Plusieurs sièges étaient inoccupés lors du dernier match du Fury à Ottawa, le 23 octobre dernier.

Quel avenir pour les marchés moyens en soccer ?

CHRONIQUE / John Pugh a lancé l’aventure du Fury d’Ottawa en 2002. Homme d’affaires anglais, ancien joueur semi-professionnel de soccer, il voulait participer à la croissance de « son » sport en Amérique du Nord.

Dix-sept ans plus tard, tout a pris fin de façon brutale.

« En 2002, je trouvais que le système du soccer était dysfonctionnel. Je dois malheureusement dire que, 17 ans plus tard, ça n’a pas changé », a-t-il déclaré en mettant la clé sous la porte.

Et il a parfaitement raison.

C’est bien là, le nœud du problème.

J’ai suivi à distance la conférence de presse où on a célébré les funérailles du Fury, vendredi dernier. Cette déclaration a été relayée par des collègues.

J’ai cherché, depuis, à contacter M. Pugh pour lui en parler. Sans succès. On m’a dit qu’il est peut-être à l’extérieur de la ville. Pour s’accorder des vacances, possiblement. En tous cas, ce qui est certain, c’est qu’il n’accordera pas d’entrevue cette semaine.

L’Ottawa Sports and Entertainment Group (OSEG) a dit ce qu’il avait à dire sur le sujet. Il a bel et bien lancé l’éponge en ce qui a trait au soccer.

Je répète : John Pugh a raison.

Le soccer a fait des gains très importants au cours des 25 dernières années. Il a réussi à se hisser parmi les sports de participation les plus populaires chez les enfants. Il a surtout réussi à se maintenir.

Les enfants qui sont tombés amoureux de ce sport dans les années 1990 ou 2000 sont devenus entraîneurs. Ils transmettent leurs connaissances et leur passion à une nouvelle génération.

La base de la pyramide nous semble très solide.

C’est au sommet de la pyramide, quand il est question de l’élite, qu’on a de sérieux problèmes.

On serait porté à croire que, tout en haut, tout va bien. En apparence, la Major League Soccer a l’air en santé.

On pourrait même penser qu’on compte maintenant cinq ligues sportives majeures sur le continent.

Les récentes données publiées par le magazine Forbes nous laissent plutôt à réfléchir. Année après année, les équipes dépendent largement des redevances d’expansion pour regarnir leurs coffres.

Ce n’est pas une stratégie qui peut fonctionner à très long terme. Tôt ou tard, le marché sera saturé. La ligue va forcément manquer de marchés majeurs à développer sur le continent.

Les temps sont encore plus durs dans les marchés de taille moyenne.

Les gens d’OSEG n’ont peut-être pas envie de parler de soccer en ce moment. Il y a quelques années, ils en parlaient beaucoup.

Je me souviens d’une conversation, en 2013, alors que le groupe prenait forme. J’avais parlé de croissance future avec M. Pugh. Il avait rapidement balayé la MLS du revers de la main.

Ottawa, m’avait-il dit, était un marché de taille modeste. Mieux valait se concentrer sur le développement d’un club solide pour la deuxième division.

La deuxième division n’était pas clairement définie, à l’époque. Elle ne l’est pas davantage, aujourd’hui.

Le Fury a d’abord tenté sa chance dans la North American Soccer League (NASL), une ligue dynamique qui n’avait malheureusement pas les moyens de ses ambitions.

Il a ensuite migré vers la United Soccer League, qui est un joyeux méli-mélo un peu brouillon.

La CONCACAF lui demandait maintenant de participer au développement de la Première Ligue canadienne, une ligue dont la crédibilité est à bâtir.

Une ligue encore bien modeste, avec des moyens modestes.

Une ligue qui n’est pas assurée de survivre à la toujours hasardeuse phase de démarrage.

Dans le contexte, OSEG a peut-être simplement manqué de courage. On ne peut pas vraiment dire que la cote de popularité du Fury a grandi, au fil des ans.

J’ai vraiment des souvenirs précis associés à la naissance du Fury.

Je me souviens entre autres des objectifs du premier président du groupe, Jeff Hunt.

Il était bien conscient, au départ, qu’il serait difficile de remplir l’immense stade du Glebe pour un match de la rue Bank. Il s’imaginait, au strict minium, que l’estrade du côté sud serait remplie lors de chaque rencontre.

Ça ne s’est pas passé ainsi.

La foule de 2427 spectateurs, lors du match éliminatoire du 23 octobre dernier, en a peut-être fait réfléchir certains. Ou carrément découragé d’autres.