Quand il se mettra à sérieusement réfléchir à son avenir, Pageau devra commencer par se poser une question fondamentale. Les gens qui sont aux commandes, en ce moment, seront-ils capables d’offrir aux jeunes l’encadrement dont ils ont besoin ?

Quatre ans, 17 millions $ US

CHRONIQUE / «Il va se tanner de perdre.»

Je scannais les réseaux sociaux régulièrement, mercredi soir, tandis que Jean-Gabriel Pageau remplissait le filet des Devils du New Jersey.

Les partisans des Sénateurs ne savaient pas trop comment réagir. D’un côté, il fallait bien se réjouir un peu. S’ils ne prennent pas le temps de célébrer les petites victoires, ils vont trouver l’hiver long.

D’un autre côté, il neige à gros flocons, dehors. Ça nous rappelle que le temps passe. Et que Pageau n’est pas sous contrat en prévision de la saison prochaine.

Entre les deux, il y a les haters, partisans de l’autre club, avec leurs commentaires typiques de haters. Incapables de laisser les voisins profiter de leurs – très rares – moments de réjouissance.

Arrêtez donc de vous faire du sang de cochon, bande de naïfs. Il ne voudra pas rester. Il va se tanner de perdre !

Les amateurs de hockey ont parfois la mémoire courte.

Pageau a déposé son sac d’équipement au Centre Canadian Tire vers la fin de la saison 2012-13. Depuis, il a participé à 35 matches éliminatoires.

Dans la LNH, depuis 2013, 13 équipes ont joué plus de matches de séries que les Sénateurs.

Les Sénateurs traversent une mauvaise passe sur la patinoire.

L’organisation des Sénateurs traverse une très mauvaise passe à l’extérieur de la glace.

Il n’en a pas toujours été ainsi.

La tendance n’est pas non plus irréversible.

Thomas Chabot et Colin White se sont déjà engagés à long terme. Brady Tkachuk devrait les imiter, l’été prochain. Drake Batherson, Logan Brown et Josh Norris font des flammèches dans la Ligue américaine.

Quand il se mettra à sérieusement réfléchir à son avenir, Pageau devra commencer par se poser une question fondamentale. Les gens qui sont aux commandes, en ce moment, seront-ils capables d’offrir aux jeunes l’encadrement dont ils ont besoin ? De façon à rendre à l’organisation ses lettres de noblesse ?

Au terme de sa réflexion, Pageau pourrait fort bien choisir d’aller voir ailleurs. Sans même se soucier des performances futures des Sénateurs sur la patinoire. Il pourrait lui prendre l’envie d’aller voir ailleurs, si le gazon est plus vert dans un gros marché américain. Personne ne pourrait lui en vouloir, s’il avait envie de passer quelques années dans une ville où il ne sera pas obligé d’utiliser son démarreur à distance et son balai à neige à partir du 12 novembre.

Pageau pourrait avoir le goût d’imiter ses anciens coéquipiers Erik Karlsson et Mark Stone, en se joignant à une organisation de première classe. Dans la LNH, toutes les organisations ne sont pas égales. Certaines se démarquent par la façon dont ils traitent les joueurs ainsi que les membres de leurs familles.

Ils s’y prennent en posant des dizaines de petits gestes qui, ensemble, finissent par faire une grosse différence.

La situation contractuelle de Jean-Gabriel Pageau n’est pas la priorité numéro un de Pierre Dorion, cette saison.

La priorité numéro un des Sénateurs, c’est le prochain repêchage. En cette année où l’équipe pourrait obtenir deux des 10 premiers choix, le directeur général et ses dépisteurs n’ont pas le droit de se tromper.

La situation contractuelle du Gatinois doit quand même commencer à le chatouiller. Plus le temps passe, et plus je suis convaincu que Pageau doit rester. Les jeunes, si prometteurs soient-ils, auront besoin de soutien et d’encadrement. Pageau est à peu près le seul vétéran qui connaît l’organisation des Sénateurs par cœur et qui sera capable de jouer un rôle important, au sein de l’équipe, dans un horizon de trois à cinq ans.

Dorion a l’avantage de pouvoir négocier avec Pageau, dès maintenant. Il pourrait faire pencher la balance en lui offrant un contrat garanti.

Un contrat d’une durée de quatre ans, par exemple. Avec un salaire annuel de 4,25 millions $ US. Ça serait un bon point de départ, pour les négociations.

Nick Bonino possède un contrat similaire, à Nashville. Même chose pour Mathieu Perreault, à Winnipeg.

Ces deux attaquants sont capables de récolter entre 30 et 40 points par saison et de jouer avec fougue.

Un contrat de quatre ans d’une valeur de 17 millions $ US serait un bon point de départ.

Pageau pourrait même arguer qu’il mérite davantage. Pour les raisons mentionnées plus tôt. Et parce que les partisans l’aiment, ici. Beaucoup.