Le petit Ronald sera dans les gradins de la Place TD, dimanche, quand le grand Brandon effectuera sa première apparition dans le match de la coupe Grey.

Ronald a gagné, Brandon doit l’imiter

CHRONIQUE / À chacun son gros match.

Du haut de ses huit ans, Ronald Washington a été lancé dans une situation de fort stress il y a une dizaine de jours. Il était le quart-arrière de son équipe, le Northwest Boys Club de Miami, dans un match de championnat national. Il a gagné.

En quittant le terrain, il a fait ce que n’importe quel garçon de son âge ferait. Il a passé un coup de fil à son père, qui ne pouvait pas être là, pour lui raconter en détail ses exploits.

Vers la fin de la conversation, avant de saluer son père, il lui a quand même rappelé que le travail n’était pas complété.

« C’est ton tour, maintenant. »

À ce moment-là, Brandon Washington avait encore deux gros matches à jouer. Le premier a été disputé, et gagné, dimanche dernier. Il était sur la ligne à l’attaque des Argonauts, dans le poste de garde à droite, quand ils ont vaincu les Roughriders de la Saskatchewan en Finale de l’Est de la LCF.

Le prochain match, celui qui permettra au père de remporter un championnat national, approche à grands pas.

Le petit Ronald sera dans les gradins de la Place TD, dimanche, quand le grand Brandon effectuera sa première apparition dans le match de la coupe Grey.

« Il s’en vient me rejoindre. Son avion doit se poser vendredi. J’ai hâte, mais je crois qu’il est encore plus emballé que moi », racontait le paternel, tôt, jeudi matin.

J’ai demandé au colosse s’il se souvenait de la dernière fois où il a joué devant son héritier. Il a levé les yeux au ciel, pour bien y réfléchir.

« J’étais dans la NFL, à Saint-Louis, avec les Rams. C’était en 2014 », a-t-il dit, hésitant.

Ronald était alors très jeune.

Brandon aussi.

Le jeune vétéran des Argos a toujours l’air très jeune, aujourd’hui. Enfin... Comme la plupart des joueurs de sa position, il en impose. Selon sa fiche biographique, publiée sur le site web de la LCF, il pèse 320 livres.

Le fils n’a pas le même gabarit. « Il ne finira peut-être pas quart-arrière. Je le vois davantage devenir demi défensif. »

« Il a le sens du football. Il adore ce sport et l’étudie constamment. Nous avons ça en commun. »

Plus le jour du match approche, plus je suis anxieux.

Je n’ai jamais oublié la dernière fois où la Coupe Grey a été remportée à Ottawa. Le 21 novembre 2004, les quatre journalistes sportifs de votre quotidien francophone favori s’étaient rendus ensemble au stade Frank-Clair.

À notre arrivée sur les lieux, surprise. Un seul membre de l’équipe, Martin Comtois, avait une place réservée dans la galerie de la presse. Quand j’avais demandé des précisions au directeur des communications de l’époque. Ça s’était passé à peu près comme suit.

— Votre carte de presse vous donne accès au stade, mais vous ne pouvez pas rester dans la galerie de la presse. Vous n’avez pas non plus de siège réservé dans les gradins. Vous ne pouvez pas descendre sur les lignes de côté avant la fin du match. En attendant, nous n’avons pas vraiment prévu de pièce, pour les journalistes comme vous qui voudraient suivre la rencontre à la télévision.

— Donc, ce que vous me dites, c’est que j’ai le droit de rester dans le stade... à condition d’être nulle part dans le stade.

Devant ma répartie à toute épreuve, le type a figé.

On a fini par nous trouver des places. L’équipe d’animateurs d’une station de radio anglophone de Montréal occupait une rangée au grand complet. Personne ne s’est pointé.

On me jure que la ligue a évolué, depuis. Le responsable actuel des communications m’assure qu’un siège me sera réservé à la Place TD.

Je le crois. Il a l’air de bien connaître son affaire.

Je me croise les doigts.