L’équipe des sports du Droit, vers la fin des années 1980. Marcel Fortin, Marc Brassard et Pierre Jury en haut, dans l’ordre habituel. Jean-Bernard Rainville, assis, au milieu.

Pour ne pas oublier Jean-Bernard...

CHRONIQUE / Un club de hockey senior de Thurso qui doit emprunter une « porte secrète » de l’aréna de Buckingham, durant les séries, de façon à ne pas se faire attaquer par des partisans en furie.

Un garçon d’une dizaine d’années qui est retenu au sein de l’équipe d’étoiles réunissant les meilleurs hockeyeurs des 10 paroisses de Hull pour participer au Tournoi pee-wee de Québec.

Un bel après-midi d’été lors duquel des centaines de spectateurs se réunissent au parc Fontaine pour voir s’affronter les meilleures équipes de la Ligue de balle-molle commerciale.

Il y a quelque chose de franchement fascinant à relire les chroniques du regretté Jean-Bernard Rainville, que LeDroit a publiées pendant une dizaine d’années, durant les décennies 1980 et 1990.

M. Rainville avait été embauché, à l’époque, pour s’adresser à une clientèle un peu nostalgique. Une fois par semaine, il donnait la parole à des personnages qui ont marqué l’actualité sportive régionale dans les années 1950, 1960, 1970...

J’ai relu une quarantaine de ses papiers, dans les derniers jours. Je vous le répète : c’est fascinant.

C’est fascinant de lire des histoires qui parlent de quilles, de fastball, de ballon-balai et de crosse, pour comprendre que ces disciplines ont déjà fait l’objet de compétitions très sérieuses.

C’est fascinant de lire tous ces noms. Dans une tartine de 800 mots, M. Rainville pouvait facilement invoquer une quinzaine de « grands sportifs » bien connus de tous. À son époque, il n’y avait pas d’écrans de 60 pouces dans les sous-sols des chaumières. Les chaînes câblées spécialisées et le streaming n’existaient pas. À son époque, les héros sportifs brillaient localement.

Ce qui est fascinant, c’est que l’Outaouais qu’il décrit a vraiment peu de choses à voir avec la région dans laquelle je vis aujourd’hui.

« Ça ne fait pas si longtemps quand on calcule les années. On a l’impression que ça fait longtemps quand on constate à quel point notre monde a changé », m’a dit un collègue légèrement plus expérimenté que moi. Pierre Jury, pour ne pas le nommer.

Par association, Jean-Bernard Rainville fut, lui aussi, un personnage plus grand que nature dans le monde du sport.

Avant de se greffer à l’équipe du Droit, il connut une certaine forme de célébrité à titre d’annonceur des nouvelles sportives, à la télévision de Radio-Canada.

Il paraît qu’il était flamboyant, tant dans sa façon de s’exprimer que dans sa façon de se présenter.

« Son bulletin de sports, il le vivait. C’était lui qui jouait au hockey, au baseball, au football. Il donnait l’impression de faire partie de toutes les parties qu’il décrivait », m’a raconté un autre vétéran des médias, Michel Picard.

« Jean-Bernard, c’était une vedette. Les gens couraient après pour obtenir son autographe. Et il n’était pas prétentieux du tout. Il parlait avec tout le monde. Il appartenait au public », a-t-il ajouté.

Personnellement, je n’ai pas vraiment connu M. Rainville. J’ai effectué mes premiers quarts de travail dans la salle de rédaction du Droit en 1998, au moment où il publiait ses dernières chroniques. Nous nous sommes croisés dans les portes.

Lors de nos rares conversations, j’ai pu constater qu’il avait conservé une certaine grandeur. Comme s’il ne voulait pas qu’on oublie le personnage important qu’il avait déjà été.

On l’a retrouvé sans vie dans son appartement, la semaine dernière. « Souvent, les gens qui vivent dans le public sont profondément seuls », m’a soufflé à l’oreille un autre géant de l’information d’ici.

Quelqu’un doit forcément avoir une idée pour honorer sa mémoire. Ce serait bête de le voir partir sans lui rendre hommage.