Daniel Brière occupe le poste de vice-président aux opérations des Mariners du Maine. «Je m’amuse», dit-il.

Retour dans les mineures

CHRONIQUE / Daniel Brière m’a vite fait comprendre que les choses ont changé.

J’ai communiqué avec l’ancien joueur par texto, lundi soir. Ma requête était toute simple: j’aimerais te parler, cette semaine, histoire de faire le point sur ta nouvelle aventure.

Il m’a répondu rapidement, mais ne m’a pas laissé beaucoup de choix.

« J’aurais peut-être un peu de temps à te consacrer mardi après-midi... »

Pas de problème ! T’auras qu’à faire signe quand tu seras prêt, ai-je répliqué.

« En fait, je préférerais que tu me relances. Ça brasse pas mal, ici. Je pourrais facilement t’oublier. »

Il faut comprendre un truc sur Brière, ici. Contrairement à d’autres hockeyeurs, il n’a jamais joué la carte du gars-trop-occupé-pour-parler-aux-médias.

À Buffalo, Philadelphie ou Denver, il trouvait toujours le temps de nous donner de ses nouvelles. Il était même capable de se brancher sur Skype, pour nous parler en direct de Berlin, durant le lock-out de l’automne 2012.

Les choses ont effectivement changé.

Brière est passé de l’autre côté de la clôture. Il est retourné dans les ligues mineures et occupe le poste de vice-président aux opérations des Mariners du Maine, une formation qui s’apprête à faire ses débuts dans la Ligue East Coast (ECHL).

J’ai fini par le contacter en toute fin de journée, mardi.

« Il faut soumettre notre alignement final aux dirigeants de la ligue dans quelques heures. Nous sommes en train de procéder aux dernières coupes. On est occupés », a-t-il reconnu d’emblée.

« Je m’amuse », a répété Brière à trois, sinon quatre reprises, durant les 10 premières minutes de notre conversation.

J’étais un peu sous l’impression que la définition de tâches d’un vice-président aux opérations est assez floue. Je ne connais pas vraiment l’ECHL, mais je peux facilement m’imaginer un environnement dans lequel on essaie d’en faire beaucoup avec des ressources limitées.

« Tu n’as pas tort », a dit mon interlocuteur.

Brière a eu son gros mot à dire sur la sélection des joueurs. Avec ses entraîneurs, les jeunes trentenaires Riley Armstrong et Anthony Bohn, il a passé les derniers mois à se promener dans les arénas pour faire du recrutement.

« Le hockey, c’est la partie facile du métier, dans le sens que c’est ma passion. Je connais ça. »

L’autre partie du job, possiblement la plus importante, lui demande de nager dans des eaux qu’il ne connaît pas du tout. Brière doit apprendre à brasser des affaires. À respecter des budgets. Il doit participer aux rencontres de gestion. Il doit s’intéresser aux commandites, superviser l’équipe des ventes, celle du marketing...

« Je n’ai pas étudié pour ça. »

Au moins, jusqu’à tout récemment, tout se faisait dans un climat plus que positif.

Comcast Spectator, le géant des sports et du divertissement qui est installé à Philadelphie, a fait l’acquisition d’une franchise de l’ECHL en juin 2017. Il a confié à Brière le mandat de l’implanter sur la côte est américaine.

Le contexte était plus que favorable. À Portland, Brière est débarqué dans une ville qui adore le hockey et qui a soutenu un club professionnel des ligues mineures pendant près de 40 ans, sans interruption, entre 1977 et 2016.

Tout le monde était heureux de le voir débarquer.

« La pression va monter, maintenant. Comme joueur, j’avais un certain contrôle sur tout ce qui se passait sur la patinoire. Maintenant, je ne pourrai pas vraiment contrôler les performances de nos joueurs. Je ne sais pas non plus comment les amateurs vont réagir face à notre produit. Je n’aurai pas vraiment de contrôle sur la vente de billets, ni sur les commandites », dit Brère, sans essayer de masquer sa nervosité.

Dans la LNH, Brière avait l’excellente habitude de livrer ses meilleures performances quand la pression était à son comble. « La préparation, c’était la clé. La préparation me permettrait d’arriver à l’aréna avec plus de confiance, moins de doute. »

« Aussi, avec le temps, j’ai appris à me changer les idées. Lire un livre ou regarder un film me permettait de me changer les idées. Comme ça, je ne me faisais pas bouffer par la nervosité. »

Tous ces trucs ne s’appliqueront peut-être pas au nouveau défi. Brière le sait.

« Aujourd’hui, je suis de l’autre côté de la médaille. Je devrai trouver d’autres repères. »