au Manitoba. Ainsi qu’à Swift Current, en Saskatchewan.

Pour ne pas trop s’ennuyer, les Valdoriens pourront suivre leur équipe en direct, sur n’importe quel écran, grâce à un webdiffuseur qui offrira un produit de qualité supérieure.

Gilles Courteau a du cran. Même si ses idées vont un peu à contre-courant, elles sont loin d’être loufoques.

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On va d’abord saluer le côté pragmatique de M. Courteau. Vous l’avez lu, dans la page voisine. Puisqu’on ne connaît pas encore l’étendue des dégâts que laissera la COVID-19, mieux vaut adopter une approche prudente, dans le court terme.

La saison 2020-21 de la LHJMQ pourrait se jouer dans un contexte plus modeste. Cette semaine, un contact m’a parlé d’un remaniement temporaire. On parle de scinder la ligue en deux. Ou peut-être même en trois. On miserait à fond sur les rivalités régionales, de façon à réduire les dépenses, de façon temporaire, tandis que la machine se remet en marche.

Il pourrait s’agir d’un repli temporaire qui pourrait permettre aux dirigeants de mieux attaquer.

Parce que réduire les dépenses, c’est rarement une bonne stratégie, à très long terme.

Les gens avec qui j’ai parlé de l’avenir du hockey junior majeur canadien, au cours de la dernière semaine, ont lancé quelques chiffres qui font réfléchir. Sur la route, selon ce que j’ai pu comprendre, une équipe de la LHJMQ peut dépenser entre 3000 et 5000 $ par jour. Le budget d’opération d’une équipe bien gérée peut friser les 2 millions $.

« En coupant deux voyages de cinq jours, chaque équipe va économiser environ 30 000 $. Ce n’est pas comme ça qu’on va régler tous les problèmes. »

Les longs déplacements — on présume qu’ils se feraient en avion — vers l’ouest canadien feraient bien entendu gonfler les budgets. C’est sans doute pourquoi les prochains partenaires de diffusion des matches sur le web risquent de jouer un rôle primordial dans le plan de croissance du hockey junior.

Gilles Courteau est convaincu qu’une production de meilleure qualité lui permettrait de rejoindre de nouveaux spectateurs. « Les gens aiment notre produit », a-t-il déclaré, dans son entrevue avec notre collègue Steve Turcotte. Et il a bien raison. On peut difficilement aimer le hockey sans aimer le hockey junior. Je l’ai probablement écrit 20 fois, au cours des quatre dernières années, dans cet espace. C’est vraiment malheureux, mais trop de gens l’ignorent. Ou l’ont oublié.

S’ils parviennent à développer une clientèle nouvelle, grâce à la webdiffusion, les dirigeants de la Ligue canadienne de hockey pourraient développer de nouveaux partenariats, plus solides, avec des commanditaires nationaux. Ces partenaires pourraient donner un peu d’air aux commanditaires locaux. Dans certains petits marchés, on en demande beaucoup, semble-t-il, aux gens de la place.

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Les idées de Gilles Courteau ont un certain sens. Il aura quand même beaucoup de pain sur la planche, pour convaincre les gens d’ailleurs au pays de le suivre dans cette aventure.

On me dit qu’il pourrait y avoir de la résistance chez nos voisins ontariens, en particulier.

Les activités de la Ligue de l’Ontario sont concentrées, en grande partie, dans la région métropolitaine de Toronto. Certaines équipes passeraient moins de 10 nuitées par saison dans les hôtels. Elles ont la chance d’évoluer dans des régions très industrialisées.

Ces équipes-là ont peut-être moins soif de changement.