Pendant que le maire d’Ottawa et un représentant de la CCN répondaient aux questions des journalistes, Eugene Melnyk s’esquivait par une porte de côté.

Pourquoi quitter par la porte de côté?

CHRONIQUE / C’est quand même curieux. Lors de sa dernière apparition publique, il y a très exactement six semaines, Eugene Melnyk avait affirmé que l’avenir de son équipe de hockey ne passait pas nécessairement par la construction d’un amphithéâtre neuf au centre-ville d’Ottawa.

Le propriétaire des Sénateurs a fait acte de présence, jeudi matin, lors de la rencontre où il fut confirmé que la Commission de la capitale nationale (CCN) avait conclu une entente de principe avec le groupe qu’il dirige, RendezVous LeBreton.

On voudrait bien comprendre ce qui s’est passé durant ces six semaines, mais ce sera impossible.

M. Melnyk a choisi de se soustraire à la conférence de presse qui a suivi la présentation. Tandis qu’un dirigeant de la CCN répondait aux questions des journalistes en compagnie du maire d’Ottawa, l’homme d’affaires se sauvait en empruntant une porte de côté.

Puisqu’il s’agissait de célébrer un moment charnière de leur histoire, un petit pas effectué vers la construction d’un aréna où ils évolueront pendant de nombreuses années, n’auraient-ils pas aimé se retrouver à l’avant-scène ?

M. Melnyk a fini par donner signe de vie. Il a d’abord envoyé un tweet en milieu d’après-midi, avant de partager une courte vidéo sur Youtube, en soirée.

Dans les deux cas, il n’a pas dit grand-chose.

Il n’a certainement pas offert les réponses qu’on attendait.

Sur Twitter, il aura au moins eu le courage de reconnaître qu’il devra « surmonter plusieurs obstacles » avant de pouvoir offrir aux partisans leur patinoire au centre-ville.

La CCN disposée à patienter 18 mois pour lui permettre de boucler son montage financier.

Mon petit doigt me dit que ce ne sera pas simple.

D’ailleurs, un collègue a posé la question de manière directe aux dirigeants de la CCN au tout début du point de presse.

Combien est-ce que ce projet coûtera aux contribuables ?

Le porte-parole n’a pas répondu. Enfin, si. Il a répondu sans offrir un chiffre. « Les contribuables seront plus riches au terme de cette expérience. »

Non, je ne sais pas plus que vous ce que cela veut dire.

Des gens qui sont impliqués dans le processus de négociations auraient pu, gentiment, suggérer à M. Melnyk de se tenir loin des micros. Il est vrai que sa mêlée de presse de la mi-décembre s’était avérée un véritable désastre de relations publiques.

Le propriétaire n’est pas le seul porte-parole d’un club sportif.

Son bras droit sur le terrain, Tom Anselmi, aurait pu lui prêter main-forte.

Le hasard fait parfois drôlement les choses. M. Anselmi célébrait un anniversaire professionnel, jeudi. Il a officiellement confié le poste de président des Sénateurs, le 25 janvier 2017.

Au moment de le présenter, M. Melnyk avait longuement insisté sur certains éléments de son curriculum vitae. En début de carrière, il avait travaillé au projet de construction du SkyDome, à Toronto. Ces années dans la Ville-Reine allaient lui accordaient la crédibilité nécessaire pour mener à bien le projet des Plaines.

On devine que M. Anselmi a consacré beaucoup de temps à travailler, en coulisses, durant les 12 derniers mois. Parce qu’il s’est fait terriblement discret.

Les problèmes criants qui plombaient l’organisation des Sénateurs au moment de son entrée en poste n’ont pas été réglés.

Il aura fait parler de lui une seule fois, vers la fin de l’été, quand il a décidé de recouvrir de toiles noires 1500 sièges, dans les hauteurs du Centre Canadian Tire. « Cet aréna est trop gros pour la taille du marché », a-t-il argué.

Cette initiative n’a fait qu’empirer les choses.

L’année dernière, les Sénateurs avaient du mal à remplir un amphithéâtre de 18 500 sièges. Cette année, ils ne sont pas capables de remplir un aréna de 17 000 sièges.

Peut-être que je me trompe. Peut-être que tout se passera très bien.

Je me trompe souvent, vous savez.

Jeudi, j’appréhendais une flopée de critiques et d’insultes à la suite de la publication d’une chronique sur Erik Karlsson. Les partisans des Sénateurs n’aiment pas qu’on critique ouvertement leur capitaine.

Le contraire s’est produit. Les lecteurs ont réagi massivement... pour me dire que j’ai raison.

L’attitude désinvolte du capitaine, durant cette saison de grosse misère, a l’air de taper sur les nerfs à beaucoup de gens.