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Sylvain St-Laurent
Le Droit
Sylvain St-Laurent
Les Sénateurs, qui essaient de redorer leur blason après trois années de grosse misère, sur la glace comme à l’extérieur, attirent encore l’attention pour les mauvaises raisons.
Les Sénateurs, qui essaient de redorer leur blason après trois années de grosse misère, sur la glace comme à l’extérieur, attirent encore l’attention pour les mauvaises raisons.

Quand le DG dérape [VIDÉO]

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CHRONIQUE / Pas impressionné.

Je n’ai pas été impressionné, au départ, quand j’ai vu passer la vidéo sur Twitter. J’ai tout de suite pensé que ce n’était pas digne d’un directeur général de la Ligue nationale de hockey.

J’ai décidé de ne pas trop commenter, sur le coup. Je n’avais jamais rien vu de tel. Je me disais qu’il y avait possiblement un détail qui m’échappait, quelque chose que je n’avais pas compris.

J’ai dormi là-dessus.

Finalement, non. Pierre Dorion a fait un fou de lui, jeudi soir, dans la poussée de rage qui a suivi la défaite des Sénateurs d’Ottawa, contre les Maple Leafs de Toronto, au Centre Canadian Tire.

Quand son verre a heurté le mur de la loge qui appartient à la famille Taggart, le liquide qu’il contenait a rejailli sur toute l’organisation.

Les Sénateurs, qui essaient de redorer leur blason après trois années de grosse misère, sur la glace comme à l’extérieur, attirent encore l’attention pour les mauvaises raisons.

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Trois jours plus tard, la même question, fondamentale, demeure.

À quoi doit-on ce subit accès de rage?

Dorion s’est-il emporté à cause de la défaite?

Ce serait une réaction démesurée.

Les Sénateurs venaient de perdre, c’est vrai, mais il s’agissait d’un revers en prolongation. Un revers obtenu, avec un effort honnête, face à la meilleure formation de la division canadienne.

Ces temps-ci, quand ils sont sur leur patinoire, les Sénateurs sont généralement dans le coup. Les chiffres ne mentent pas. Ils ont réussi à conserver une fiche de 7-1-3 à leurs 11 dernières parties présentées au Centre Canadian Tire.

Puisque les attentes étaient extrêmement basses, en début de saison, on peut dire que les Sénateurs s’en tirent plutôt bien.

Alors, c’était quoi? Dorion était-il enragé à cause de la gaffe commise par son défenseur étoile Thomas Chabot, durant la prolongation?

Si c’est ça, le problème, on lui suggérerait quand même de se garder une petite gêne.

Quand il a trébuché, le défenseur numéro un de l’équipe était dans 32e minute de jeu.

Il avait connu, dans l’ensemble, une très bonne soirée.

D’ailleurs, l’entraîneur-chef D.J. Smith s’est empressé de le reconnaître, durant sa conférence de presse d’après-match. «Sans Chabby, nous n’aurions jamais été capables d’atteindre la prolongation.»

C’était la quatrième fois, dans les 10 derniers jours, qu’il franchissait le plateau des 30 minutes de jeu, dans un match.

C’est une commande énorme. C’est déraisonnable. Pas inhumain, mais pas loin.

Zdeno Chara était capable de le faire, dans sa glorieuse jeunesse, mais Chara n’est pas un humain normal. C’est un monstre.

En bon jeune leader, Chabot fait ce qu’on lui demande. Du mieux qu’il peut. Entre autres, parce qu’il n’a pas le choix.

J’ai envie de pousser la réflexion de Smith un peu plus loin. Sans Chabot, les Sénateurs n’auraient pas réussi à engranger 17 points de classement à leurs 11 dernières parties à domicile.

Sur la route, les mains de Smith sont liées. Sur la route, il doit désigner les cinq joueurs qui sautent sur la patinoire avant le club adverse. Sur la route, ça fait en sorte que le duo formé par Chabot et par Nikita Zaitsev ne peut pas se frotter, lors de chaque présence sur la glace, aux meilleurs éléments adverses.

Sur la route, à leurs 11 derniers matches, les Sénateurs ont accumulé seulement six points.

Quand un défenseur à caractère offensif fait bien son travail, dans son territoire, ça passe généralement inaperçu.

Quand il commet une bourde, trop souvent, ça paraît.

Dorion est parfaitement conscient de tout cela.

Vendredi, Ottawa était sens dessus dessous. Thomas Chabot, le joueur le plus utile aux Sénateurs, se faisait lancer des roches pour une gaffe commise à la fin d’une soirée où il avait pris des dizaines de bonnes décisions.

J’ai comme l’impression que la réaction de Dorion - aussi démesurée que spectaculaire - n’a pas aidé.

*****

La game va changer.

C’était le titre de ma chronique, dans l’édition du lundi 11 avril 2016 de votre quotidien francophone régional favori.

Dorion venait d’accéder au poste le plus important chez les Sénateurs. Je vous disais alors l’immense respect que j’avais pour cet homme, dédié à son travail, qui avait réussi à gravir les échelons de façon honnête.

J’avais aussi émis des réserves. J’avais écrit que son caractère bouillant et émotif pourrait facilement lui nuire, dans l’exercice de ses nouvelles fonctions.

Ma chute: «Les meilleurs directeurs généraux, comme les meilleurs chefs d’entreprise, sont ceux qui parviennent à rester calmes dans la tempête. Ou, du moins, qui sont capables de bien dissimuler la panique et la colère.»

Cinq ans plus tard, si je devais dresser un bilan de son règne, j’ai bien peur qu’il ne serait pas très positif.

Cinq ans plus tard, je vois un verre qui s’envole dans une loge et qui se fracasse contre un mur.

Je ne suis pas impressionné.